Télétravail et productivité

Publié le 23/05/2022 - mis à jour le 30/05/2022 à 11H30

Le Conseil national de la productivité (CNP) a publié le 22 mai 2022 son troisième rapport sur la « Productivité et compétitivité : Analyses conjoncturelles et structurelles post-covid ».

Selon le CNP, différentes enquêtes montrent que les télétravailleurs ont généralement une opinion particulièrement positive de la flexibilité de l’organisation de leur journée de travail et du gain de temps des trajets domicile-travail (Barrero, Bloom et Davis, 2021b). Or la hausse de la satisfaction au travail est en général source de gains de productivité et d’une rotation des salariés moins forte (Angelici et Profeta, 2020). D’autres phénomènes, comme les difficultés de communication ou la solitude, viennent à l’inverse pénaliser ces gains potentiels de productivité.

L’enquête de l’OCDE (« Productivity gains from teleworking in the post COVID-19 era: How can public policies make it happen? », 2020) révèle que les cadres et les employés ont une opinion globalement favorable du télétravail, tant du point de vue de la performance des entreprises que de celui du bien-être individuel, et qu’ils souhaitent que la proportion de salariés pratiquant le télétravail régulier augmente sensiblement par rapport aux niveaux d’avant la crise. L’enquête permet d’évaluer que l’expérience des employeurs et des employés a été très majoritairement bonne : environ 63 % des managers et 74 % des travailleurs ont fait une évaluation globalement positive de leur expérience de télétravail respectivement du point de vue des performances de l’entreprise et du bien-être subjectif des travailleurs. À l’inverse, à peine 12 % des travailleurs et 15 % des managers font état d’une expérience négative pendant la crise. Ce diagnostic corrobore les conclusions d’autres études (notamment Ozimek, 2020 ; Barrero, Bloom et Davis, 2021a).

La satisfaction et le bien-être des travailleurs sont des canaux importants pour accroître les gains de productivité. L’OCDE note que ce canal promet un « double dividende » pour les travailleurs et les entreprises. Pour tirer au mieux profit de cette convergence d’intérêts, il est nécessaire de trouver la combinaison optimale correspondant à une intensité du télétravail telle que ses effets positifs sur l’efficacité des travailleurs surpassent les pertes. Comme d’autres observateurs, l’OCDE souligne que les gains d’efficacité peuvent être plus élevés lorsque les salariés ne télétravaillent pas pendant l’intégralité de la semaine, et qu’ils sont libres de choisir volontairement le travail à distance. En outre, les gains d’efficacité sont pour partie déterminés par la satisfaction des salariés, qui peut potentiellement augmenter lorsque le taux d’adoption du télétravail reste faible. Mais lorsque le taux de télétravail dépasse un certain seuil, cela peut aussi réduire les gains d’efficacité, par exemple lorsque cela limite les possibilités d’interactions sociales en face à face.

Afin de comprendre les raisons de l’expérience positive des managers et des travailleurs, l’OCDE a noté que plus de 60 % des managers de l’échantillon enquêté pensent que, malgré un environnement non stabilisé et certainement pas idéal, la productivité de leurs travailleurs a augmenté grâce au télétravail (Criscuolo et al., 2021). Ces managers estiment que c’est parce que les travailleurs sont plus concentrés et commettent moins d’erreurs à la maison. Ce résultat corrobore les résultats d’autres enquêtes qui portent principalement sur les États-Unis (Barrero, Bloom et Davis, 2021a ; Bartik et al., 2020 ; Ozimek, 2020). Par ailleurs, 57,5 % des responsables de l’échantillon estiment que les travailleurs travaillent davantage en raison du temps gagné sur le trajet domicile-travail. DeFilippis et al. (2020) estiment, en comparant le temps séparant le premier et le dernier e-mail envoyé, ou la dernière réunion à laquelle on a participé, que la journée de travail moyenne a été prolongée de près de 50 minutes pendant la pandémie. Dans la pratique, dans la mesure où les heures télétravaillées restent déclaratives, les managers peuvent bien sûr avoir du mal à distinguer la fraction de l’augmentation de la productivité qui provient de l’augmentation de la productivité horaire ou de l’augmentation des heures travaillées.

Du point de vue des salariés, l’OCDE relève que l’économie de coûts et de temps de trajet est perçue comme l’avantage principal du télétravail par près de 90 % des travailleurs de son échantillon. En effet, les déplacements domicile-travail sont jugés très coûteux, entre 2,4 % et 4,8 % du PIB des États-Unis selon Redding et Turner (2015) et très désagréables (Kahneman et al., 2004).

On note toutefois une certaine hétérogénéité quant aux bénéfices du télétravail. Lewis, Sisko et Tanaka (2021) soulignent par exemple que l’impact des arrangements en termes de télétravail sur la productivité dépend largement de la nature des tâches. Les entreprises qui ont besoin d’une coordination étroite et fréquente, d’une communication et de liens entre collègues risquent de souffrir relativement plus de l’adoption généralisée du télétravail.

Le CNP relève enfin, qu’une mise en œuvre future et pérenne du télétravail dans de bonnes conditions implique une politique managériale adaptée, afin de réduire les risques de dégradation des conditions de travail. En effet, d’après l’enquête Tracov de la Dares, même si le télétravail conduit à un gain d’autonomie de la part du salarié, la pratique peut conduire à davantage d’horaires de travail décalés, des durées de travail allongées, peut amener à des troubles de la santé (douleurs, troubles du sommeil) et à une conciliation entre travail et vie personnelle plus difficile.

Sources :
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