Paris (75)

Rentrée économique en Île-de-France : le retour à la normale se fait attendre

Publié le 09/09/2021 - mis à jour le 09/09/2021 à 16H25

Septembre 2021 était censé être le début d’un grand retour à la normale pour l’économie francilienne. Avec la paralysie du tourisme et de l’événementiel, les avions cloués au sol, la région a été plus impactée économiquement que tous les autres territoires français. Didier Kling, président de la Chambre du commerce et de l’industrie (CCI) de Paris-Île-de-France nous offre son bilan et ses perspectives.

AJ : L’économie de la région a-t-elle été plus touchée par la crise que le reste du territoire ?

Didier Kling : La région Île-de-France a été différemment touchée par rapport à la moyenne nationale. C’est une région plus ouverte sur l’extérieur, avec tout ce qui dépend de la mobilité internationale (les aéroports) le tourisme, l’événementiel… C’est une quote-part plus importante qu’ailleurs. Donc indéniablement, l’Île-de-France a été plus touchée que d’autres régions ! Le tourisme, par exemple, c’est 10 % de l’économie nationale et cela grimpe à 15 % pour notre territoire. Le tourisme d’affaires a été réduit à zéro et concernant le tourisme de loisir, nous n’avons pas bénéficié de la venue des clients habituels du Sud-Est asiatique ou des États-Unis, qui ont un fort pouvoir d’achat. Les touristes européens ont cependant assuré un bon relais. Une vendeuse de chaussures du VIIIe arrondissement me disait, lors d’une enquête, qu’un touriste étranger achetait trois à quatre paires de chaussures quand un touriste européen en achetait une…

AJ : Les aides de l’État ont-elles à votre sens permis de sauver la situation ?

D.K. : Les aides de l’État ont été massives et globalement cela a bien fonctionné, sur tous les niveaux : il y a eu le chômage partiel pour sauver les emplois, le fonds de solidarité pour les chefs d’entreprises et le PGE pour les entreprises. Mais cela ne résout pas tout, cela ne règle pas la baisse globale de fréquentation, passées les restrictions administratives : dans un hôtel-restaurant près de la place de l’Étoile, on m’a dit que la moitié du personnel avait été licenciée…

AJ : Pour la première fois, la mairie de Paris a aussi mis en place des droits de terrasse supplémentaires pour les cafés et restaurants…

D.K. : Oui, nous avons quand même vécu une situation exceptionnelle : l’État a mis en place son plan massif, le conseil régional et les collectivités locales comme la mairie de Paris ont aussi rempli leur rôle. Pour ces droits de terrasse, c’est nouveau et puis cela a donné de la vie à la ville… mais il faut garder à l’esprit que pour un restaurant, jusqu’au 30 juin, l’ouverture seule de la terrasse ne compense pas du tout la perte de chiffre d’affaires.

AJ : Comment avez-vous accompagné les PME et les micro-entrepreneurs ?

D.K. : La CCI a fait beaucoup. Notre première action a été d’ouvrir un centre d’appel dont on a doublé les effectifs à la demande de Bercy, on est passés de 50 à 100 personnes. On recevait les chefs d’entreprises pendant 15 minutes en entretien. Le but, c’était que l’intéressé nous dise tout ce qu’il a sur le cœur, avant d’entrer dans les détails techniques concernant les aides, avant d’aller sur le terrain pour utiliser le dispositif « CCI urgence entreprise ». On a vu beaucoup de monde, le but c’était de les aider à remplir les formulaires, on a fait remonter les infos car on avait au moins une réunion par semaine avec Bercy, l’Agence régionale de santé et le conseil régional, on a pu faire remonter les limites de certains dispositifs d’accompagnement ou du plan de relance économique et écologique. Par exemple, pour ceux qui ont mis la clé sous la porte, nous avons géré la moitié des dépôts de bilan que nous faisons sur une année normale. Donc cela signifie que les dispositifs ont bien marché : mais combien ne se relèveront pas sur le long terme quand cesseront les versements de ces aides mais que la fréquentation restera en berne ?

AJ : Le « retour à la normale » se fait à plusieurs vitesses en Île-de-France, mais plusieurs secteurs comme l’hôtellerie, les grands magasins et les salons dépendent encore de la clientèle étrangère. Comment pallier ce manque qui pourrait durer ?

D.K. : J’ai déjà un peu répondu à cette question, mais la Chambre est particulièrement engagée dans l’événementiel et la reprise est très compliquée : les jauges limitent de beaucoup le nombre de places et le visio ne compense pas totalement cette perte : on ne signe pas de contrats sur Zoom. Mais pour la rentrée, nous avons espoir : on a des réservations importantes sur le salon « Maison & Objet » prévu en septembre.

AJ : La réouverture de la Samaritaine, en juin, est-elle selon vous un bon signal à l’international, ou un pari audacieux dans ce contexte ? Avez-vous par ailleurs un autre événement de ce type à annoncer ?

D.K. : Il y a eu d’autres réouvertures symboliques au début de l’été : l’Hôtel de la Marine, en juin également et la Bourse de commerce en mai. Ces événements sont audacieux, mais il s’agissait de chantiers démarrés il y a très longtemps. Pour nous, ce sont de bons signaux pour dire au monde que Paris revit, réouvre !

AJ : La rentrée 2021 sera indéniablement particulière. Comment la CCI va-t-elle accompagner commerçants et industriels à tourner la page du Covid ? Quelles leçons sont à tirer ?

D.K. : On veut donner à chacun et chacune de l’optimisme, leur dire que la vie reprend, il y a de l’appétit, de l’envie chez les Français qui ont épargné 100 milliards euros et qui finiront par revenir à la consommation. L’économie francilienne a été mise en pause pendant une année et demi, et va reprendre très très vite. La vie est plus forte.

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