Essonne (91)

Fleury-Mérogis, la politique pro HLM mise à l’épreuve

Publié le 21/12/2022 - mis à jour le 21/12/2022 à 11H00
logement, travaux, immobilier
Jason/AdobeStock

Fleury-Mérogis est une des villes de l’Essonne les plus richement dotées en HLM : 67 % ! Un ratio lié à l’histoire de la ville mais aussi aux convictions de son équipe municipale. Nous avons rencontré son maire, convaincu que les HLM sont une solution contre la crise du logement… à condition qu’ils s’accompagnent d’une politique plus générale en faveur de la mixité sociale. Entretien.

Dans son dernier rapport sur le mal-logement en Île-de-France, publié le 10 octobre 2022, la Fondation Abbé Pierre indique que la région compterait 1,3 million de personnes mal logées et 2,9 millions de personnes en situation de fragilité par rapport à leur logement.

En novembre dernier, la municipalité de Fleury-Mérogis proposait un débat : « Crise du logement : et si le logement social était la solution ? ». Face à une centaine de citoyens, Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice et ancienne ministre du Logement, Eddie Jacquemart, président de la Confédération nationale du logement (CNL), Stéphane Peu, député en charge de la question du logement au sein du groupe de la Gauche démocratique et républicaine (GDR) à l’Assemblée nationale, et bien sûr Olivier Corzani, maire PCF (liste citoyenne) de la ville, à l’initiative de cette conférence.

Élu en 2020, il est le dernier maillon d’une chaîne de maires à la gauche de l’échiquier, tous en faveur d’une politique HLM qui fait aujourd’hui de la ville – connue pour son centre pénitentiaire – l’une des communes les plus dotées en HLM d’Île-de-France. Olivier Corzani a accepté de libérer un peu de son temps pour répondre à nos questions.

Actu-juridique : Quelles leçons peut-on tirer du débat que vous avez organisé dans votre commune sur le logement social comme solution à la crise du logement ?

Olivier Corzani : Nous avions voulu organiser cela car ce sujet, la crise du logement, est un angle mort. À part le sujet de l’accession à la propriété, à part enlever des moyens au logement social, ce sujet ne se retrouve pas dans les programmes des campagnes législatives. Pourtant le logement social est capital pour de très nombreuses personnes en quête d’un logement de qualité. Cette solution est aussi mise à mal, parce qu’elle n’est pas accompagnée, contrairement à la propriété qui est encouragée par de multiples dispositifs favorables aux investisseurs privés, et qui à mon sens se fait au détriment du locatif social.

Le débat m’a apporté la confirmation de tout cela : le logement social est ponctionné d’années en années, et ce depuis 10 ou 15 ans. On construit de moins en moins de HLM, les gens demandent toujours plus de mixité sociale mais la politique HLM, a plutôt tendance à ghettoïser, voire à créer des poches de pauvreté. Pour accéder au logement social, désormais, il faut être particulièrement précaire, il y a eu un plafonnement vers le bas. Les villes attribuent 20 % des logements, pour le reste, c’est la préfecture et les bailleurs qui sélectionnent les dossiers et attribuent les logements. Je le vois au quotidien, nous avons beaucoup de personnes, des ouvriers au SMIC par exemple, qui regrettent de ne pas pouvoir être locataires. Il y avait une centaine d’habitants présents, beaucoup qui ne comprennent pas pourquoi leurs dossiers mettent tant de temps à être pris en charge, il y a 6 à 7 ans d’attente en moyenne ! Ce genre d’événement est l’occasion de rappeler comment tout cela fonctionne.

Actu-juridique : Avez-vous saisi cette occasion pour annoncer d’autres choses ?

Olivier Corzani : Oui au-delà du constat, j’ai souhaité proposer des solutions. Par exemple, on a l’obligation en France de proposer 25 % de HLM dans les villes, certaines préfèrent payer l’amende plutôt que de respecter la loi. Je pense qu’il serait plus efficace encore que de proposer une politique incitative pour la création de logements HLM : par exemple, pour toutes les communes dépassant les 25 %, il pourrait y avoir 50 000 euros de dotation en plus par tranche de 5 %, ce qui pourrait inciter à construire. Stéphane Peu, député en charge de la question du logement au sein du groupe de la Gauche démocratique et républicaine (GDR), est en train de travailler à une proposition à l’Assemblée nationale.

J’ai également fait une autre proposition : 15 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. À mon sens, pour les communes qui dépassent ce pourcentage, il devrait y avoir une bascule sur les pourcentages d’attribution, avec plus de latitude donnée aux exécutifs locaux. Nous, par exemple, on est très largement supérieurs avec un taux de pauvreté autour des 28 %. Ce qu’il faut savoir c’est que quand on joue le jeu du logement social, on risque aussi la paupérisation du territoire à cause de la politique d’attribution des bailleurs et de la préfecture qui peut faire glisser toute une ville et un territoire. Nous, les pouvoirs locaux, nous devons du coup investir dans des politiques sociales, des écrivains publics pour traduire les formulaires administratifs, en bref des services en plus pour accompagner les populations.

Actu-juridique : En quoi l’histoire de Fleury-Mérogis est-elle liée à ce goût pour la politique en faveur des HLM ?

Olivier Corzani : La ville est passée rapidement d’une petite commune de 300 habitants à une ville de 6 000 habitants, à cause de la construction du centre pénitentiaire. Il a fallu héberger les milliers d’employés du centre, des agents sujets à des mutations et qui devaient être logés correctement. Très vite il y a eu le choix d’un logement social de qualité pour les ouvriers, avec du pavillonnaire social jouxtant le pavillonnaire propriétaire, avec des bâtiments et des immeubles pensés pour la mixité. La tendance actuelle est de précariser de plus en plus le logement : les poches de précarité, cela implique de la part du bailleur moins de soin apporté à l’entretien du patrimoine immobilier, mais également pour les habitants des difficultés de voisinage. On dirait qu’on est un peu de retour dans les années 1960 : on trouve des bâtiments avec des gens d’une même origine. Je ne crois pas au hasard. C’est désespérant que la politique HLM ne soit pas prise en compte plus sérieusement : il y a 700 000 demandes de logement en attente en Île-de-France, rien qu’à Fleury-Mérogis nous avons 500 dossiers en attente, des familles avec 3 ou 4 enfants qui vivent dans des T2, des dossiers urgents…

Actu-juridique : En 2013, le projet de l’écoquartier des Joncs marins était construit dans un quartier de la ville, est-ce la bonne solution pour repenser les HLM dans l’avenir ?

Olivier Corzani : Il faut retravailler les modèles de logement social. Selon moi, les Joncs marins (construits par son prédécesseur, NDLR) n’ont pas été pensés pour la vie quotidienne des habitants, il manque de crèches, d’école, il n’y a pas de centre social. Si on ne fait que du logement social pour faire du logement social sans penser aux habitants alors on ne fait que de la promotion immobilière. Depuis que j’ai commencé mon mandat, j’ai décidé de bloquer tous les projets pour me lancer dans un véritable rattrapage, pour recréer les services qui manquent dans la commune. Ça va occuper tout mon mandat !

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