Radioscopie du patrimoine des Français

Publié le 22/11/2022 - mis à jour le 22/11/2022 à 10H14
Loupe, radioscopie, zoom
svetazi/AdobeStock

Si sous l’effet de la crise sanitaire, l’épargne des ménages a augmenté, la composition du patrimoine évolue peu. La détention de livret A se stabilise. Les produits d’assurance-vie et d’épargne retraite progressent. En revanche, l’épargne logement recule alors que l’immobilier conserve toujours une place importante dans l’épargne des ménages.

L’Insee fait le point sur la stratégie patrimoniale des Français pour l’année 2021 (Insee, Insee Première, n° 1899, 3 mai 2022). Premier constat : entre 2018 et 2021, la détention des principales composantes du patrimoine reste quasi stable. Les épisodes de confinement de 2020 et de 2021 ont permis aux Français d’augmenter massivement leur épargne, avec un surplus estimé par la Banque de France à 142 milliards d’euros entre le premier trimestre 2020 et le premier trimestre 2021. Cependant, 98 % des ménages déclarent ne pas avoir modifié leurs choix de supports d’épargne. Ainsi, l’augmentation importante de l’épargne ne se traduit pas par une évolution de la détention d’actifs financiers.

Les ménages privilégient des supports facilement mobilisables

Entre début 2020 et fin 2020-début 2021, d’après la Banque de France, les encours d’actifs déjà détenus augmentent, en particulier les comptes chèques et les livrets d’épargne rémunérés. Les ménages privilégient les supports déjà existants, certes peu rentables mais permettant une mobilisation rapide de l’épargne en cas de besoin. Début 2021, 89,2 % des ménages vivant en France détiennent des produits financiers, 61,2 % possèdent un bien immobilier et 16,2 % ont des actifs professionnels. 12,6 % des ménages possèdent les trois à la fois et 57,6 % à la fois du patrimoine financier et immobilier. Parmi les produits financiers, 7,8 % des ménages possèdent en 2021 un portefeuille diversifié, comprenant au moins un livret d’épargne, un produit d’épargne logement, des valeurs mobilières, et un produit d’épargne retraite ou d’assurance-vie. À l’opposé, 11,3 % des ménages ne détiennent aucun de ces produits financiers. 83,9 % des ménages détiennent au moins un livret d’épargne, contre 83,7 % en 2018. Début 2021, 16,7 % des ménages détiennent des valeurs mobilières. Après le repli important imputable à la crise financière et économique de 2008, leur détention est stable depuis 2015. « La propension à détenir ces valeurs risquées augmente avec le patrimoine et varie selon la catégorie socioprofessionnelle », souligne la publication de l’Insee. Moins de 10 % des ménages dont la personne de référence est ouvrière ou employée en détiennent. les ménages dont la personne de référence est agriculteur, cadre ou profession libérale sont ceux qui possèdent le plus souvent des valeurs mobilières (environ 30 %).

Le livret A est plébiscité même s’il reste peu rémunérateur

Les livrets d’épargne restent les produits financiers les plus fréquemment détenus. En 2021, 83,9 % des ménages déclarent posséder au moins un livret d’épargne. Première forme d’épargne, ils constituent un placement sans risque de perte en capital. Les livrets défiscalisés restent les plus prisés, en particulier le livret A qui est détenu par 73,5 % des ménages en 2021. Dans un contexte d’inflationniste et après une première hausse du taux du livret A passé de 0,50 % à 1 % en février 2022, le Gouverneur de la Banque de France a annoncé une deuxième hausse du taux du livret A à 2 %, effective le 1er août. Le placement préféré des Français n’a pas eu un taux aussi élevé depuis 2012, où il était à 2,25 %. Toutefois, avec une inflation en hausse constante, estimée à 5,8 % sur 2022 selon l’INSEE, du jamais vu depuis 1985, le rendement réel du livret A reste négatif. 35,9 % des ménages détiennent un livret de développement durable et solidaire (LDDS), 16,4 % un livret d’épargne populaire (LEP) et 10,9 % un livret jeune. Après une diminution entre 2015 et 2018 de la part des ménages détenant un livret défiscalisé en lien avec l’évolution défavorable des taux d’intérêt, cette proportion se stabilise, portée par une stabilité de la détention de livret A et une légère augmentation de la détention de LDDS (+ 0,7 point). Il est possible que le surcroît d’épargne de 2020 ait soutenu la stabilité du taux de détention de ces livrets, malgré des taux d’intérêt restés très bas à cette période : 0,75 % en août 2015 puis 0,50 % en février 2020 pour le livret A et le LDDS.

L’assurance-vie continue sa progression

L’assurance-vie constitue le deuxième placement financier le plus fréquemment détenu par les ménages. 40,5 % des ménages possèdent au moins un contrat d’assurance-vie, une proportion qui a augmenté de 1,3 point depuis début 2018. L’assurance-vie bénéficie d’un régime fiscal attractif. Ce support permet non seulement d’accumuler un patrimoine au cours de la vie, mais également de le transmettre dans des conditions intéressantes à ses héritiers. Cela explique sans doute que sa détention augmente fortement avec l’âge : 48,2 % des ménages dont la personne de référence a 70 ans ou plus détiennent au moins un produit de ce type, contre 22,1 % parmi les moins de 30 ans. Depuis 2018, l’effet de l’âge est accentué : la détention progresse chez les ménages dont la personne de référence a plus de 50 ans et baisse légèrement chez les plus jeunes.

D’après les chiffres de France Assureurs, sur ces trois dernières années, les encours d’assurance-vie ont surtout augmenté avant la crise sanitaire commencée en mars 2020, légèrement diminué ensuite puis augmenté de manière très importante en 2021. La hausse de la détention sur la période récente ne pourrait donc pas être directement reliée au surcroît d’épargne de 2020, mais traduirait davantage une tendance de long terme avec un recours accru à ce produit depuis dix ans. De fait, la détention d’assurance-vie progresse de manière continue depuis 2010 (+ 5,5 points). Depuis 2015, ce sont les contrats multisupports qui sont les moteurs de cette hausse. Ces contrats permettent des investissements sur des supports en unités de compte qui présentent un risque de perte en capital. La part des ménages qui en détiennent est passée de 13,3 % à 16,8 %. Ces produits représentent désormais 40,9 % des contrats d’assurance-vie contre 33,6 % en 2015. Dans le même temps, la part des ménages détenant des contrats d’assurance-vie monosupport, ne permettant l’investissement que sur des fonds euros garantis, reste quasi stable, passant de 28,0 % en 2015 et 2018 à 27,4 % en 2021. Cette nouvelle appétence pour le risque peut s’expliquer par la baisse marquée des rendements garantis des fonds euros ; estimés en moyenne entre 1,0 % et 1,3 % en 2020, ils sont en repli continu depuis 2015 (2,5 %).

Le succès du PER dope l’épargne retraite

Début 2021, 16,4 % des ménages détiennent un produit d’épargne retraite, une proportion en hausse de 0,9 point depuis 2018. « Cette augmentation est portée par deux familles de produits : d’une part, la retraite surcomplémentaire proposée par l’employeur et détenue par 6,9 % des ménages (+ 0,7 point depuis 2018), et d’autre part, le plan d’épargne retraite populaire (PERP), puis son successeur le plan d’épargne retraite (PER), détenus par 5,7 % des ménages (+ 1,3 point depuis 2018), accessibles aux particuliers dans les établissements bancaires », analysent les équipes de l’Insee. Cette progression est à relier à la création au 1er octobre 2019 du PER qui offre des conditions de sortie en rente ou en capital plus souples et une fiscalité avantageuse. Le PER se décline en plans d’épargne retraite individuels, d’entreprise collective et d’entreprise obligatoire qui remplacent les dispositifs existant précédemment afin d’uniformiser les règles des produits d’épargne retraite. Les ménages dont la personne de référence exerce une profession libérale sont ceux pour lesquels la hausse de la détention d’épargne retraite est la plus forte (+ 5,2 points entre 2018 et 2021). Il en est de même de ceux dont la personne de référence est cadre, indépendant ou agriculteur.

L’attrait des produits d’épargne logement diminue

Début 2021, 30,4 % des ménages détiennent un produit d’épargne logement, qu’ii s’agisse d’un compte épargne logement (CEL) ou d’un plan d’épargne logement (PEL). Parmi eux, 58,9 % ne détiennent qu’un PEL, 18,6 % uniquement un CEL et 22,4 % ont les deux produits. La détention de CEL baisse de manière constante depuis 2010 (- 4,3 points), alors que celle de PEL, en hausse entre 2010 et 2018 (+ 4,6 points), marque le pas entre 2018 et 2021 (- 2,8 points). « Ces évolutions sont étroitement liées aux variations des taux de rendement des différents produits d’épargne. La faible rémunération du CEL (0,50 % en 2015 puis 0,75 % depuis 2018) ainsi que la fiscalisation des CEL ouverts depuis janvier 2018 les ont rendus moins attractifs sur la période récente », souligne l’étude de l’Insee. À l’inverse, à rémunération du PEL est restée plus attractive sur le long terme que celle du livret A : 2,5 % pour les PEL ouverts entre août 2003 et janvier 2015, avant une diminution progressive jusqu’à 1,0 % depuis août 2016. Dans un contexte où les ménages ont favorisé une épargne peu risquée, l’intérêt relatif de ce placement est donc demeuré, au moins jusqu’en 2017. Cependant, depuis 2018, l’ouverture de nouveaux contrats, qui font désormais l’objet d’une fiscalisation, diminue. En témoigne la forte diminution de la détention d’épargne logement des plus jeunes depuis 2018, en baisse de 9,6 points pour les ménages dont la personne de référence a moins de 30 ans.

L’immobilier conserve une place importante dans le patrimoine des ménages

Début 2021, 61,2 % des ménages possèdent un patrimoine immobilier, un chiffre stable depuis une dix d’années. 57,5 % des ménages sont propriétaires de leur résidence principale. 19,2 % possèdent un autre logement : résidence secondaire, logement vacant, loué ou mis à disposition gratuitement. La détention d’autres logements augmente légèrement depuis 2018 (+ 0,9 point), surtout du fait des résidences secondaires. La détention de la résidence principale est stable (- 0,5 point). La détention de patrimoine immobilier augmente de façon importante avec l’âge : 19,8 % des ménages dont la personne de référence a moins de 30 ans sont propriétaires, contre 73,4 % des ménages de 70 ans ou plus. Entre 2010 et 2018 les écarts s’étaient resserrés : favorisé par un meilleur accès au crédit, le taux de détention a progressé de 5 points pour l’ensemble des ménages dont la personne de référence a moins de 40 ans, alors qu’il a diminué pour leurs aînés. À l’inverse, depuis 2018, la détention immobilière baisse de 2,4 points chez les moins de 30 ans et de 3,8 points pour les trentenaires, alors qu’elle est plutôt stable chez les ménages plus âgés. Au total depuis 2010, la détention immobilière a diminué de 7,3 points pour les ménages dont la personne de référence a entre 50 et 59 ans et de 6,2 points pour les sexagénaires. Ces diminutions pourraient traduire un accès à la propriété plus difficile pour les générations nées au tournant des années 1960, mais aussi résulter d’arbitrages réalisés au moment du passage à la retraite. Les plus touchés sont les retraités, en particulier les anciens salariés non-cadres (- 6 points), et les inactifs n’ayant jamais travaillé (- 7,7 points). Enfin, début 2021, 16,2 % des ménages détiennent un patrimoine professionnel : entreprises, terres, bâtiments, fonds de commerce, exploités ou non par le ménage dans le cadre d’une activité professionnelle. Plus de 75 % des ménages dont la personne de référence ou le conjoint est indépendant en activité (soit 11 % de la population) en possèdent et 97,1 % des agriculteurs.

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