Yvelines (78)

C. Aufrechter :« La Nuit du droit renforce les liens entre l’institution judiciaire et nos concitoyens » !

Publié le 20/10/2022 - mis à jour le 20/10/2022 à 10H35

La Nuit du droit est une tradition maintenant depuis 2017. Un événement organisé le 4 octobre, jour d’anniversaire de la Constitution de la Ve République. Pour cette édition 2022, 160 manifestations sur des sujets juridiques et d’actualité du droit ont été organisées en France : des conférences, des concours d’éloquences ou encore des lectures de texte. C’est une célébration du droit français et européen. Parmi ces différents rendez-vous, la mairie de Verneuil-sur-Seine, commune des Yvelines (78), a organisé la projection du film Dark Waters de Todd Haynes, suivie d’une conférence-débat avec un avocat sur le droit et l’environnement. C’est la seule municipalité à avoir organisé un rendez-vous dans le cadre de la Nuit du droit 2022. Cyril Aufrechter, conseiller municipal délégué aux affaires juridiques à Verneuil-sur-Seine revient sur cette soirée et sur l’engagement de la commune dans l’accès au droit pour ses concitoyens.

Actu-Juridique : Pourquoi la ville de Verneuil-sur-Seine s’est-elle engagée à travers l’événement de la Nuit du droit ?

Cyril Aufrechter : Nous nous sommes engagés dans la Nuit du droit pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’accès au droit pour nos concitoyens nous tient à cœur. Au niveau municipal, nous sommes membre de la Maison de la justice et du droit du Val-de-Seine depuis longtemps. Le rendez-vous organisé à Verneuil-sur-Seine dans le cadre de la Nuit du droit permet aussi de sensibiliser le public au droit. Nous avons choisi l’aspect environnemental car c’est un sujet qui nous importe beaucoup au niveau municipal, surtout dans le contexte actuel.

Actu-Juridique : Vous êtes la seule municipalité à organiser une manifestation dans le cadre de la Nuit du droit. Que représente cet événement ?

Cyril Aufrechter : C’est une fierté d’être la seule commune à participer à ce rendez-vous. La Nuit du droit permet de créer des synergies entre les acteurs du monde juridique. Mais surtout, c’est un moyen de renforcer les liens entre l’institution judiciaire et nos concitoyens non-juristes. C’est aussi un moyen de sensibiliser et de donner des informations sur la justice. Le droit est complexe et difficilement compréhensible pour beaucoup de monde. La Nuit du droit permet d’apporter un moment de pédagogie par rapport à ce sujet. Je pense aussi que la culture du droit permet de favoriser le vivre ensemble. Le droit renforce les liens entre les citoyens. C’est extrêmement important après les confinements successifs durant la crise sanitaire. La sensibilisation au droit, au respect des règles permet de se rappeler que nous vivons dans une communauté tous ensemble. Des choses sont autorisées, d’autres ne le sont pas vis-à-vis des uns et des autres mais aussi vis-à-vis de notre environnement.

Actu-Juridique : Comment s’est déroulée la Nuit du droit à Verneuil-sur-Seine ?

Cyril Aufrechter : Nous avons projeté le film Dark Waters de Todd Haynes. Ce film raconte l’histoire d’un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Il va devoir combattre pour défendre l’environnement. Les participants ont été marqués car ce film ne laisse pas indifférent. Ils ont pu se rendre compte qu’une procédure judiciaire prend du temps. La méthode utilisée dans cette affaire par les industries chimiques a été de gagner du temps, sans volonté d’assumer leur responsabilité immédiatement. À la suite de la projection, pendant une heure, les participants ont pu échanger avec Me François de Cambiaire. Me François de Cambiaire est un avocat assez réputé. Il participe notamment au procès en inaction climatique contre Total. Les personnes présentes ont été très satisfaites et intéressées par le sujet. La majorité n’était pas des juristes. Les échanges ont concerné l’inaction climatique, la prise de conscience de l’enjeu environnemental par les entreprises et les risques juridiques et éthiques. Il y a aussi eu une question pour savoir si le problème est manichéen avec d’un côté les défenseurs de l’environnement et de l’autre les entreprises polluantes. Me François de Cambiaire a expliqué que c’était plus complexe. Lui-même est en procès pour inaction climatique contre Total et a également déposé une plainte dans l’affaire des bébés nés sans bras pour une famille concernée. Dans le même temps, il défend des entreprises dont la responsabilité est mise en cause dans d’autres affaires. En réalité, c’est la manière de gérer les problèmes qui compte et savoir si les sociétés vont assumer leur manquement par rapport à l’enjeu environnemental.

Actu-Juridique : Pourquoi le choix du film Dark Waters ?

Cyril Aufrechter : Nous avions plusieurs idées sur la table. Nous avons choisi ce film car il correspondait au thème du droit et de l’environnement. De plus, Me François de Cambiaire a déjà animé des conférences-débats sur ce film. Le choix était donc très pertinent. Mais nous avions aussi pensé au film Des hommes d’honneur, à travers lequel nous aurions pu aborder la question pénale. Même situation concernant le film Omar m’a tuer où nous aurions pu parler de droit pénal. Sachant que nous voulions aborder la question environnementale, nous avons opté pour « Dark Waters ».

Actu-Juridique : Pourquoi avez-vous préféré la thématique de l’environnement pour la Nuit du droit ?

Cyril Aufrechter : C’est un sujet au cœur de l’actualité. En ce moment, l’environnement, on ne peut plus passer à côté. Ce n’est plus possible. En tant qu’élu, c’est notre devoir de travailler sur cette thématique notamment en sensibilisant nos concitoyens. Ce thème se justifie à la fois à travers l’actualité mondiale, nationale mais aussi de Verneuil-sur-Seine. Nous avons une histoire autour de l’environnement. Notre forêt a déjà été menacée par des projets contre lesquels nous nous battons, rejoignant le combat mené depuis des décennies par les associations de défense de l’environnement. Quand nous demandons aux habitants ce qu’ils pensent de Verneuil-sur-Seine, ils parlent de l’aspect naturel de la commune. Il y a des espaces boisés et des parcs. Nous avons la chance de vivre dans une ville verte en étant à une demi-heure de Paris.

Actu-Juridique : De quelles manières favorisez-vous l’accès au droit à Verneuil-sur-Seine ?

Cyril Aufrechter : Dans notre conception, l’accès au droit touche vraiment à tous les droits. Il y a l’aspect juridique mais aussi l’ensemble des droits des citoyens. Depuis de nombreuses années, notre adhésion à la Maison de la justice et du droit du Val-de-Seine nous permet d’avoir des permanences d’avocats, qui se déroulent le troisième vendredi du mois de 9 h à 12 h et le quatrième jeudi du mois de 14 h à 17 h. Il y a des permanences d’un écrivain public qui vient le deuxième et le quatrième vendredi du mois de 14 h à 17 h. Il y a donc une assistance juridique en mairie à travers ces permanences pour les personnes qui en ont besoin. Nous avons aussi des interventions du point d’information médiation multiservices (Pims). C’est un service d’aide à l’utilisation des outils informatiques. C’est parfois difficile d’accéder à certains droits si on est en difficulté extrême vis-à-vis des outils numériques. Au siège de la Maison du droit, il y a aussi des permanences du représentant du Défenseur des droits, de psychologues, de notaires, etc.

Actu-Juridique : Pourquoi, en tant que commune, est-il important d’assurer cet accès au droit ?

Cyril Aufrechter : C’est important d’y avoir un premier accès. Dans certaines situations, les citoyens peuvent être perdus car ils ne savent pas comment s’y prendre dans les démarches juridiques. Le domaine judiciaire peut apparaître complexe et assez effrayant. L’idée de devoir prendre un avocat peut aussi être inquiétante tout comme naviguer dans le cadre d’un procès. L’aspect judiciaire peut arriver très rapidement. Par exemple, il y a des moments de la vie quotidienne qui peuvent toucher au droit, comme un divorce. L’accès au droit assuré par une commune, ce sont les premiers secours du droit. Parfois c’est suffisant. Dans d’autres cas, ils permettent de lancer une procédure.

Actu-Juridique : Les Français sont très critiques vis-à-vis de l’institution judiciaire. Il y a eu les États généraux de la justice, une réforme devrait voir le jour prochainement. Alors comment peut-on renforcer l’image de la justice vis-à-vis des Français ?

Cyril Aufrechter : Les événements de la Nuit du droit et l’accès au droit au quotidien sont déjà des petites étapes pour aller dans ce sens. Ensuite, il faut faire preuve de pragmatisme. La justice est lente malheureusement mais il faut du temps pour écouter les arguments de l’ensemble des parties. Il faut du temps au juge pour bien se forger une conviction et statuer en fait et en droit, d’autant plus qu’ils ne sont pas nombreux. Statuer à l’emporte-pièce serait vraiment un problème. Le temps de la justice n’est pas en phase avec le temps médiatique, mais les réseaux sociaux ne doivent pas se substituer aux tribunaux. Pour renouer le lien entre les citoyens et la justice, il faudrait leur montrer davantage l’institution judiciaire et les accompagner à aller vers la justice. C’est assez intéressant d’aller dans un tribunal et d’assister à une audience. J’ai fait cette expérience quand j’étais étudiant et c’est très enrichissant. C’est dans ce genre de situation, qu’on peut comprendre l’institution judiciaire et son fonctionnement. Peut-être faut-il également acculturer au droit plus tôt dans le parcours scolaire. Mais effectivement c’est compliqué. Le lien entre les citoyens et le droit est extrêmement fragile et il faut le préserver de manière attentive.

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