Le caractère antisémite d’un clip : l’office du juge

Publié le 06/10/2021 - mis à jour le 08/10/2021 à 18H31

Six associations de lutte contre l’antisémitisme font citer devant le tribunal correctionnel un prévenu et une association, en qualité de civilement responsable, des chefs de provocation à la discrimination raciale, de diffamation et d’injure publiques raciales, à la suite de la publication, sur le site Internet de l’association, de différents propos et images extraits d’un clip musical du groupe « Rude Goy Bit ».

Les juges du premier degré condamnent les intéressés et allouent des réparations aux parties civiles.

Pour relaxer le prévenu des trois chefs de prévention susvisés, l’arrêt attaqué énonce que le film incriminé a pour objet la dénonciation de l’influence du monde de la finance sur la politique menée par le président de la République, avec la complicité d’une partie de la presse audiovisuelle. Les juges ajoutent que la banque a été mise en cause à plusieurs reprises du fait qu’elle a été l’employeur du président, que les portraits jetés au bûcher visent également des personnalités non juives, de sorte que ces images s’expliquent par l’opposition que les ces personnalités ont manifestée face au mouvement des gilets jaunes, l’apparition du logo de la chaîne israélienne i24 étant également justifiée par le soutien apporté par son fondateur à la politique gouvernementale. Ils en déduisent que les propos poursuivis ne visent pas la communauté juive dans son ensemble, laquelle ne peut être assimilée au monde de la finance et des médias.

En se déterminant ainsi, la cour d’appel ne justifie pas sa décision.

En premier lieu, les juges n’ont pas répondu au mémoire du MRAP qui soulignait d’une part, que le pseudonyme du groupe auteur du rap litigieux, « Rude Goy Bit », traduit l’opposition faite entre juifs et non‐juifs et d’autre part, que l’emploi du terme « parasite » pour qualifier certains membres de la communauté juive renvoie au vocabulaire utilisé par les nazis pour désigner les juifs.

En second lieu, ils n’ont pas recherché si les photographies de personnalités juives jetées dans un brasier évocateur des fours crématoires utilisés par les nazis pour exterminer les juifs, ainsi que les nombreuses références aux clichés antisémites figurant dans le texte et les images, telles la mise en cause de la banque à l’exclusion de tout autre établissement et la mention de la seule chaîne israélienne i24, ne visaient pas la communauté juive dans son ensemble, et si les personnalités non juives également concernées par cet autodafé n’étaient pas présentées comme manipulées par ladite communauté.

Sources :
Rédaction
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