Seine-Saint-Denis (93)

À Montreuil, un incubateur dédié aux entrepreneurs réfugiés

Publié le 03/11/2020 - mis à jour le 01/12/2020 à 13H11

Pour la deuxième année consécutive, l’incubateur de Montreuil (93) soutient l’entrepreneuriat porté par des personnes réfugiées. Le programme permet de concrétiser une idée, peu importe son degré de développement, grâce à un accompagnement personnalisé. Experts et formateurs se relaient pour apporter cet encadrement précieux.

Sur le site internet de l’incubateur, le message de Mahamane Issa, entrepreneur, ne tarit pas d’éloge : « L’incubation à la Ruche m’a permis d’élargir mes connaissances et surtout d’acquérir des compétences nouvelles en entrepreneuriat. La Ruche m’a surtout permis de créer un réseau d’experts dans tous les domaines (comptable, juridique, commercial, financier, etc.) ». Il est l’un des 12 entrepreneurs qui ont été sélectionnés lors du premier appel, en septembre 2019. La deuxième session a réuni 14 personnes à partir de février dernier. Pour le troisième appel, qui s’est terminé le 11 octobre dernier, 15 nouvelles candidatures seront choisies. Les critères de sélection sont les suivants : avoir une idée de projet (que ce soit une entreprise ou une association) ; bénéficier de la protection internationale, c’est-à-dire du statut de réfugié ou d’une protection subsidiaire ; pouvoir suivre les formations en français ; être motivé pour suivre un accompagnement de 9 mois.

L’entrepreneuriat comme facteur d’intégration

À l’origine de cet incubateur, on retrouve la fondation du groupe Generali, The human safety net, mais aussi BNP Paribas, la ville de Montreuil, le Réseau des entreprises de Montreuil et La Ruche. Sina Josheni est responsable de l’incubateur à Montreuil : « Nous travaillons au sein de La Ruche, qui est un réseau d’incubateurs en France et qui rassemble les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) pour les faire collaborer. Plusieurs programmes d’incubation sont développés par La Ruche pour les personnes sous-représentées dans l’entrepreneuriat, notamment pour des projets avec impact social ou qui visent à améliorer la société, l’environnement, mais pas seulement. Nous accompagnons aussi de plus en plus de personnes qui sont sous-représentées, issues d’un public fragile. L’idée est de participer à leur intégration et à leur autonomisation dans la société française par l’entrepreneuriat. Créer son entreprise est un outil qui va servir à faciliter leur intégration dans la société ».

La fondation de l’entreprise Generali, The human safety net, œuvre de son côté depuis 2017 pour l’intégration des personnes réfugiées dans l’entrepreneuriat. Elle avait à cœur de fonder son propre incubateur et a choisi la ville de Montreuil pour s’implanter. « La Ruche a ensuite répondu à l’appel à projet de création de l’incubateur. Nous pilotons et gérons le lieu, les relations partenariats et le programme pédagogique », poursuit Sina Josheni.

Panneau de signalisation Montreuil sur fond de ciel bleu
Ongala / AdobeStock

Des premiers résultats positifs

Une grande partie des entrepreneurs accompagnés par l’incubateur poursuivent leur projet. Certains ont déposé leurs statuts alors que d’autres ont choisi le modèle de la micro-entreprise tout en conservant leur travail à côté. « La période n’est pas adéquate pour tout le monde, donc certaines personnes ont préféré mettre sur pause pour se focaliser sur leur CDD ou CDI ». Sur les 26 premiers projets sélectionnés, trois ont complètement abandonné ».

L’accompagnement dure neuf mois et s’oriente sur deux axes. D’abord, un accompagnement individuel, avec un suivi au quotidien et un rendez-vous mensuel pour un diagnostic d’avancement en fonction des objectifs émis. « Notre expertise, c’est la méthodologie », complète le responsable. Si nous avons besoin de quelque chose de plus poussé, nous avons un réseau d’experts à disposition que nous pouvons mobiliser pour toutes les questions juridiques, de comptabilité, de marketing ou encore de communication ». Il s’agit bien d’évaluer les besoins et de rediriger en fonction. Avec un mentor attitré issu du même secteur d’activité, chaque entrepreneur a la possibilité de mettre à l’épreuve sa stratégie et son développement commercial, mais aussi de développer un réseau.

C’est le deuxième axe défini par l’incubateur : l’accompagnement collectif. Pendant les ateliers animés par les équipes de bénévoles ou d’experts de La Ruche, les échanges sortent du cadre du projet personnel pour se confronter aux autres entreprises ou associations en cours de création.

Des profils très variés

Il n’existe pas de profil type d’entrepreneur ni de secteur privilégié. « Tout se joue à la motivation », explique Sina Josheni. Nous n’appliquons pas de critères de stade de maturité du projet et les propositions sont très hétérogènes. Société de ménage, garage automobile, technologies, digital, restauration, etc. Les projets ne sont pas non plus forcément basés à Montreuil. Mahamane Issa est installé à Montpellier et avance très bien ». Sur le site de La Ruche, il est présenté en quelques mots : « Mahamane est ingénieur en sciences de l’environnement. Partant du constat que seuls 25 % des habitants de son pays d’origine, le Niger, ont accès à l’électricité, il souhaite y exporter des kits solaires pour améliorer la qualité de vie dans les foyers nigériens ».

À ses côtés, Mahammed Jabed Ahmed qui souhaite se lancer dans l’élevage de volailles en ouvrant sa ferme en région francilienne, mais également Zina Alhalak qui a pour ambition de créer un centre de formation aux métiers du cinéma et du théâtre, notamment à destination des réfugiés en France, ou encore Ghaees Alshorbajy qui a eu l’idée d’une application, Kaouab, proposant une solution innovante pour se débarrasser des déchets métalliques (batteries, métaux, câbles, électronique et électroménager).

Diversifier son réseau social et professionnel

Après une inscription en ligne, une discussion avec le jury est mise en place. Chaque partenaire du consortium dispose d’un représentant. Aucune aide financière n’est allouée mais l’incubateur a à cœur de trouver des solutions pour des levées de fonds. « Pendant trois mois, on va axer sur la recherche de financement avec l’association ADIE qui aide les entrepreneurs qui n’ont pas les moyens d’obtenir des prêts à la banque avec des micro-crédits. On organise aussi des forums pour faire intervenir des experts sur le crowdfunding, la banque, le financement public, etc. La fondation d’une entreprise, le dépôt des statuts, tout cela a un coût. Le démarrage est souvent compliqué parce qu’en France, pour emprunter de l’argent, il faut de l’argent. C’est pour ça qu’il existe l’ADIE, pour avoir un apport ».

Tous et toutes ont des parcours différents, des situations personnelles qui varient. Quand certains n’ont pas de logement à leur nom, d’autres vivent dans des centres même si cela ne représente pas la majorité des entrepreneurs incubés. « Notre rôle est de faire en sorte qu’ils rencontrent des personnes qui ne font pas partie de leur communauté, des acteurs locaux, des personnes issues de la société civile et donc de constituer un réseau social qui va au-delà de celui qu’ils ont déja », conclut le responsable de l’incubateur de Montreuil.

Toujours à la recherche de volontaires ou de bénévoles pour devenir coach, le lieu est aussi ouvert à toutes celles et ceux qui ont une appétence pour le business et la formation. L’incubateur rassemble un melting-pot de personnes : de l’agent de mairie, à l’assureur, en passant par des banquiers, des retraités ou des étudiants.

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Référence : LPA 03 Nov. 2020, n° 157e3, p.4

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