Hauts-de-Seine (92)

Grand Paris Express, un chantier urbain et culturel

Publié le 28/12/2021 - mis à jour le 28/12/2021 à 11H55
Grand Paris Express, un chantier urbain et culturel
Grand Paris Express (DR)

Le temps passe pour le plus grand chantier d’Europe. Les premières gares seront mises en service en 2024. En attendant, les travaux, lourds, se poursuivent et la programmation culturelle aussi autour des futures 68 gares du réseau. Un nouvel appel à projet vient notamment d’être lancé pour accompagner la construction du Grand Paris. Pierre-Emmanuel Becherand, responsable de l’architecture et de la culture pour la Société du Grand Paris, considère que « la culture permet aux habitants de s’approprier et de s’identifier au projet urbain ».

Actu-juridique : À qui est destiné l’appel à projets « Partage ton Grand Paris » lancé par la Société du Grand Paris et la Métropole du Grand Paris ?

Pierre-Emmanuel Becherand : C’est la deuxième année que nous réalisons cet appel à projet, en partenariat avec la Métropole du Grand Paris. Notre idée est assez simple et repose sur l’accompagnement des initiatives culturelles inscrites autours des chantiers et des territoires du Grand Paris Express (GPE). Pour cette deuxième édition nous avons arrêté quatre grandes thématiques : la Métropole de demain, la révélation des lieux du Grand Paris, les nouvelles mobilités et la transition écologique. Nous nous adressons à toutes les disciplines (spectacle vivant, architecture, mode, photographie, danse, etc.), à des projets de toutes natures (performances, ateliers, etc.) et qui peuvent être à des stades de concrétisation très différents. La seule contrainte, si je puis dire, c’est le lien obligatoire avec les territoires du GPE.

Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 7 janvier prochain et sont accessibles via notre nouveau site internet. Les 8 à 10 projets retenus, par un jury de douze membres, seront ensuite proposés entre mars et septembre 2022. Ils seront en accès libre, gratuits et les artistes bénéficieront d’un soutien financier pouvant atteindre 12 500 €.

Lors de la première édition, nous avions par exemple soutenu Emmanuelle Cassot qui a travaillé à la collection d’objets faits en céramique et issus de matériaux et de terres des chantiers du GPE. Nous avons également collaboré avec un chorégraphe et un danseur, Luz Moreno et Benjamin Bertrand, autour de la création d’une pièce qui repose sur une captation photographique et vidéo d’une performance chorégraphiée dans un chantier du Grand Paris Express. Ou encore la compagnie de théâtre Décor sonore qui a proposé une visite de chantier décalée aux habitants d’Aubervilliers.

AJ : À travers cet appel à projet votre objectif est-il de familiariser « autrement » les habitants au projet titanesque du GPE ?

P.-E.B. : Oui, c’est clairement l’un des buts de cet appel à projet. D’ailleurs ce n’est pas la seule action que nous menons pour faire des chantiers, des gares et de leurs quartiers des lieux de vie à part entière. Pour nous, la culture doit servir de liant sur les territoires du GPE entre ce chantier si structurant et les artistes et espaces culturels du Grand Paris. La culture permet aux habitants de s’approprier et de s’identifier au projet urbain. Elle permet aussi de sensibiliser des publics différents de ceux que l’on peut trouver habituellement dans les mairies lors des concertations publiques.

AJ : Quels sont les autres grands rendez-vous culturels programmés autour du réseau du Grand Paris Express pour 2022 ?

P.-E.B. : Ils sont nombreux, je peux vous citer nos fêtes de chantier dénommées KM – pour kilomètre – où les habitants peuvent s’accaparer les chantiers et profiter ainsi d’un temps d’échange avec les artistes et les professionnels des chantiers. Ce sont des moments festifs et artistiques qui se déclinent par exemple sous la forme de performances, d’installations lumineuses, de concerts, souvent conclus par un repas de chantier. Deux KM sont ainsi prévus en 2022 : à la fin de l’hiver dans les Hauts-de-Seine, et à l’été en Seine-Saint-Denis.

Au printemps nous lancerons également la cinquième saison des « chantiers partagés », soit des résidences artistiques, d’une durée de six mois à un an, en lien avec les chantiers des gares. Nous participons aussi à l’organisation de balades urbaines le long des tracés du réseau pour questionner la place des piétons dans les déplacements du quotidien. Enfin, vous n’êtes pas sans savoir que les premières gares sur la ligne 14 seront mises en service en 2024 au moment des Jeux Olympiques, ainsi nous passons une série de commandes à des artistes pour investir l’architecture des futures gares qui seront des lieux de vie à part entière. Et pour terminer, en 2022, un autre temps fort artistique sera l’annonce des résultats de notre appel à candidature international, réalisé en partenariat notamment avec la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême et le festival d’Annecy, pour la création de fresques dans les gares du Grand Paris Express. Un artiste-auteur par gare se verra attribuer la réalisation d’illustrations faisant écho au territoire desservi. Elles seront vues par deux à trois millions de voyageurs par jour.

AJ : Toutes ces actions culturelles et artistiques visent-elles aussi à changer l’image du chantier urbain le plus important d’Europe et de son flot de désagréments pour les habitants ?

P.-E.B. : La culture ne peut être traitée comme un outil pour détourner le regard ou les critiques des habitants. Les 120 partenaires, 40 architectes et plus de 300 artistes impliqués depuis le début du chantier ne sont pas là pour faire diversion quant aux nuisances causées par les chantiers. Vibrations, poussières, bruits, ces nuisances existent, personne ne cherche à les cacher, et malheureusement elles sont inévitables. Les critiques que peuvent engendrer les chantiers, compréhensibles évidemment du point de vue des riverains, s’inscrivent dans le présent. Or, avec la culture et toute la programmation dont je vous ai parlé, nous essayons de nous projeter vers le futur des territoires, au-delà des nuisances en quelque sorte issues des chantiers. Le travail des artistes permet aux habitants de comprendre pourquoi il y a ces contraintes et vers quoi elles nous amènent : les transports et la ville du futur. Le Grand Paris Express est une histoire importante à la mesure de tous les travaux qu’il implique. Or une histoire doit être racontée pour ne pas être seulement subie, c’est le rôle de la culture.

AJ : C’est pour aider aussi les habitants des territoires à se projeter dans le futur culturel du Grand Paris que vous venez de dévoiler un nouveau site internet www.culturenouveaumetro.fr ?

P.-E.B. : Oui, ce nouveau site fait voyager les utilisateurs dans une dimension symbolique et fictionnelle du Grand Paris. Évidemment, les internautes y retrouvent toutes les informations présentes et passées sur les rendez-vous culturels du nouveau métro, mais aussi les outils pour se projeter dans le futur et la finalisation des gares. Ils peuvent y découvrir les œuvres qui y seront implantées, les architectures qui les structureront également. Nous avons notamment développé un outil « L’oeil du tunnel » qui préfigure, grâce à une expérience numérique assez innovante, les déplacements que nous pourrons réaliser bientôt. Le Grand Paris Express permettra à terme de visiter les 68 futures gares comme une collection d’art et d’architecture. Avant de pouvoir le faire en train et en grand, nous pouvons déjà le faire via « L’œil du tunnel ». J’invite chacun de vos lecteurs à découvrir ce nouveau site internet.

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