À La Défense, un dispositif d’alerte sur-mesure

Publié le 02/05/2024
À La Défense, un dispositif d’alerte sur-mesure
PUNTOSTUDIOFOTO Lda/AdobeStock

L’établissement public qui gère le quartier d’affaires de La Défense a mis en place en 2015 un dispositif de sécurité particulier, qui vient de changer d’opérateur. Petit point avec Marie-Laure Bettoli, directrice de la prévention et de la sécurité en charge du dossier.

À cheval entre Nanterre, Puteaux, Courbevoie et La Garenne-Colombes, c’est le premier quartier d’affaire d’Europe : 61 tours de grande hauteur, 3,7 millions de mètres carrés de bureaux, 245 000 mètres carrés de commerces (dont Les 4 Temps Westfield, plus grand centre commercial d’Europe). La Défense, c’est 500 entreprises (dont 14 du CAC 40 et 15 appartenant au prestigieux classement Fortune Global 500), 180 000 salariés (dont 60 % de cadres), 50 000 habitants, 150 restaurants, 3 000 chambres d’hôtel, une salle de spectacle de 40 000 places, plusieurs gares de transport en commun (métro, RER, autocars et bientôt Grand Paris Express). Des chiffres qui donnent le tournis mais qui n’impressionnent sans doute guère plus celle qui veille au grain.

Après avoir travaillé plusieurs années en collectivité en tant que chargée de mission et prévention à Courbevoie et à Puteaux, Marie-Laure Bettoli a rejoint l’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) de Paris La Défense en 2009 avant de devenir, en 2015, directrice de la prévention et de la sécurité pour l’établissement public. Une aubaine : « Je connais bien les partenaires avec lesquels je travaille au quotidien, ce qui peut permettre d’avancer plus vite sur certains dossiers. »

En février dernier, l’établissement public a décidé de moderniser son système d’alerte en se basant sur la technologie de Ciitélécom, utilisée entre autres par la préfecture des Hauts-de-Seine. De quoi présager une communication efficace et ciblée en cas d’incidents et d’événements majeurs (annonce de manifestations ou vols de drones, accidents transport, feu dans le tunnel, etc.) ou d’actes malveillants, à la veille des Jeux olympiques, qui apporteront au quartier son lot de touristes et de préoccupations. Entretien avec cette spécialiste de la sécurité.

Actu-Juridique : Quand l’EPIC s’est-il doté de son propre système d’alerte et pourquoi ?

Marie-Laure Bettoli : Cela fait une petite dizaine d’années que nous avons monté un système d’alerte afin d’envoyer rapidement des messages par différents canaux (appel, voix, SMS, mail) sur un premier cercle de partenaires que sont les PC de sécurité des tours et des établissements recevant du public (ERP), y compris les gares. Cela faisait suite à la mise en place du plan de mise en sécurité de La Défense (PMSD), approuvé en 2013, qui est une disposition spécifique d’organisation de la réponse de sécurité civile (ORSEC). Ce dispositif avait pour but de permettre à la préfecture des Hauts-de-Seine, en cas d’événement malheureux intentionnel ou accidentel, d’organiser au mieux les secours et de garantir la mise en sécurité sur le territoire (en passant par la mise à l’abri, le confinement ou l’évacuation des personnes). Alertés, les PC de sécurité transmettent ensuite le message en interne (auprès des locataires des tours) et chaque EPR dispose de ses propres procédures.

AJ : Quels sont les grands avantages de ce système d’alerte ?

Marie-Laure Bettoli : Il nous permet de communiquer rapidement, clairement et largement pour tout événement affectant le fonctionnement normal de l’EPIC. Nous l’utilisons aussi pour des difficultés liées à l’exploitation des tunnels, des incidents qui peuvent générer des problématiques chez des exploitants de tours. Nous sommes en lien étroit avec la préfecture sur des manifestations revendicatives qui peuvent avoir lieu sur le territoire (comme récemment au pied de la tour Total, NDLR). Ce que l’on redoute dans ces cas-là, c’est l’intrusion de manifestants au sein des tours. Nous l’avons aussi utilisé récemment pour informer les usagers que la préfecture avait autorisé un survol de drone dans la zone.

AJ : Comment avez-vous construit votre base de données ?

Marie-Laure Bettoli : Nous testons régulièrement notre base de données, qui regroupe en premier lieu les PC de sécurité, les directeurs et directrices de la sécurité et de la sûreté. Nous en sommes à peu près à 800 contacts en ayant élargi, sur la base du volontariat, aux commerçants de proximité. Nous envisageons aussi, avec le nouveau système Ciitélécom d’intégrer les habitants qui le souhaitent car nous pouvons intégrer un annuaire en collaboration avec les villes. Ce nouveau système nous offre plus de fonctionnalités que le précédent et certains partenaires, comme la préfecture, disposent du même outil (même si nous ne partageons pas la même base de données). Ce qui est pratique également c’est que nous pouvons les solliciter 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 avec la possibilité de leur faire envoyer des alertes en cas d’incident technique sur le site, ou pour appuyer nos équipes.

AJ : En quoi votre système d’alerte complète-t-il le national, FR-Alert, actuellement en test à Paris ?

Marie-Laure Bettoli : Ce sont des dispositifs qui viennent se compléter : il existe l’alerte attentat sur le territoire et nous avons notre alerte attentat à nous. La différence, c’est que nous sommes sur la base du volontariat et que nous offrons un panel d’informations plus large que les incidents majeurs. Nous sommes taillés sur-mesure : La Défense est enclavée entre le boulevard circulaire et la Seine, il faut que certaines informations, que ce soit de petites gênes comme de gros incidents, parviennent le plus vite possible aux personnes pour éviter les effets de congestion rapides qui peuvent se produire. Mais bien sûr il reste des trous dans la raquette : les touristes et les visiteurs occasionnels, par exemple, ne reçoivent pas les alertes. En cas de déclenchement du PMSD, nous devons les atteindre. Nous pouvons alors activer à distance des messages d’information sur les panneaux Decaux disséminés sur la dalle et si nous devons procéder à une évacuation, nous pouvons utiliser des porte-voix portatifs ultra-puissants qui nous permettraient de communiquer efficacement auprès des usagers. Notre dispositif est utilisé au quotidien, pour les petites gênes, donc nous n’avons pas besoin de faire de grandes opérations d’exercices ou de tests, mais nous testons malgré tout notre base de données tous les trimestres, en lien avec les équipes en charge de la sécurité et la collaboratrice RGPD, ce qui nous permet de nous assurer que les contacts sont toujours à jour et de tester le taux d’écoute des usagers.

Plan
X