Île-de-France

Intérimaires : une situation désastreuse en Île-de-France

Publié le 27/07/2020 - mis à jour le 05/08/2020 à 14H48

Quatre mois après le confinement des Français, la fermeture des magasins, des musées, des bureaux, des restaurants et des aéroports, les intérimaires passent de la précarité à la misère.

La région Île-de-France concentre l’activité d’intérim qui recouvre des situations multiples : ils ou elles sont, entre autres, hôtes d’accueil ou de caisses, animateurs touristiques, agents d’entretien ou de restauration collective, femmes ou hommes de chambre, maçons ou charpentiers, aides-soignants ou infirmiers, bagagistes ou techniciens, électriciens ou plombiers, ouvriers de l’industrie automobile ou vendeurs dans la restauration ambulante.

De très nombreux secteurs du secondaire et du tertiaire ont recours à ces contrats qui peuvent être de courte durée (à la journée ou à la semaine), de longue durée (de 6 mois à un an) voire en CDI Intérim, un type de contrat qui existe depuis 2018 et qui lie une agence d’intérim à un salarié. Les intérimaires passent donc d’un contrat à un autre. Dans les intervalles, la personne obtient une indemnité chômage ou, si elle est en CDI Intérim, une allocation forfaitaire versée par l’agence d’intérim.

L’actuelle réforme sur l’allocation chômage, dont la première partie a été mise en place en novembre dernier, a rendu compliqué le recalcul des droits des contrats courts et des intérimaires, aux carrières dites morcelées. Avec le nouveau calcul des droits rechargeables, la situation est plus complexe : avant novembre 2019, il fallait avoir travaillé 4 mois ou 610 heures durant les 28 derniers mois pour recalculer ses droits. Dorénavant, les chiffres pris en compte changent. Il faut avoir travaillé 6 mois ou 910 heures durant les 24 derniers mois pour pouvoir être indemnisé.

Si la prochaine partie de la réforme est mise en œuvre, le calcul des indemnités pour ceux et celles que l’on appelle les « permittents » ne sera également plus basé sur le revenu journalier moyen, mais sur un calcul de revenus mensuels moyens (duquel sont décomptés les périodes d’indemnisation par le Pôle emploi) : pour les contrats courts et les intérimaires, les allocations vont drastiquement baisser, parfois de moitié.

Les intérimaires, pris entre la crise du Covid-19 et la réforme du chômage

Cette réforme est l’une des raisons qui a aggravé la situation provoquée par la crise du Covid-19, a expliqué le syndicaliste André Fadda, responsable CGT Intérim. « L’impact du Covid-19 s’est particulièrement ressenti pour les contrats courts car les contrats longs ou les CDI intérims ont pu bénéficier des mesures de chômage partiel ». Pour celles et ceux rémunérés à la mission, à la journée ou à la semaine, la situation est devenue dramatique, le recours à Pôle emploi ayant ses limites étant donné la réforme sur le droit rechargeable. « Pour ces personnes la situation est passée de précaire à dramatique : beaucoup n’ont pas réussi à recharger leurs droits », explique le syndicaliste.

« Nous recevons de très nombreux appels de salariés intérimaires qui n’ont aujourd’hui plus aucune ressource. Avec le fonds d’action sociale du travail temporaire, nous avons déterminé des mesures d’urgence pour les accompagner au mieux mais force est de constater que les poches de précarité que nous avions localisées en Seine-Saint-Denis ou dans le Val-de-Marne sont aujourd’hui gagnées par la misère. Nous avons pris contact avec le Secours Populaire et les Restos du cœur. Certains bénéficiaires sont des intérimaires qui ont repris le travail mais ont été rattrapés par la pauvreté pendant la période du confinement ». André Fadda est aussi très inquiet face aux « signaux d’alerte » que son syndicat perçoit dans la région : « la situation ne cesse d’empirer et nous avons peur que cela explose à la rentrée. Au téléphone, nous avons des intérimaires en détresse ».

Une situation particulièrement délicate en Île-de-France

La région est particulièrement meurtrie, avec de grosses usines comme PSA à Poissy ou Renault à Flins, de très grosses entreprises comme APHP ou Enedis, des zones d’activité tertiaire comme La Défense ou les zones aéroportuaires de Roissy, Orly ou Le Bourget. « La situation s’applique particulièrement aux intérimaires du secteur aéroportuaire, sur Roissy et Orly », explique le syndicaliste. « Sur les 100 000 personnes employées à Roissy, 10 000 sont intérimaires ».

Mais pas que. Par exemple, l’APHP, a connu une constante augmentation du recours à l’intérim : entre 2015 et 2018, le groupe a augmenté ses rémunérations intérimaires de plus de 8 %. Au global, les chiffres du ministère du Travail sont éloquents : en janvier 2020, la région comptait 131 208 salariés en intérim, ils et elles n’étaient plus que 78 930 en mars. Du jamais vu.

L’ancienne ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a laissé à Élisabeth Borne la mission de gérer les conséquences sur l’emploi de l’après Covid-19. Charge à elle de maintenir – ou non – la suite de la réforme pénalisant les carrières morcelées. Les représentants syndicaux des intérimaires, qui demandent tous le retrait de la réforme du chômage, sont inquiets et craignent un désengagement de l’État et des collectivités territoriales. La prime du Covid-19, par exemple s’est appliquée au prorata voire ont exclu les temps partiels et/ou intérimaires pour les hôtes et hôtesses de caisse, et pour les personnels soignants, il fallait pour prétendre à la prime avoir eu une activité salariée d’au moins 30 jours entre le 1er mars et le 30 avril. L’ARS de la Bourgogne (contrairement aux recommandations ministérielles) a décidé d’exclure de facto le personnel soignant intérimaire et vacataire du versement de la prime. Qui nous dit qu’il en sera autrement pour les soignants de la région Île-de-France…

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Référence : LPA 27 Juil. 2020, n° 155p5, p.4

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