Salons du chiot : vers une interdiction ?

Chaque mois, partout en France, des salons du chiot s’installent dans les salles des fêtes, parcs des expositions ou espaces sportifs pour présenter des animaux et les vendre. Une pratique très controversée qui explose depuis l’interdiction de vente de chiots et de chatons en animalerie, et dont beaucoup réclament l’interdiction.
C’est une première. En plein cœur de l’été, dans la région du Finistère, seize associations de protection animale ont formé une coalition pour interpeller leurs élus et interdire la tenue prochaine de salons du chiot, en novembre près de Brest et en février prochain près de Quimper. Les « salons du chiot » (un même nom pour des événements menés par des organisations différentes) sont des événements payants proposant à la vente des dizaines de chiots de races multiples, exposés, manipulés et stockés dans des conditions contraires au bien-être animal. Sur les affiches, ces événements commerciaux sont présentés comme des sorties familiales, avec promesses de caresses et de structures gonflables.
La démarche est portée par l’association Adopteunchat.org basée à Châteauneuf-du-Faou, un centre de soins dédié à l’accueil de chats malades, blessés et en fin de vie, qui communique beaucoup sur le bien-être animal, sur les pratiques – parfois illégales – des organisateurs pour tirer au maximum profit de leur venue. La coalition – qui regroupe l’ensemble des associations et refuges du Finistère – est engagée contre ce qu’elle considère être « les conséquences désastreuses des mauvaises pratiques » de vendeurs peu scrupuleux. « Profondément ancrés dans l’action de terrain, nous luttons à la racine pour abolir définitivement les exploitations du vivant. » Cette coalition s’inscrit dans une vague d’opposition de plus en plus systématique. Dijon, Salon-de-Provence, Caen, Cambrai, Châteauroux, etc. : de nombreuses manifestations ont été annulées grâce au travail de terrain des militants d’associations (dont Argos 42 qui, dans un rapport de 2024 s’appuyant sur plus de 260 témoignages de vétérinaires, d’adoptants et d’anciens exposants, affirme que près de 48 % des animaux achetés sur ces salons sont abandonnés ou maltraités dans les mois qui suivent et plus de 35 % des chiots vendus en salon meurent peu après leur acquisition) mais aussi des citoyens organisant des pétitions de plus en plus écoutées par les maires, seuls décisionnaires d’interdire ce type de manifestations commerciales dans leurs communes. Cet été, plusieurs préfectures ont également fait annuler les événements pour des raisons sanitaires, liées aux périodes de canicule. « Chaque annulation ou interruption constitue un signal important. Ces victoires montrent une évolution des consciences, mais elles restent fragiles tant qu’une interdiction nationale n’est pas adoptée. Il est aujourd’hui nécessaire de mettre fin à ces pratiques de manière uniforme sur tout le territoire », a déclaré Baptiste Praud, président d’Argos 42, dans un communiqué de presse de juillet, saluant l’engagement grandissant des citoyens et des édiles contre ces manifestations.
Des salons qui ne respectent pas le cadre légal ?
C’est au début des années 2000 que les salons du chiot seraient apparus sur le territoire pour mettre en valeur des animaux issus d’élevages français alors que les animaleries vendaient alors en majorité des animaux issus d’élevages européens (parfois transportés et élevés dans des conditions déplorables). En 2024, quand est arrivée l’interdiction de la vente de chiots et chatons en animalerie et en jardinerie (et leur présentation en vitrine), en application de l’article 15 de la loi n° 2021-1539 du 30 novembre 2021, les salons sont devenus pléthoriques. Pourtant, l’objectif de cette loi était entre autres de limiter le phénomène de l’achat coup de cœur par des acquéreurs irréfléchis, qui provoque une hausse régulière des abandons (+ 10 % au courant de l’été et 300 000 animaux abandonnés chaque année en France) dans un contexte de surpopulation des refuges, qui ont refusé plus de 38 000 entrées cette année à cause, entre autres, d’une baisse des adoptions. Un dispositif qui s’ajoute à la mise en place obligatoire avec les éleveurs d’un « certificat d’engagement et de connaissance » signé au moins sept jours avant l’acquisition d’un animal, afin de lutter contre l’achat compulsif. Mais les salons semblent se lover dans un véritable angle mort législatif. Sur le papier, les salons du chiot ont tendance à montrer patte blanche, attestant entre autres de la présence de services vétérinaires et affirmant travailler avec des éleveurs responsables, et non des élevages intensifs. Mais, s’ils restent particulièrement décriés par les associations de bien-être animal, c’est parce qu’ils contreviendraient en majorité aux règles humanistes et sanitaires réservées aux jeunes animaux : conditions de transport difficiles, enclos collectifs favorisant la prolifération de virus pour des chiots n’ayant pas reçu de vaccinations complètes, etc. De plus, nombre d’éleveurs présents dans ces salons contourneraient l’obligation du certificat d’engagement en faisant antidater les formulaires – comme l’ont démontré certains travaux d’associations ou des médias, à l’instar de TF1 qui a réalisé un reportage à Toulouse en 2025 –, et ce alors qu’un décret punit le non-respect de ces nouvelles obligations d’une contravention de troisième classe (450 € maximum). Ils encourageraient aussi les achats compulsifs avec des facilités de paiement en 3 ou 4 fois. Nombre de visiteurs et de curieux repartiraient donc de ces salons avec un animal, sans l’avoir vraiment anticipé.
C’est parce que cette réalité contrevient à la loi de 2021 qu’une proposition de loi a été déposée à l’Assemblée nationale le 11 juillet 2025, visant à interdire les salons, pour le bien des animaux comme pour les personnes, parfois victimes d’un achat irréfléchi : « Depuis le 1er janvier 2024, la vente de chiens et de chats est interdite dans les animaleries. Cette avancée législative a permis de limiter les achats impulsifs, trop souvent motivés par des coups de cœur éphémères, sans réelle préparation ni considération pour les besoins de l’animal. Cependant, une faille persiste : les foires, salons et expositions, qu’ils soient ou non spécifiquement consacrés aux animaux, continuent d’autoriser la vente de chiens et de chats. Or ces événements sont marqués par des conditions bruyantes, stressantes, inadaptées au bien-être des chiots et des chatons. De nombreux cas de mortalité animale y sont constatés peu après la vente, en raison de stress extrême, de sevrage prématuré, de la présence de nids à virus ou d’un manque de soins adaptés (…). Cette proposition de loi vise donc à étendre l’interdiction de la vente de chiens et de chats lors de ces manifestations, dans un souci de cohérence législative, de protection animale, mais aussi de transparence et de responsabilisation des circuits d’adoption. Elle contribue également à la protection du pouvoir d’achat des Français, en évitant des dépenses imprévues liées à des soins vétérinaires coûteux ou à la nécessité de remplacer un animal décédé prématurément. »
Les gérants de refuges et de sanctuaire, en première ligne
Dans la commune de Céret, non loin de Perpignan Pyrénées-Orientales, Marina Pastou Santacroce gère un refuge animalier depuis 2017. Elle accueille chats, chiens, chevaux, vaches, moutons ou hamsters. La passionnée du bien-être animal utilise régulièrement les réseaux sociaux pour vanter les qualités de ses protégés ou pour pousser des coups de gueule. Et c’est justement contre les salons du chiot qu’elle a décidé de se mobiliser dernièrement, partant à la chasse aux pancartes illégalement disposées sur la voie publique ou dans les propriétés privées. La raison ? Elle accueille régulièrement des animaux victimes de coups de cœur inconsidérés de visiteurs. « Dernièrement, nous avons eu une dame qui avait un cancer en phase 4 et qui a acheté un shih tzu pour 2 000 euros à Perpignan et l’a apporté au refuge quelques jours après l’avoir adopté. Le vendeur lui avait parlé d’un paiement en plusieurs fois, lui avait déposé le chiot dans les bras et, dans son état émotionnel, elle avait été incapable de le reposer », nous explique-t-elle. Elle se souvient aussi d’un bouledogue français vendu à une dame âgée, d’un berger australien – animal très sportif – à une autre femme vivant en appartement et portant des prothèses de hanches et de genoux.
Selon la professionnelle, la mise en place de la loi de 2021 aurait dû s’accompagner d’une véritable campagne de sensibilisation de l’adoption en France, pour éviter la surfréquentation de ces salons, et encourager à l’adoption en refuge. Bien que nombre de militants ne souhaitent pas associer les éleveurs à leur démarche – rejetant en bloc la possibilité d’acheter des animaux –, Marina Pastou Santacroce souligne que nombre d’entre eux sont responsables, encouragent la stérilisation des animaux et rejettent le principe des salons du chiot et des élevages intensifs : « Un bon éleveur se tient à une ou deux races, sociabilise les animaux et ne se rend pas dans les salons », explique-t-elle.
Référence : AJU018y0