À l’école des chefs d’entreprise

Publié le 10/06/2016

En plein cœur de Paris, la Bourse du commerce accueille l’École des managers, une formation à la création et à la reprise d’entreprises dont les enseignements sont très pratiques. S’y croisent des personnes aux trajectoires diverses, réunies par l’envie de mener à bien un projet entrepreneurial.

Tout près du tableau, Nathanaël, 24 ans, de petites lunettes rondes, prend consciencieusement des notes sur un carnet à spirales. Ce jeune homme aux allures de lycéen devrait bientôt être chef d’entreprise : d’ici un an ou deux, il compte reprendre l’entreprise familiale, une industrie d’agroalimentaire gérée par son père. « Je travaille déjà avec lui, en ce moment, on voyage en Europe pour trouver de nouveaux clients et fournisseurs ». Le projet l’enthousiasme et lui donne le vertige tout à la fois.

« Heureusement, au début, il sera avec moi. Mais quand il va vraiment prendre sa retraite, comment je vais gérer l’équipe de douze salariés ? Comment je vais me débrouiller des impayés, des banques ? Il y a tellement de compétences à acquérir : la comptabilité, le management, le droit social et fiscal, les ressources humaines… ».

Nathanaël assiste à un cours de gestion et de comptabilité donné dans une petite salle de la Bourse du commerce. Ce magnifique bâtiment, situé juste derrière les Halles parisiennes, accueille « l’École des managers », une formation diplômante de quatorze mois destinée aux aspirants chefs d’entreprises. Ils sont huit participants ce matin-là, avec des parcours et des projets variés. Une jeune femme blonde, salariée d’une grande enseigne de mobilier bon marché, rêve de se reconvertir en fleuriste, et se demande « quelle raison sociale choisir, quel investissement apporter, quelle stratégie mettre en place », confie-t-elle. Son voisin envisage, lui, de quitter Paris et de fonder une entreprise de balades en mer. Les aspirants chefs d’entreprise ont cinquante-cinq jours pour acquérir les bases nécessaires pour créer ou reprendre une entreprise. Au programme de ce cycle de formation soutenu par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris : de la stratégie, du management, du marketing opérationnel et action commerciale, de la finance, de la gestion des ressources humaines, du droit…

À neuf heures, le cours de comptabilité commence autour d’une tasse de café et des chouquettes. Au milieu du groupe dans lequel tout le monde se tutoie, Francky Luisin, en jean et chemise à carreaux, demande aux participants de constituer des équipes de deux. Pour enseigner une matière qu’il sait repoussoir, ce formateur a mis en place un jeu collectif, sorte de « Question pour un champion » qui doit permettre aux « élèves » de comprendre l’impact de flux financiers sur un bilan et un compte de résultats. « Les jeux apportent de la convivialité. Je cherche à dédramatiser, démystifier la comptabilité. Beaucoup appréhendent, pensent que ce n’est pas pour eux… Je dois leur donner les bases, leur permettre de comprendre ce qu’il y a derrière les mots ». Sous des dehors ludiques, des questions très précises sont posées aux stagiaires. Comment, par exemple, l’acquisition d’un fonds de commerce de 200 000 euros avec un prêt bancaire de 140 000 euros sur 7 ans à 2,5 % va-t-elle impacter le bilan de l’entreprise ? Ou, comment l’acquisition d’un stock à 30 000 euros hors taxes, avec une TVA de 20 %, va-t-elle peser sur les comptes si le règlement se fait pour moitié à la livraison et pour moitié 45 jours plus tard ? Les participants se prêtent volontiers au jeu. Les sourcils se froncent, on chuchote en équipe avant de proposer une solution au problème posé. « Mon but est qu’ils aient envie de revenir au prochain cours. Mais je tiens à ce que la journée leur soit utile. Je veux qu’ils repartent avec une boîte à outils », confie le formateur, lui-même autrefois salarié avant de devenir chef d’entreprise puis formateur en comptabilité. « Je reconnais ce quelque chose qui pétille dans leurs yeux, l’excitation et l’angoisse de changer de statut. J’ai la prétention folle de les faire changer de vie, comme je l’ai moi-même fait, en leur permettant de devenir des chefs d’entreprise sereins ».

Silhouette frêle et poignée de main franche, Géraldine Flajolet est l’une des formatrices les plus anciennes de l’École des managers. Elle assure un cours de neuf jours, où les participants se familiarisent avec les grandes figures du management, entretien d’évaluation ou de motivation, techniques de réunion… « On est très motivés car on les suit plusieurs mois. Et comme ils font la formation en parallèle de leur vie en entreprise, ils peuvent mettre en pratique et nous faire des retours, nous dire si ça a marché ou non. C’est très satisfaisant ».

« Pour nous, l’objectif est de professionnaliser les créations d’entreprise pour que les entreprises créées soient pérennes et puissent embaucher. Créer une dynamique entrepreneuriale locale fait partie de nos missions », explique Laurent Mabire, chef de projet à la direction du développement des entreprises de la CCI. « Les stagiaires ont besoin de prendre confiance, c’est le mot qui revient tout le temps ». Pour lui, l’École des managers est aussi une épreuve du feu pour les participants, amenés à se confronter avec la réalité du métier de chef d’entreprise.

« À l’issue, ils vont se lancer en connaissance de cause… ou pas d’ailleurs ! Certains vont réaliser qu’ils ne sont pas faits pour ça. Mais la plupart sortent de chez nous bien outillés pour ce métier, et on se dit alors qu’on a fait notre job ».

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Référence : LPA 10 Juin. 2016, n° 116q1, p.4

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