Journal d’un avocat au temps de la Covid-19

Publié le 27/10/2020

Une fois n’est pas coutume, notre pénaliste Loeiz Lemoine cette semaine n’a pas l’esprit à rire. L’assassinat de Samuel Paty lui inspire une méditation sur notre responsabilité collective et une critique sans pitié du camp du déni.  Il nous emmène avec lui dans sa quête de la voie juste, celle qui se tient à égale distance de l’aveuglement et de la vengeance.

Lundi 19 octobre – On n’en a pas fini avec le déni

Evènement : je like un tweet de Nathalie Artaud : « #conflans #Melenchon demande de s’interroger sur les agissements de la communauté #Tchétchène ! Et ensuite ce sera le tour de qui ? Des Pakistanais, des Algériens parce qu’une crapule fanatisée aura frappée ? Quelle différence avec le racisme et les amalgames de #LePen ? Odieux ! » Mais c’est tellement vrai, Mélenchon est plus décomplexé que Marine Le Pen, je suis mort de rire.

Guillame Erner dans ses œuvres, nous explique doctement que les fanatiques s’en sont toujours pris à l’humour, au rire, et illustre son propos en faisant référence au Nom de la Rose : « l’église condamne le rire », etc. Je pose la question : pourquoi est-ce que ça tombe encore sur les chrétiens, en faisant référence à ce qu’était l’église et le christianisme au 14ème  siècle ?

La vraie problématique actuelle n’est pas le rire, tu as tout faux Guillaume, c’est la représentation de Mahomet, interdite pour les musulmans, et encore plus sa moquerie, drôle ou pas. Ce hors sujet n’aurait aucune importance s’il ne contribuait à entretenir le mensonge selon lequel LES fondamentalismes nous menacent alors qu’en vérité, le fondamentalisme chrétien, juif ou bouddhiste n’est pas une menace en France (à supposer même que ça existe vraiment).

Par ailleurs, juste après les attentats de Charlie, la revue jésuite Etudes avait publié sur son site les caricatures visant l’église, le Christ et le pape. Pourquoi ? Pour montrer qu’on sait rigoler, qu’on accepte les moqueries, de bon ou mauvais goût, drôles ou non. Un équivalent sur un site d’obédience musulmane ? Bien sûr que non, le gars qui s’y serait risqué se serait fait découper en rondelles.

Un peu de courage, équivalent à celui dont a fait preuve Samuel Paty et qu’il a payé si cher, aurait consisté à affronter la vraie question.

Le ministre de l’intérieur ordonne l’expulsion de 231 étrangers fichés S en situation irrégulière. Question : pourquoi maintenant ? Quel degré de masochisme fallait-il pour conserver sur notre sol des personnes qui y sont irrégulièrement et sont fichées S ? Ces réactions à chaud sont exaspérantes à la longue, et donnent tellement raison à l’extrême-droite.

 

Photo : ©AdobeStock/Nancy

 

 Article terrible dans Marianne « Liberté d’expression à l’école : pour mes élèves Charlie Hebdo c’est l’extrême-droite.

Morceaux choisis :

« Une élève prend la parole, autour le silence se fait : « Depuis plusieurs années, la liberté d’expression est menacée parce que certains journalistes manquent de respect aux religions et ne prennent pas en compte les lois… Si on dépasse les limites, il y aura des attentats. »

« Face à une vidéo de drapeaux français brûlés au Pakistan, la plupart des élèves ont applaudi. »

« Quand vous rapportez à votre syndicat que votre classe était au bord de l’émeute, entre insultes à la République et propos homophobes, et qu’on vous répond que vous n’auriez pas dû offenser leur croyance, que voulez-vous faire ? »

« Si l’ensemble de la communauté éducative s’engage, nous pouvons combattre sans crainte, souligne Gaël J. Mais aujourd’hui, quand on s’inscrit dans cette démarche, on est seuls. On pose nous-mêmes une cible sur notre dos. » Il souffle, harassé : « On ne devrait pas partir au combat nu et avec un couteau suisse. »

Libé avait publié en 2003 un article tout aussi alarmant : le constat était déjà accablant, mais totalement vain. Il montre en tous cas que la « liberté » de porter le voile débouche forcément sur « l’obligation » et la pression sur les femmes.

Rien de ceci n’est nouveau. Depuis des années, quand un intellectuel, un débatteur, soulève ces questions, on (par exemple, mes potes Demorand et Erner) leur rétorque : mais d’où ça sort, mais qui dit ça, mais quelles sont vos sources, etc. Pourtant des gens ont tiré la sonnette d’alarme : Jean-Pierre Obin, Gilles Kepel, Géraldine Smith, Georges Bensoussan, Iannis Roder, Bernard Rougier, Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué (que des fachos, comme on voit).

Bien entendu, on leur est tombé dessus. Ils ont trouvé contre eux d’autres intellectuels (Olivier Roy, François Burgat, Edwy Plenel, Claude Askolovitch, Raphaël Liogier) qui les ont contestés et traités, au moins implicitement, d’obsessionnels, d’islamophobes, de racistes. Ceci uniquement sur le terrain des idées ; or les questions dont nous parlons ne sont pas des opinions mais des faits : est-ce qu’il existe, ou non, des signes d’islamisation ?

La première exigence est donc d’établir ces faits, de décrire des réalités, avant de décider ce qu’il faut en penser et quelles actions, éventuellement, elles doivent déterminer.

Qui l’a fait ? Causeur, Valeurs actuelles, Marianne, Le Figaro. D’avance, leurs conclusions sont balayées puisque ces médias de droite obsédés par l’Islam sont disqualifiés, ce qui suffit et évite d’avoir à répondre sur le fond.

Je pose donc la question, en manière de défi : si tout ceci est faux, exagéré, basé sur des anecdotes qu’on généralise, pourquoi Monsieur Plenel et Médiapart, si acharnés à chercher la vérité quand la morale et la probité sont en cause, ne font-ils pas, avec l’esprit ouvert, sans préjugé sur ce qu’ils découvriront, et en en rendant compte quoi qu’il en coûte, au nom de la vérité toute nue, une vaste enquête pour en avoir le fin mot ? (Si quelqu’un veut bien placer ces lignes sous les yeux d’Edwy Plenel, qu’il en soit remercié).

Sud-Radio : « Eric Coquerel estime que « l’islam est une religion qui subit un véritable racisme, comme l’a été à un certain moment, avec une autre ampleur évidemment, la religion juive » ». Exactement le contraire de ce que je dis : à part la clique habituelle des racistes, il n’y a pas d’hostilité à l’égard de l’Islam. En disant cela, Eric Coquerel met un obstacle à l’identification du problème, donc on n’est pas près d’y trouver une solution (sauf en suivant les consignes du grand Mamamouchi de LFI : expulsons les tchétchènes. Bon, les précédents terroristes étaient soudanais et pakistanais…).

Photo : ©Gérard Bottino/AdobeStock

Darmanin s’agite dans tous les sens. Après l’expulsion des 231, voici « des opérations de police [qui] ont été lancées contre « des dizaines d’individus » qui n’ont pas un « lien forcément avec l’enquête mais à qui nous avons envie de faire passer un message »». La police, celle qui permet de lancer de telles opérations, est la police judiciaire, qui n’a de support juridique que si des infractions ont été commises, contrairement à la police administrative, qui intervient avant la commission de toute infraction, mais ne permet pas tout, par exemple perquisition, interpellation, enfin en un mot des « opérations de police ». On n’est pas gâtés pour faire face à ce qui nous arrive.

Impossible de travailler aujourd’hui. Mélenchon : « Je trouve ça inouï d’avoir trouvé 100 policiers pour venir perquisitionner chez moi et mes amis et pas un seul policier pour protéger ce pauvre professeur, il aurait dû être protégé ». J’hésitais entre aveugle et salaud, là je crois que j’ai ma réponse.

Dominique Reynié dans L’esprit public : « Si nous voulons continuer à accueillir des personnes qui viennent de loin parce qu’elles ont des raisons de fuir leur pays, il faut pouvoir les associer à nos valeurs, les intégrer. » Ou l’intégration sonnant comme une condition de l’accueil. L’idée que des personnes qui nous ont demandé l’asile et à qui nous l’avons donné, se retournent à ce point contre nous, a quelque chose de fou et même de suicidaire.

« Le rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, @ncadene, devrait être remplacé. » « Il semble plus préoccupé par la lutte contre la stigmatisation des musulmans que par la défense de la laïcité ». Cet organisme est un oxymore, c’est un Observatoire qui ne voit ni n’observe rien du tout, que ce soit par les yeux de Nicolas Cadène ou ceux de Jean-Louis Bianco. Il a fait la preuve de sa remarquable inutilité pour identifier (ne parlons pas de résoudre) les problèmes qui se posent à nous et font partie de ceux qui, par leur « circulez y’a rien à voir », nous ont amenés à notre actuelle, déplorable et angoissante situation.

Mardi 20 octobre – Cohen sans concession

Edito implacable et sans concession de Patrick Cohen sur France 5, un simple rappel des faits montre comment on en est arrivés là. Plenel et Le Monde en prennent pour leur grade, le premier à propos de Mila, qui vit cachée dans un internat sécurisé et a perdu à jamais la légèreté de sa vie de jeune fille insouciante, et le second pour un compte-rendu du livre de Jean-Pierre Obin selon lequel l’auteur dramatise.

Contre-attaque de Médiapart. En bon français, on appelle ça du wishfull thinking.

La cellule investigation de Radio-France montre que le Conseil constitutionnel, malgré des irrégularités (notamment des valises de biftons) a validé les comptes de campagne de Chirac et Balladur. Dommage que Médiapart n’ait pas existé en 1995, eux à l’évidence n’auraient pas laissé passer cet inexcusable bidouillage. Y’a que chez nous que ça peut arriver, des trucs pareils !

Mercredi 21 octobre – L’insupportable hommage à Samuel Paty

« Ce que l’enseignant a dit lors de son interrogatoire par la police ». Outre le mensonge de l’élève, puis du père, cette seule formule est, avec le recul, terrible.

La classe, l’élégance, l’élévation de Robert Badinter. Nous avons tant besoin des repères des grandes conscience.

Long et très complet article de Madame Martine Herzog-Evans sur la tentation et l’inutilité des Boot camps. Ce n’est pas tout à fait ce que proposent les ministres mais quelques réflexions en vrac :

* j’ai fait mon service militaire, j’y ai perdu pas mal de temps et après 4 mois très intenses, je m’y suis beaucoup ennuyé et ai été très inutile (au crédit, j’y ai rencontré Madame Lemoine, alors bibliothécaire dans l’école d’application où j’étais affecté : j’ai toujours beaucoup aimé les livres). J’ai fait de l’alphabétisation, de l’orientation pour des jeunes gens sans diplôme ni formation, j’ai intrigué pour passer mon permis poids-lourds, au milieu de nombreux appelés pour qui ce permis signifiait la possibilité de trouver du travail à la fin de leur temps. A cette époque, même s’il y avait une discipline (c’est l’armée…), elle n’était pas une fin en soi et restait à un niveau, en général, tout à fait acceptable.

* Armée est synonyme, pour les amateurs de Boot camps ou équivalent, de dureté : tu vas t’engager, partir à l’armée, là on va t’encadrer, te tenir, te serrer la vis, comme si la discipline était une bonne chose en soi, ce qui n’est pas le cas. Cette tentation a toujours existé dans certaines familles de pensée, et l’exemple n’a jamais suffi à calmer leurs ardeurs. Souvenons-nous que longtemps, la prison n’a pas été que l’enfermement mais également une discipline de fer : uniforme (le fameux droguet), rassemblements dans les coursives, interdictions de parler, sanctions, mitard etc. Que le bagne, à Toulon ou à Cayenne, a été le paroxysme de cette dureté. Que les enfants « délinquants » ont été soumis à des régimes également très durs (souvenir d’une exposition photo lorsque que j’étais élève avocat… j’ai encore en tête le regard de ces enfants…). Que ceux qui avaient affaire à la justice pendant leur service militaire, avaient le privilège d’être envoyés à Tataouine (ne pas confondre avec Tatooine) dans les fameux bat’ d’Af’, où le traitement était encore plus dur, au point qu’on les appelait, par antiphrase, les « Joyeux » (lire « Joyeux, fais ton fourbi », de Julien Blanc). De toute cette dureté, il n’est jamais sorti que deux choses : soit des hommes brisés, soit des hommes encore plus durs.

Sans commentaire : « A Béthune, le préfet ferme un club échangiste pour non-respect de la distanciation physique ».

Annonce d’une émission de France Culture :

 

Et c’est vrai que ces cathos coincés (au moins 20 voire 25, sur une photo des années 80) ont quelque chose de menaçant et profondément en lien avec la mort atroce de Samuel Paty. J’ai promis de faire attention à mon langage et d’éviter les gros mots, sinon…(NDLR : il semble que le tweet ait été supprimé depuis).

Tiens, revoilà Tariq Ramadan : « On semble perdre la tête en France où, en mémoire de la vie d’un homme horriblement décapité, on projette – dans certaines villes – les caricatures du Prophète de l’islam (PBDL). Ce serait, nous dit-on, une célébration de la liberté et un acte de courage ». Le sens de la formule dégueulasse, mais ça ne me surprend pas de la part de ce personnage méprisable.

Tout aussi dégueulasses, Assa Traore et sa bande en belle humeur, proposant un jeu de mots bien trouvé : « RIP Samuel mort en saignant ! ». Est-ce un hasard si précisément ces personnes ont le goût de plaisanter sur ce sujet ? Certes pas.

Ah et maintenant c’est Clémentine Autain : « « Mais qu’est-ce que c’est que ce pays qui a perdu la tête ? ». Et nombre de gens soulignent la justesse de ses propos…

Aurélien Taché confirme ce que je pensais et écrivais de lui : « Marine Le Pen se frotte les mains, on lui déroule le tapis rouge » . Son incompréhension de ce qui nous arrive est incompréhensible.

J’inaugure une nouvelle rubrique : « Pourquoi je continue à écouter les Matins de France Culture et Guillaume Erner, #masochisme ». Ce matin, Yuval Noah Harari, encore un de ces intellectuels devant lesquels tout le monde s’ébaubit et j’écoute donc avec attention, un crayon à la main et une tartine dans l’autre. Je ne suis pas déçu du voyage :

« Les êtres humains sont des animaux, nous sommes juste une espèce de singes ». Bon. On apprend que Sapiens et Neandertal ont fricoté ensemble (#balancetonneandertal). Que se sont posées des questions de genre, politiques, et même raciales. Et là mon Guillaume Erner : « Et la question gay ? ». Cette question restera probablement comme l’équivalent contemporain du « Et Dieu dans tout ça ? » de Jacques Chancel ». L’homme n’est pas supérieur à un chimpanzé, un éléphant, ou un cochon, la preuve si on me met sur une ile déserte, le chimpanzé vivra mieux que moi : le sophisme de la semaine !  Quand on pense que c’est un scientifique qui énonce de pareilles inepties… Sans aucune contestation de notre interviewer évidemment. Pourtant, le chimpanzé actuel vit comme celui de l’époque Neandertal, contrairement à nous. Mais si on lâchait Neandertal sur une ile déserte avec un chimpanzé, est-ce qu’il vivrait plus mal ? Je pose la question.

Et de poursuivre : notre force n’est pas notre intelligence, mais uniquement notre capacité à coopérer en grand nombre. A se demander pourquoi notre espèce, il le rappelle, s’appelle Sapiens. Puis : pourquoi sommes-nous capables de coopérer en si grand nombre ? Pas grâce au langage ni à la capacité à conceptualiser, mais celle « de créer des fictions » ( ?). « Toute grande coopération est basée sur la croyance en des entités fictives, des récits fictifs (…) on ne peut pas convaincre un grand nombre de chimpanzés de se réunir pour construire une cathédrale ( ??) ». « Les grandes entreprises sont aussi des entités fictives (…) le seul endroit où les entreprises existent, c’est dans les récits qu’un type spécial d’individus a créés (lesquels ? Je meurs de savoir !) et ce sont les juristes » YES ! Enfin quelqu’un qui reconnaît que nous sommes les maitres du monde. L’entreprise Peugeot (c’est l’exemple qu’il prend) n’existe que dans notre imaginaire (j’en suis à me demander comment je vais réellement au travail tous les matins, j’aurais juré que c’était dans une Citroën, petite mais palpable).

Mais, et la capacité à communiquer ? Oui Monsieur Erner, mais déjà il y a des milliers d’années, on communiquait des fake news. Ah mince. Les explications sur le virus tiennent le milieu entre Greta Thunberg et Mère Teresa : aimons-nous, travaillons ensemble, la compassion c’est mieux que la haine (explique ça à Donald, Benyamin, Recep, Vladimir et Xi, ensuite on en recause). La nation également est une entité fictive. Je suis sûr que le travail de ce grand penseur a beaucoup plu aux auteurs de L’histoire mondiale de la France. « L’essentiel de ce que faisait Jésus c’était de guérir des malades ( ???). « Vot’ point de vue sur le terrorisme ? It’s a terrible thing » : Ah, là je suis tout à fait d’accord avec cette fine analyse. « Au Moyen-âge, la religion chrétienne a été la religion la plus violente à la surface de la terre, la religion qui persécutait le plus les autres, et à l’époque l’Islam était beaucoup plus tolérant. (…) les croisades, l’inquisition, les persécutions (…) les gens fuyaient les persécutions religieuse de l’Europe occidentale et trouvaient un refuge tolérant au Moyen Orient (…) je le sais parce que mon mari, son nom de famille c’est Rodriguez ( ????), c’est pas typiquement égyptien (…), en 1492 ils ont été expulsés d’Espagne (…) l’Islam c’est ce qu’en font les musulmans (good point), la chrétienté, c’est ce que les chrétiens en ont fait (noter la concordance des temps) j’espère qu’ils en feront une religion de paix ( ?????). Dernier point : il n’y avait pas d’épidémies au temps des chasseurs-cueilleurs alors que dans les grandes villes, ça pouvait tuer plein de gens (J’y aurais jamais pensé, merci France Culture).

Certains intellectuels nous aident à appréhender la réalité, à mieux comprendre le monde tel qu’il va. D’autres décrivent un monde qui est le fruit de la puissance de leur imagination et de leur force de volonté. En fait il a raison : tout ça c’est des fictions, le monde est ce qu’on décide qu’il est, et lui ne s’en prive pas.

« Sabine Quindou de « C’est pas Sorcier » va présenter « Thalassa » ». Deux émissions mythiques chez les Lemoine.

GW Goldnadel : « Le plus bel hommage que l’on puisse rendre à #SamuelPaty , c’est de le venger. » Quand on pense que c’est un avocat qui dit ça… ça devient vraiment fatigant.

Vain échange dans 28’ entre Rokhaya Diallo et un Pascal Bruckner un poil excessif. Du coup, bêtement, il la victimise et lui donne le beau rôle, assumant lui le mauvais. Tout va de mal en pis.

Pareil, Jean-Michel Blanquer dénonce les « islamo-gauchistes ». Je comprends le concept, mais dommage d’employer ces mots, autant je suis pour qu’on désigne la chose (la complaisance et l’aveuglement d’une certaine gauche), autant l’utilisation de mots qui fâchent ne nous avance à rien et durcit les positions. Je me sens de nouveau pessimiste. Être très ferme sur les principes n’empêche pas de rester mesuré dans l’expression, pour essayer de nous rassembler.

Dans la série les clients ne sont pas tous des boulets et des ingrats :

* « Je serai ravi de solder vos honoraires, ceci indiquant que notre dossier est clos et que je suis serein pour la suite. Je vous remercie pour votre assistance et vos précieux conseils durant ce qui a été pour moi probablement une des plus grandes épreuves que j’ai eu à vivre. J’espère que je n’aurai plus à vous solliciter dans l’avenir mais c’est vers vous que je me tournerai si besoin. »

* « D’une certaine façon, si tout va bien, j’accepterais volontiers de « n’avoir plus jamais besoin de vos services », mais dans le cas contraire je suis maintenant rassuré : si j’en avais hélas besoin, je pourrais au moins savoir qui joindre, sans hésitation. En vous remerciant. »

Photo : ©AdobeStock/pixarno

Toulouse, putaing cong : « Sept mineurs ont été placés en garde à vue ce lundi à la suite de menaces lancées à l’encontre d’une #enseignante qui avait abordé la thématique du port du #voile en France, lors d’un cours d’éducation sur l’égalité homme-femme ». Tout y est : voile, égalité homme/femme (ben ouais), menaces des élèves sur une prof… Soumission ou résistance, telle est l’alternative.

Malgré moi, je regarde l’hommage à Samuel Paty. Il est des images qui nous touchent plus qu’on ne voudrait, plus qu’on ne saurait dire. La lecture de la lettre de Camus à Monsieur Germain… « ma première pensée, après ma mère, a été pour vous » : Monsieur Germain était, à n’en pas douter, un hussard noir de la République (on le découvre plus complètement dans Le premier homme). L’enseignement prodigué par cet homme « au petit enfant pauvre », n’était certes pas celui que Bourdieu assimilait à une violence symbolique.

Tout ceci était très beau, mais la vue de ce cercueil, tout seul, la sobriété de cette cérémonie, sont au-delà de ce qu’on peut supporter. Au lieu d’un moment de communion nationale, qui apaise parce qu’il est bon de partager même sa douleur, je me sens redevenir furieux : rien de ce qui se dit ou est montré ne pourra compenser si peu que ce soit la terrible responsabilité que nous avons à son égard. Ce qui s’est passé ne doit rien au hasard, c’est au contraire l’aboutissement (enfin aboutissement… il peut encore nous arriver pire) d’un processus qui devait nécessairement nous amener là où nous sommes.

France Inter « La colère de Iannis Roder, historien et prof d’histoire-géo : « 20 ans que nous tirons le signal d’alarme » . Pas sur France inter en tous cas, radio sourde, aveugle et muette sur cette problématique. « Un sondage sur Charlie Hebdo, fait par la fondation Jean-Jaurès et l’Ifop le 31 août, nous dit que 29% des Français musulmans considèrent que l’Islam n’est pas compatible avec les valeurs de la République. Plus inquiétant encore : 45% des moins de 25 ans. Il y a des chiffres, pourquoi on ne regarde pas cette réalité en face ? »

Il y a quelques années, un sondage de l’Institut Montaigne avait donné des résultats du même tonneau et tout le monde lui était tombé dessus.

Vendredi 23 octobre 2020 – Nabilla, le couteau et le blasphème

Thread d’Hadrien Mathoux, journaliste à Marianne, démontant le mécanisme de Médiapart face à l’islamisme :

A lire notamment, cette enseignante de Seine Saint Denis, qui n’a jamais rencontré le moindre problème avec les élèves…

Nabilla répond sur Mila. Cette réponse, comme il fallait s’y attendre, est conne comme ses pieds : « Chers journalistes et détracteurs, je n’ai pas vomi sur cette jeune femme mais sur ses propos qui m’ont énormément blessée, moi, mais aussi les musulmans du monde entier. Respectons les croyances des autres, sans porter aucun jugement de valeur. Condamnons tout acte extrémiste ! » Tout et son contraire dans cette réponse idiote. Nabilla est un personnage sans intérêt qui est célèbre parce qu’elle est connue, ou le contraire, comme tous les décervelés qui sont sortis des émissions de soi-disant télé réalité. Mais elle a 2,7 M d’abonnés.

Les propos de Mila, certes grossier (mais c’est son droit) ont pu choquer des musulmans, mais c’est la vie qu’être choqué, dérangé, par tous les connards qui nous entourent. Et puis on passe à autre chose et sans doute nous aussi, nous sommes le connard de quelqu’un d’autre, que nous choquons. « Respectons les croyances des autres » : NON ! Je ne demande à personne de respecter ce en quoi je crois, et je vous demande de me laisser libre de trouver telle croyance nulle ou effrayante. La conclusion est pire que tout : les propos de Mila seraient « un acte extrémiste », à l’égal de l’enfant juif qu’on tue devant son école, du prêtre qu’on égorge dans son église, du policier à terre, qui demande grâce mais qui n’est pas un assez bon musulman pour qu’on l’épargne, de l’enseignant qui s’est permis de montrer des dessins et l’a payé de sa vie avec, pour parachever l’horreur, une décapitation dont je n’ai toujours pas compris le sens. Pendant ce temps et alors que Nabilla (qui, souvenons-nous en, poignarda son compagnon. N’importe quelle femme inconnue, pour un coup de couteau au thorax, se serait retrouvée aux assises pour tentative de meurtre) coule des jours heureux, Mila, qui n’est coupable de rien, voit sa vie de jeune fille de 17 ans transformée en enfer, au lieu de l’insouciance à laquelle cet âge a normalement droit. Le manque de compassion de Nabilla est aussi remarquable que celui, à l’époque, du CFCM. Partout on entend et on lit que l’Islam est une religion de tolérance, d’amour et de paix : sauf à l’égard de ceux qui la critiquent ?

Une ancienne interview de Geluck sur Maghrebtv.be ressort : « on n’a pas le droit d’insulter ou de blesser les musulmans, surtout sur ce qui est sacré pour eux « Le Prophète » ».

Encore une soumission, une capitulation en rase campagne. Donc le prochain de vos collègues qui dessinera « Le prophète », et le prochain pauvre con de prof d’histoire qui montrera ces dessins, pourront être assassiné. Avec les juifs orthodoxes en revanche, Geluck n’a pas de problème.

Liberté d’expression et courage à deux vitesses, ou comment ne pas être ennemi de ses propres intérêts.

Des commentaires qui suivent, j’extrais celui-ci « Le nom de Aissa ( Jésus ) est cité bien plus de fois dans le Coran que Mohammed… ». So what ? J’ai entendu cet argument tarte à la crème 100 fois, et aussi celui que Maryam est Marie, mais il est totalement fallacieux : Aissa n’est pas le Christ et Maryam n’est pas la Vierge.

Une étudiante en biologie (ça promet) condamnée pour avoir posté ceci : « « Il mérite pas d’être décapité, mais de mourir, oui. ». Sa défense à l’audience : Je regrette d’avoir écrit ce commentaire, je m’en excuse, je suis contre ce que j’ai écrit, ce n’est pas moi, le professeur a le droit de montrer les caricatures, etc., bref tout le contraire de ce qu’elle pense. Assumez un peu. Outre ce dégonflage ou cette dissimulation ou les deux, la question lancinante est la suivante : au moment où se produit cet assassinat qui est une ENORMITE, QUI peut bien vouloir écrire que Samuel Paty méritait de mourir ? C’est à cela que nous sommes confrontés et qui montre une gangrène extrêmement préoccupante, il est très inquiétant qu’une jeune fille, par ailleurs éduquée, puisse avoir cette réaction. Le cas de cette personne est en lui-même anecdotique, mais n’est-il pas révélateur ?

 

*Si vous avez manqué les épisodes précédents, c’est par ici 

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