Val-de-Marne (94)

Rencontre avec Mathias Ott, nouveau préfet délégué pour l’égalité des chances dans le Val-de-Marne

Publié le 08/03/2022 - mis à jour le 08/03/2022 à 12H04

Par décret du 12 janvier 2022, Mathias Ott a été nommé préfet délégué pour l’égalité des chances auprès de la préfète du Val-de-Marne, en remplacement d’Abdel-Kader Guerza. Il a occupé plusieurs fonctions au sein de collectivités territoriales puis auprès du président de l’Assemblée nationale. En 2015, il a rejoint le corps des sous-préfets d’abord en tant que directeur de cabinet de la préfète de la région Picardie, préfète de la Somme (2015-2017), puis comme sous-préfet chargé de mission auprès du préfet de Guyane (2017-2018). En mai 2018, il a rejoint la ministre des Solidarités et de la Santé afin de devenir son chef de cabinet et a été nommé sur le même poste auprès du ministre de l’Intérieur, en octobre 2018. En février 2020, il est devenu conseiller « cohésion des territoires et logement » à la présidence de la République puis, en juillet de la même année, chef de cabinet du Premier ministre. Nommé préfet chargé d’une mission de service public en décembre 2021, il a pris ses nouvelles fonctions le 27 janvier 2022. Rencontre.

Actu-Juridique : Vous êtes né dans les Hauts-de-Seine. Êtes-vous attaché à l’Île-de-France ?

Mathias Ott : Je me qualifie de Francilien ; un banlieusard qui a grandi à Grigny, dans l’Essonne. Ainsi, même si j’ai effectué une partie de mes études dans le nord, je connais bien l’Île-de-France ainsi que les problématiques liées aux quartiers populaires. Quant au Val-de-Marne, c’est un département que je découvre depuis 3 semaines.

AJ : Comment avez-vous pris la nouvelle de votre nomination ?

M.O. : Je suis évidemment très heureux d’être préfet délégué pour l’égalité des chances, et ce n’est pas un lieu commun. J’ai choisi de le devenir parce que ce sont des sujets qui me passionnent. En tant que représentant d’État, on peut faire bouger les choses, avec quelques lignes budgétaires. Le département du Val-de-Marne incarne une sorte de « mini Île-de-France » à lui tout seul, avec des zones plus favorisées et des zones plus urbaines. Il s’agit d’un beau mélange de toutes les potentialités qui existent dans notre région.

AJ : Vous dites avoir choisi de devenir préfet délégué. C’est-à-dire ?

M.O. : Il est évidemment difficile de prévoir certaines choses dans une carrière. Je n’avais pas programmé d’être préfet délégué, mais cela faisait partie des fonctions qui m’intéressaient en priorité. J’ai de la chance d’être dans le Val-de-Marne ; cela me permet d’être dans les pas de mon prédécesseur qui a posé les fondations du poste. C’est d’autant plus facile pour moi.

AJ : Quelle sera votre mission ?

M.O. : Le cœur du réacteur c’est la politique de la ville ; il s’agit du cœur nucléaire de mon action avec les différents appels à projets qui traduisent des actions spécifiques dans les 42 quartiers prioritaires (QPV) du département. Ainsi, 5,6 millions d’euros ont été accordés par l’État. Des moyens sont donc mis en œuvre. Je travaille en partenariat avec les collectivités locales, les établissements publics territoriaux (EPT) ainsi que les communes.

AJ : L’emploi et l’insertion font également partie de vos attributions… Qu’en est-il ?

M.O. : Oui, il s’agit d’un domaine avec une acuité particulière en cette période de reprise économique. Nous devons aller chercher les publics les plus éloignés de l’emploi dans nos QPV ; en effet, ces publics ne sont pas forcément embarqués dans cette dynamique de reprise. Par ailleurs, afin de favoriser l’insertion dans le département, nous apportons notre soutien aux métiers en tension, pour lesquels beaucoup de recruteurs font part de difficultés à pourvoir des postes vacants. Il y a un travail de maillage à faire avec ces donneurs d’ordre afin de trouver une adéquation entre leurs besoins et les formations des plus jeunes. Les Cités de l’emploi, nouveau dispositif créé par l’État, ont pour but de resserrer les liens entre tous les acteurs. Il s’agit donc de coordonner tous ces moyens d’actions pour que tout le monde puisse en bénéficier.

AJ : Le dispositif « Contrat d’engagement jeune » a été présenté dans le Val-de-Marne par le Premier ministre, Jean Castex, en novembre dernier. Où en est-on ?

M.O. : Ce dispositif se déploie dès le 1er mars 2022 avec la signature des premiers contrats par la préfète à Vitry, au sein de la mission locale.

AJ : En quoi les enjeux inhérents à l’éducation sont-ils liés à la notion d’égalité des chances selon vous ?

M.O. : Il faut permettre aux jeunes dans les quartiers les moins favorisés d’avoir plus de moyens à leur disposition pour réussir. Il s’agit d’un enjeu considérable qui demande des moyens importants. Nous aurons bientôt cinq cités éducatives dans le département. Un véritable travail de recentrage et de concentration des moyens a eu lieu afin de « mettre le paquet » pour permettre aux jeunes des quartiers moins favorisés d’avoir les mêmes chances que les autres pour réussir. Mais ce programme de réussite éducative va encore plus loin avec la mise en place d’aides à la parentalité, d’accompagnement scolaire, de consultations d’orthophoniste. Quant à ce dernier point, on sait que les délais d’attente peuvent s’élever à 2 ans en Île-de-France pour obtenir un suivi en orthophonie. Il était donc nécessaire de mettre en place ces aides dans ces quartiers défavorisés. En outre, des actions de prévention et de médiation ont été mises en place ; cinq éducateurs ont été recrutés dans le quartier du Bois-l’Abbé afin de recréer du lien social, notamment avec les plus jeunes.

AJ : Qu’en est-il du logement ? Est-ce une priorité ?

M.O. : Il s’agit, effectivement, d’un enjeu considérable. Le Val-de-Marne, après la Seine-Saint-Denis, est le deuxième département le plus concerné par les programmes de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) ; nous avons 13 projets nationaux dans le département. Trois nouveaux programmes devraient également être labellisés prochainement, en 2022 : Champigny-Chennevières, Valenton-Villeneuve-Saint-Georges et Ivry-Vitry qui, on l’espère, sera labellisé cette année. Ainsi, la priorité est de faire aboutir ces trois programmes et d’obtenir les enveloppes financières. Depuis une quinzaine d’années, la rénovation urbaine a été un succès dans notre pays et a transformé la physionomie des quartiers, mais cela ne règle pas tout. Il est important d’apporter d’autres contributions dans les autres domaines.

AJ : Où en sont les évaluations des douze contrats de ville annoncées ?

M.O. : Les contrats de ville vont arriver à échéance à la fin de l’année 2023. Ils ont été prolongés d’un an. Nous allons profiter de l’année 2022 pour faire un point d’étape avec les EPT et les différentes villes concernées pour effectuer ce travail d’évaluation et voir ce qui fonctionne bien ou moins bien. Il y aura une éventuelle refonte de ces contrats.

AJ : L’année dernière, Abdel-Kader Guerza s’est impliqué lors de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars. Avez-vous prévu un événement ?

M.O. : L’égalité femmes-hommes fait partie de ma feuille de route ; pour la journée du 8 mars, je travaille avec la préfète pour mettre en valeur des témoignages de femmes qui exercent des métiers dits masculins. Ainsi, huit femmes iront témoigner dans différents établissements scolaires afin de montrer que les métiers ne sont pas genrés. On commencera d’ailleurs par la préfète elle-même, puisqu’on imagine souvent que les préfets sont des hommes… Et cela est valable pour plein d’autres métiers. L’idée est de montrer qu’il n’y a ni tabou, ni limite pour les femmes.

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