Seine-Saint-Denis (93)

Archives de la Préfecture de police de Paris : suivez le guide !

Publié le 28/10/2022 - mis à jour le 28/10/2022 à 10H28

Pour la seconde fois, en septembre, les archives de la Préfecture de Police, situées au Pré-Saint-Gervais (93) ont ouvert leurs portes à l’occasion des Journées européennes du Patrimoine. L’occasion de rappeler que les documents qui ont fait l’histoire de ce service public sont une richesse commune, et accessibles à tous et à toutes.

Henri Zuber et Cécile Lombard

DR

Ni plaque, ni enseigne, ni même drapeau Français : à l’extérieur, rien ne signale que cinq des onze kilomètres d’archives de la Préfecture de police de Paris reposent sous ce sage bâtiment en briques rouges et colonnes blanches, rue Baudin, au Pré-Saint-Gervais. Dans un premier temps, l’évocation d’une telle institution, victime des caricatures des séries télé, pourrait inspirer un mortel ennui. Mais Henri Zuber, chef du département patrimonial au service de la mémoire et des affaires culturelles de la Préfecture de police, et son adjointe, Cécile Lombard, savent, lorsqu’ils parlent de leur métier, convaincre qu’il n’en est rien. Le moment y est peut-être pour quelque chose : la reine Elizabeth II est décédée la veille de notre rencontre, et les portes ouvertes de l’institution ont lieu le lendemain. Un timing inespéré pour exposer les dizaines de photographies de voyages officiels de la souveraine, qui les met, eux, et la vingtaine d’agents du service, en joie.

Des paris sur l’avenir !

Pour l’occasion, ils ont conçu une visite qui suit le trajet d’un document d’archive. Une première station a été prévue afin d’expliquer la politique de collecte des documents. « Comme il s’agit d’un service régalien, les fonctionnaires de police nous consultent pour savoir ce qu’ils peuvent détruire ou verser aux archives », détaille Cécile Lombard. « On ne sait pas ce qui intéressera les historiens dans cinquante, soixante-dix ans. Nous sommes donc en permanence en train de faire des paris sur l’avenir », poursuit Henri Zuber. 5 à 10 % des documents produits par les services que compte la police, des commissariats à l’institut médico-légal, de la gestion des associations à celle des titres d’identité, de la gestion des armes aux débits de boissons, atterrit dans les rayonnages. Les seuls bâtiments du Pré-Saint-Gervais n’y suffisent pas : six autres kilomètres de documents sont entreposés à Créteil, et 40 kilomètres sont encore en souffrance dans les « services producteurs ».

La seconde escale a lieu dans le service chargé du traitement des archives : leur description y est complétée, afin qu’on puisse les retrouver facilement. C’est ce service qui déniche les trésors méconnus : le registre où sont consignées toutes les tortures appliquées au régicide Ravaillac, les fichiers de la police des mœurs sur les « femmes galantes », parmi lesquelles on comptait l’actrice Sarah Bernhardt. Ils gardent également les archives qui permettent de documenter le comportement de la police française pendant la rafle du Vél d’Hiv, les enregistrements de la salle de commandement de la police en mai 1968, ou les fonds du préfet Bertillon, père de la police scientifique et de l’anthropométrie…

Grands-pères déportés ou grands-mères prostituées…

L’accès à ces reliques n’est pas un privilège ; tout citoyen peut y avoir accès en se rendant à la salle de lecture – le dernier pôle. Elle reçoit pour l’instant 3 000 visiteurs par an. Parmi eux, les historiens sont majoritaires : Laurent Joly y a collecté les archives pour réaliser son ouvrage, « La Rafle du Vél d’Hiv », paru le 25 mai dernier, Pierre Piazza vient y chiner les pièces qu’il présente dans son exposition « La science à la poursuite du crime ». Mais les archives aimeraient attirer un public plus large. « On ne garde pas des kilomètres de papier pour se faire plaisir », estime Cécile Lombard. Chargée depuis une dizaine d’années de professionnaliser le service des archives de la Préfecture, elle a à cœur de les mettre à disposition du public. « Si vos aïeux avaient des activités politiques, associatives, journalistiques ou des mœurs considérées à l’époque comme particulières, il y a de grandes chances pour que nous en ayons la trace ! Nous voyons passer ici des gens qui sont à la recherche de l’histoire de leurs grands-parents déportés, de leur grand-mère prostituée… », énumère son collègue Henri Zuber. Ne sont communicables que les documents administratifs produits il y a plus de vingt-cinq ans, et les documents judiciaires produits il y a 50, voire 75 ans… mais des dérogations peuvent être délivrées, en fonction du bon vouloir des services et de l’objectif poursuivi par le demandeur, pour consulter des documents moins anciens. Ces délais de déclassification ont fait l’objet, ces dernières années, de batailles très politiques. Alors, comme un droit ne s’use que si l’on ne s’en sert pas, n’hésitez pas !

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