L’ANDRH fait sa rentrée sous le signe de l’adaptabilité

Publié le 21/10/2022 - mis à jour le 21/10/2022 à 10H24

L’ANDRH fait sa rentrée sous le signe de l’adaptabilité

Contexte social et économique, crise du recrutement, questionnements sur les bienfaits du télétravail, métiers en tension, le 4 octobre dernier, l’ANDRH par les voix de sa présidente, Audrey Richard, et de ses vice-présidents Benoît Serre et Laurence Breton-Kueny, ont annoncé une « rentrée chargée ». Bilan et perspectives pour les mois à venir.

Alors que la crise du recrutement se poursuit, l’ANDRH confirme, dans sa dernière enquête, un sentiment très largement partagé par les DRH répondants. 88 % des DRH confient en effet des difficultés à recruter. Face à cette problématique, 75 % font appel à un cabinet de recrutement, 72 % travaillent sur la marque employeur – même s’il ne s’agit pas seulement de travailler sur la marque employeur, mais aussi de s’investir, de progresser dans l’entreprise, c’est-à-dire de soigner les étapes RH de l’entreprise, a précisé Audrey Richard – et 51 % font appel à la cooptation.

Sur la formation, Laurence Breton-Kuony, a rappelé que de la mission d’évaluation de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, dont sont ressorties 14 propositions en février 2022, a montré un besoin d’amélioration. Ce qui en ressort principalement est une volonté de simplification et d’uniformisation des démarches. 64 % des répondants indiquent vouloir une simplification du dispositif, vient ensuite une meilleure prise en charge pour 54 %, un système de financement pérenne pour 52 %, enfin une harmonisation des services des Opco pour 39 % des répondants.

D’ailleurs, on ne peut séparer la formation du CPF, a-t-elle indiqué, avec des enjeux liés à la reconversion par rapport aux métiers en tension. Peut-être faudrait-il modifier l’âge du contrat d’apprentissage et d’alternance, qui pourrait s’appliquer sans limite d’âge.

Concernant les 11 opérateurs de compétences, 55 % des DRH sont satisfaits de leur relation avec eux, mais 32 % ne sont pas satisfaits de la prise en charge.

Revaloriser des salaires ?

Les répondants alertent sur la difficulté de revaloriser les salaires dans ce contexte économique tendu. Pour Benoît Serre, « la prime de partage de valeur a été un outil apprécié par les DRH qui permet de compenser l’inflation sans augmenter les charges des entreprises, notamment le coût de l’énergie et l’explosion du coût des factures ». Il faut que « les entreprises soient prudentes à ne pas se rajouter une charge permanente ». 43 % ont versé cette prime en 2021, 40 % la versent en 2022 mais 38 % ne l’ont versée ni en 2021 ni en 2022.

Dans ce contexte, 50 % des DRH répondants trouvent les évolutions apportées en 2022 à la prime pertinentes. Sur la politique de rémunération, seulement 52 % des salariés ont accès à l’intéressement, rappelle Benoît Serre, 43 % ont accès au CET, etc. « Les DRH ont une vision globale intégrée de valeur, pas seulement centrée sur le salaire », a-t-il précisé.

Sur le rachat des RTT, les DRH attirent l’attention sur les « risques » d’une telle initiative. « Concentrer les RTT risque de perturber l’organisation des entreprises. Attention aussi qu’on ne le paie pas d’ici 2-3 ans, si cela crée des déséquilibres entre la vie professionnelle et personnelle », avec un potentiel accru de burn-out. Benoît Serre préconise donc une « certaine prudence pour avoir un raisonnement RH et non opportuniste du sujet ».

Santé : une loi sans moyens ?

Les DRH tombent d’accord sur un manque de « médecins du travail criant », alors que la loi santé est censée renforcer la prévention en santé au travail, la prévention primaire et les offres de service prévention et santé au travail.

Mais les médecins du travail sont seulement 4 800 et d’ici 2030, on prévoit une baisse de 7 % des effectifs, avec une moyenne d’âge des médecins du travail de 55 ans. Il existe des inégalités territoriales et selon les entreprises, a précisé Laurence Breton-Kueny. Les rendez-vous de liaison, visite de préreprise ou de reprise prennent du retard, faute de personnel. Pour autant, 48 % des DRH sont au fait des changements. Cependant, il faut qu’ils aient les moyens pour mettre en place ces changements réglementaires.

Un mot sur les aidants, sujet de plus en plus dans l’actualité, y compris au sein du monde du travail. C’est « un sujet de responsabilité sociétale, car on peut tous êtres aidant un jour », a rappelé la vice-présidente de l’ANDRH. Les entreprises comptent 1/10 aidants parmi leurs salariés mais lancent encore trop peu d’initiatives pour les soutenir (52 % ne mènent pas d’actions en particulier).

Un climat social « mitigé »

« Très mitigé ». C’est ainsi qu’est qualifié le climat social. Les chiffres de l’enquête parlent d’eux-mêmes : 39 % des DRH envisagent une dégradation des relations sociales, tandis que 38 % croient à leur stabilité. Il existe une « grande incertitude sur le climat social qui dépend de l’actualité et de l’ampleur des mouvements sociaux », a indiqué Benoît Serre.

Sur le travail hybride, cela fait 2 ans maintenant qu’il est expérimenté dans les entreprises. 74 % des DRH répondants indiquent qu’il est plutôt bien accepté. 22 % seulement sont confrontés à des refus exceptionnels et 3 % à un refus général dans leur structure. Pour Audrey Richard, c’est le signe « que le dialogue social a porté ses fruits », avec « seulement quelques situations individuelles gérées par les DRH, mais du côté de l’ANDRH, nous pensons qu’il faut mieux encadrer le télétravail (accidents, temps de travail, déplacements…) ».

Les valeurs de l’entreprise en post-covid et crise climatique

L’enquête s’intéresse aux initiatives prises par les DRH pour favoriser le collectif : 41 % créent des moments de convivialité, 32 % font de l’accompagnement managérial et 31 % ont mis l’accent sur la QVT (bien-être, sport, équilibre du temps, etc.), enfin ils sont 28 % à soigner l’environnement de travail.

Sur l’environnement et la RSE, l’enquête a montré que ces sujets étaient en cours de réflexion dans 52 % des entreprises. 44 % ont déjà mis un plan d’économies d’énergie, 41 % ont mis en place un plan pour baisser leur empreinte carbone, et 22 % ont mis en place un plan mobilité douce.

Si les bonnes volontés sont là, nombreuses semblent freinés par leur manque de formation sur ces questions. « La communauté DRH doit monter en compétences sur les thématiques environnementales, et élargir ses champs d’intervention », a suggéré Audrey Richard. Autre question posée aux DRH répondants : où placent-ils la gouvernance de la RSE ? Dans 39 % des cas, les RH et RSE sont dans des services différents et travaillent ensemble. Pour 24 % des répondants, la RSE est portée par un service décorrélé des RH, enfin la RSE est rattachée à la fonction RH dans 23 % des cas.

Benoît Serre met en garde : « ces chiffres révèlent des déséquilibres entre la dimension environnementale et la dimension sociale. Mais les attentes internes des salariés sont aussi très fortes sur les questions sociales, au-delà même des questions environnementales ». Pour lui, il est dur d’imaginer une fonction RH sans RSE.

D’autres sujets ont été évoqués lors de cette conférence de rentrée : sur la réforme des retraites, Benoît Serre s’est dit assez content à l’idée d’une réforme des retraites qui inclurait une vraie politique volontariste sur le marché des seniors. Il a salué des avancées, commencées par les membres de l’ANDRH (index, quota…) mais devant cette discrimination, la première dont sont victimes les salariés, « on attend un plan senior un peu sérieux, sinon cette réforme de retraite sera source de tensions sociales. Les entreprises ont appris à mieux conserver leurs seniors, mais doivent encore apprendre à les embaucher, l’âge-pivot étant de 55 ans », a-t-il rappelé.

Le logement, conséquence du travail hybride, avec une évolution des tarifs immobiliers. Certains n’ont plus de quoi se loger dans certains quartiers. L’ANDRH attire l’attention sur un volume croissant de démissions par rapport à la mobilité. « Le logement devient un sujet par conséquent ».

Sur l’énergie, Benoît Serre a noté des « vraies inquiétudes » et des « vraies conséquences » : « certaines PME ne peuvent plus produire, sauf à perte, ce qui aura nécessairement des répercussions sur les rémunérations ou le volume d’emploi ».

Enfin, sur la réforme de l’assurance chômage (réduire les indemnisations en période de reprise, les augmenter quand le marché se tend), « on en comprend la logique, mais il faut être vigilants sur les critères car le marché du travail ne repart pas de la même façon dans tous les secteurs, estime le vice-président. Il faut garder en tête que les perspectives économiques ne sont pas très positives ».

Pour Audrey Richard, les éléments saillants de l’enquête se résument aux difficultés de recrutement, à la simplification de la formation professionnelle, à la pénurie de médecins du travail et aux incertitudes sur le climat social. Une certitude : pas de quoi chômer pour les DRH.

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