Avocates parisiennes : 125 ans de combat

Publié le 03/11/2025
Avocates parisiennes : 125 ans de combat
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En 2024, la vice-bâtonnière du barreau de Paris Vanessa Bousardo lançait le collectif Bâtonnières du monde pour unir les femmes bâtonnières et vice-bâtonnières et renforcer le droit comme levier contre les discriminations faites aux femmes. Une initiative qui s’inscrit dans le prolongement de la tradition des avocates françaises qui, depuis un siècle, se sont fédérées pour faire progresser à la fois leur statut et les droits des femmes. À l’occasion du premier anniversaire de cette association, la vice-bâtonnière du barreau de Paris inaugurait le 23 octobre dernier l’exposition : « Avocates parisiennes : 125 ans de combats ». Une dizaine de panneaux riches en témoignages, anecdotes et iconographie qui rappellent le long combat mené par les avocates françaises pour avoir le droit d’exister pleinement au sein de cette profession, aujourd’hui largement féminisée. L’exposition, gratuite, se tient jusqu’au 7 novembre sur le parvis de l’Hôtel de Ville.

Pour rappeler le chemin parcouru, la vice-bâtonnière, Vanessa Bousardo, a ouvert les archives de l’ordre. « Il serait facile de croire que nos institutions, fondées sur le droit, ont d’emblée garanti l’égalité entre les femmes et les hommes. Et pourtant chaque avancée a été conquise au prix de difficiles combats », rappelle le premier panneau. L’exposition nous remet dans l’époque, pas si lointaine, qui jugeait les femmes « inaptes aux rigueurs et exigences de la profession d’avocat ». Il leur faudra attendre la loi de 1900, portée par le député et avocat Raymond Poincaré, pour être autorisées à revêtir la robe. On découvre le visage des pionnières. D’abord, les plus connues d’entre elles, Jeanne Chauvin et Olga Balachowsky-Petit, les premières à prêter serment à quelques jours d’intervalle en 1900. Parmi les pièces remarquables de l’exposition, une lettre manuscrite du mari de Maître Balachowsky-Petit. De l’écriture ronde et soignée caractéristique du début du vingtième siècle, il écrit à la plume : « J’ai l’honneur de vous informer que j’autorise ma femme, Madame Balachowky-Petit, à solliciter son inscription au stage et à exercer la profession d’avocat avec toutes les obligations et conséquences qu’elle comporte ». Une lettre qui suffit à rappeler qu’il fallut à ces femmes l’autorisation de leur mari pour exercer…

On apprend, en parcourant les panneaux, le rôle que la Première Guerre mondiale a joué, permettant ainsi aux femmes d’entrer au Barreau. Car durant cette période, les femmes remplacent leurs confrères partis au front, plaident notamment devant les conseils de guerre « Comme dans les autres professions, les femmes demeurées à l’arrière furent appelées à prendre la relève », précise le texte accompagnant les photos de ces avocates. Elles étaient 30 en 1918 contre 12 en 1914…

L’exposition rappelle que ce siècle de conquête pour les femmes avocates fut aussi celui de « railleries, de quolibets, de persistance des clichés », et que « longtemps l’avocate fut une figure secondaire ». Si l’exposition donne à voir de beaux portraits en noir et blanc de ces premières avocates, elle ne cache rien des représentations dégradantes dont elles firent l’objet. Dans une revue de 1930, une « avocate roublarde » enfile une robe sur une nuisette en dentelle, cigarettes aux lèvres. Sur une carte postale publiée dans un magazine, en 1911, « la femme avocat » montre carrément ses fesses dans une robe noire transparente. Des extraits de journaux de l’époque, décrivant des femmes plus « soucieuses de leurs tenues que de leurs dossiers, et trop effacées pour réclamer des honoraires », font revivre la misogynie décomplexée de la première moitié du vingtième siècle.

L’exposition a le mérite de remettre un nom et un visage sur toutes celles qui, dans ce contexte hostile, ont réussi à tracer leur chemin. Parmi elles, Lucienne Scheid-Levillion, avocate et résistante pendant la Seconde Guerre mondiale, devenue première femme secrétaire de la Conférence du stage. Ou encore Lucile Tinayre-Grenaudier qui en 1950 est la première femme avocate à siéger au conseil de l’ordre, après avoir été la deuxième femme élue secrétaire de la Conférence en 1923.

Entre les deux guerres, la lutte pour les droits des femmes et celles des femmes avocates se rejoignent. Les pionnières du barreau sont alors nombreuses à militer activement. L’une des figures emblématiques est sans doute Maria Vérone, institutrice avant de devenir avocate, dont on apprend qu’elle a contribué à la création des tribunaux pour enfants en 1912 avant d’être, quelques années plus tard, « une militante infatigable du droit de vote ». Un dessin la fait revivre à la tribune du premier meeting des suffragettes françaises… Un panneau est également consacré aux nombreuses femmes avocates qui prirent part à la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet engagement leur ouvrira la voie aux fonctions de députées.

L’exposition, si elle réhabilite des pionnières oubliées, met aussi en valeur des figures connues de tous, au sujet desquelles on apprend quelques anecdotes savoureuses. Ainsi, en 1978, quand Gisèle Halimi osa se présenter comme « avocate à la Cour » sur son papier à en-tête, la féminisation de son titre fut contestée. Certains de ses confrères de l’ordre des avocats la dénoncèrent au bâtonnier, estimant que, comme il n’existait ni « présidente de tribunal » ni « jugesse », il ne devait pas non plus y avoir d’« avocate à la Cour » ! Le bâtonnier écrivit à Maître Halimi qu’il espérait que le « e » d’avocate ne soit qu’une erreur d’impression…

L’exposition rappelle que ce n’est qu’en 1982 que pour la première fois, une femme, Françoise Perelman-Thalheimer, se porta candidate à la fonction de bâtonnière du barreau de Paris, et qu’il fallut attendre encore 16 ans pour qu’en 1998 Dominique de La Garanderie, déjà seule femme élue au Conseil national des barreaux, soit élue bâtonnière du barreau de Paris.

Plus près de nous, le dernier panneau rappelle une chose étonnante : si les femmes représentent aujourd’hui plus de la moitié des avocats en France (55 %), « l’emploi du titre d’avocate leur a longtemps été refusé. Celles qui prétendaient en faire usage ont même été invitées à corriger cette mention sur leur documentation professionnelle ». Depuis 2022 seulement, les femmes peuvent officiellement se définir comme avocates.

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