« Si l’Île-de-France a importé beaucoup de masques, l’industrie pharmaceutique francilienne a exporté beaucoup de médicaments »

Publié le 16/10/2020

Après une année 2019 positive et une amélioration du déficit commercial, le commerce international en Île-de-France a été frappé par la crise sanitaire. Dès le confinement, les importations et les exportations n’ont cessé de chuter. 40 % pour l’export, 24 % pour l’import sur le deuxième trimestre 2020 par rapport à la même période en 2019. Yves Burfin, chargé d’études à la Chambre de commerce et d’industrie Paris Île-de-France décrypte l’activité commerciale à l’international, à partir de son étude intitulée : « Baisse spectaculaire du commerce extérieur lors du 1er semestre 2020 ».

Actu-Juridique : Quel bilan faites-vous du commerce international francilien en 2019 ?

Yves Burfin : En 2019, on a eu une augmentation relativement importante des exportations + 7 % par rapport à l’année précédente. En valeur, on est à 104 Md€ de biens exportés. Puis, on a connu une hausse plus faible, + 0,9 %, des importations, ce qui représente en 2019, 152 Md€ de produits importés. On a donc une amélioration du commerce extérieur francilien, par rapport à 2018. La balance commerciale est toujours déficitaire puisque les importations sont supérieures aux exportations, mais elle s’est améliorée. Le déficit commercial est structurel en France, notamment si on regarde sur les dernières années. C’est le même visage au niveau de l’Île-de-France. On peut être plus ou moins équilibré avec les pays européens mais on est très déficitaire avec l’Asie et cela depuis une dizaine d’années. Même si on constate une amélioration

AJ : Quels sont les principaux partenaires commerciaux des entreprises en Île-de-France ?

Y. B. : Au niveau des importations, ce sont des pays proches comme l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, l’Espagne. Puis, il faut rajouter la Chine, qui représente une part assez importante, et les États-Unis. Pour les exportations, vous retrouvez les mêmes pays européens et les États-Unis.

« Globalement, la balance commerciale francilienne est plombée par le déficit commercial avec la Chine »

La Chine est aussi un client. Mais ce n’est pas les mêmes proportions que pour les importations. C’est un fournisseur et le déficit commercial atteint – 17,7 Md€ avec ce pays. Globalement, la balance commerciale francilienne est plombée par le déficit commercial avec la Chine. Ce phénomène n’est pas propre à la France, il est donc global.

AJ : Quels secteurs d’activité exportent le plus depuis l’Île-de-France, en 2019 ?

Y. B. : On exporte surtout dans le secteur de l’automobile, de l’aéronautique, du pharmaceutique. Il y a aussi tous les produits de luxe comme le parfum, la cosmétique, les bagages et les chaussures. Pour les biens de luxe, c’est vraiment une spécificité francilienne dans les exportations. Les entreprises du luxe ont leur siège en Île-de-France. Même si la production n’est pas dans la région, il y a un effet de plate-forme où les produits sont centralisés puis envoyés depuis la région parisienne, par les aéroports notamment. C’est la même situation pour les filières automobile et aéronautique du fait du fonctionnement de la logistique pour les exportations et les importations.

AJ : Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur le commerce international de l’Île-de-France ?

Y. B. : On voit bien que les échanges internationaux ont chuté d’un seul coup, en mars et en avril, comme si le monde s’était mis à l’arrêt. Le commerce international s’est stoppé de manière violente. À partir du mois de juin, on constate une légère remontée. Je pense qu’on aura une année 2020 en dents de scie.

« En Île-de-France il y a une véritable chute au deuxième trimestre : 24 % à l’import et 40 % à l’export »

Si on regarde dans les détails, en Île-de-France, en comparaison avec le premier trimestre 2019, sur la même période en 2020, on constate deux diminutions : 10 % pour les importations et près de 13 % pour les exportations. Il y a une véritable chute au deuxième trimestre : 24 % à l’import et 40 % à l’export.

AJ : Quelles activités ont été épargnées par la crise sanitaire ?

Y. B. : Le textile non vestimentaire a explosé notamment en provenance de la Chine. C’est très précis, ce sont tous les masques qui ont été importés. La France en a acheté des millions. Pour le deuxième trimestre 2020, les importations dans ce secteur d’activité ont augmenté de près de 3 000 %, par rapport à la même période en 2019. On passe de 64 M€ à 1,9 Md€ de produits importés.

« L’industrie pharmaceutique est une spécificité de l’économie francilienne et elle a résisté à cette crise sanitaire »

Autre secteur qui a résisté, cette fois-ci au niveau des exportations, ce sont les produits pharmaceutiques. Les pays étrangers ont acheté beaucoup de médicaments à la France, notamment aux industries présentes en Île-de-France. Entre le premier trimestre 2019 et celui de 2020, on constate une augmentation de 30 % des exportations, en Île-de-France. L’industrie pharmaceutique est une spécificité de l’économie francilienne et elle a résisté à cette crise sanitaire.

AJ : Comment la CCI Paris IDF accompagne les entreprises, dans leurs activités import/export ?

Y. B. : Dès le début du confinement, un plan de soutien aux entreprises exportatrices a été élaboré et mis en œuvre au niveau national. Les conseillers de la Team France Export Île-de-France ont ainsi été mobilisés pour contacter les entreprises travaillant à l’international afin de faire des points de situations, recueillir leurs besoins et leur présenter le plan de soutien dévoilé par le gouvernement. Entre le 1er avril et le 31 août, 1 450 rendez-vous téléphoniques ont été effectués. Sur ces entretiens réalisés, 56 % des entreprises ont continué à exporter mais en mode dégradé, 45 % ont stoppé l’export ou ont mis en attente par manque de visibilité, baisse des commandes ou difficulté financières. C’est une étude sur des sociétés ayant un chiffre d’affaires supérieur à 30 %.

Face à la crise, un plan de soutien a donc été conçu selon trois axes : informer les entreprises, sécuriser les marchés d’exportation et se préparer au rebond. Puis un plan de relance export a été planifié suite aux annonces du gouvernement en septembre, pour favoriser la reprise des prospections sur les marchés étrangers. Ce plan passe notamment par le dispositif « Chèque relance export », qui prévoit un ticket modérateur de 50 % de prise en charge des prestations fournies aux entreprises, qu’il s’agisse d’offres de préparation ou de projection à l’étranger.

 

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