À la découverte d’un génie oublié : Martin Schongauer, le bel immortel au Louvre

Publié le 15/04/2026 à 17h42

Le Louvre consacre jusqu’au 20 juillet prochain une passionnante exposition au peintre allemand Martin Schongauer (vers 1445 – 1491) dont l’oeuvre, aujourd’hui oubliée du grand public, influença pourtant toute l’Europe à son époque. 

À la découverte d'un génie oublié : Martin Schongauer, le bel immortel au Louvre
Martin Schongauer, La Vierge au buisson de roses © Région Grand Est – Inventaire général, Bastien Garnier

D’abord on a du mal à retenir son nom et à l’orthographier correctement. Parce que, à dire vrai, on n’avait jamais entendu parler de Martin Schongauer (vers 1445 – 1491). Et c’est tout l’intérêt de l’exposition organisée par Le Louvre, que de nous faire découvrir ce peintre allemand du XVe siècle. Ensuite, au cours de la visite, on s’étonne : comment est-il possible d’avoir ignoré l’existence d’un artiste pareil ? Surnommé le « beau Martin », ce fils d’orfèvre qui a travaillé à Colmar dans la seconde moitié du XVe siècle était pourtant fort célèbre à son époque. Signalé par Vasari, copié par Michel-Ange, Dürer (1471-1528) l’a « étudié avec avidité », note Elie Faure dans son Histoire de l’art,  avant de le surpasse et de l’éclipser. Les deux artistes ne se sont jamais rencontrés. Quand Dürer se rend à Colmar en 1492, Schongauer vient de mourir.

Ses estampes circulent dans toute l’Europe

On sait peu de choses de sa vie, tout au plus est-on quasiment sûr qu’il est né à Colmar (située alors dans le Saint-Empire romain germanique), a été formé par son père au dessin, puis inscrit brièvement à l’université de Leipzig en 1465. Il est possible qu’il se soit ensuite formé dans un atelier à Nuremberg (celui du peintre bavarois Hans Pleydenwurff, lui-même formé par Rogier van der Weyden dont l’influence sur le beau Martin est notable) , et Dirk Bouts.Il se serait ensuite réinstallé en 1470 à Colmar.  Son art de la gravure a rapidement fait sa renommée dans l’Europe entière via la diffusion de ses estampes. On estime que plus de 1000 objets seraient marqués par son inspiration (peintures, sculptures, tapisseries, émaux…).

C’est aussi un peintre reconnu. Son chef-d’œuvre, La vierge au buisson de roses, a été peint alors qu’il avait une vingtaine d’années. C’est l’oeuvre vedette du parcours  ;  conservée dans le chœur de l’église des Dominicains à Colmar, elle est ici présentée de manière à ce qu’on puisse l’approcher de très près (derrière une vitre) et en observer les merveilleux détails. Les rouges magnifiques du manteau de la vierge répondent à celui des roses, parmi lesquelles une fleur blanche incarne la virginité de Marie. Dans les branches, différents oiseaux chantent, traités avec autant de grâce que de réalisme. Plus on l’observe, plus l’oeuvre fascine. La découverte d’une copie révèle qu’elle était plus haute et plus large, une représentation de Dieu le père au sommet a disparu. L’exposition présente aussi six autres peintures dont le splendide retable d’Orlier.

À la découverte d'un génie oublié : Martin Schongauer, le bel immortel au Louvre
Martin Schongauer, Retable d’Orlier Musée Unterlinden Christian Kempf.

Une plongée éblouissante dans l’art du XVe siècle

Il n’y a pas moins de plaisir à contempler les estampes, (59 sont présentées sur  les 115 recensées de l’artiste, frappées du monogramme MS) ; on admire l’extraordinaire puissance dynamique du trait, l’art du détail souvent empreint de mystère, une étonnante fraîcheur dans les visages qui frise parfois la candeur… L’agrandissement de plusieurs œuvres permet d’en découvrir plus facilement les trésors. La mise en perspective avec les œuvres d’autres artistes qui l’ont inspiré (Rogier van der Weyden) ou surtout qu’il a inspiré (et notamment une merveilleuse mise au tombeau, d’un tout petit format, réalisée par un peintre anonyme allemand sur une gravure au burin de Schongauer) forment une plongée dans le XVe siècle de laquelle on ressort ébloui par la richesse et la qualité des œuvres présentées.

À la découverte d'un génie oublié : Martin Schongauer, le bel immortel au Louvre
Le grand portement de croix – (©GrandPalaisRMN (Musée du Louvre) Gabriel de Carvalho)

Si les catalogues d’exposition ne sont pas toujours assez savants pour se rendre indispensables, celui-ci a le mérite de recenser un grand nombre d’œuvres et de mettre en valeur l’incroyable influence de l’artiste dans toute l’Europe, ce qui en fait un document précieux (Skira Paris, 39 euros).

Martin Schongauer, le bel immortel, musée du Louvre du 8 avril au 20 juillet. (Commissaires d’expositions : Pantxika Béguerie de Paepe (Musée Unterlinden) et Hélène Grollmund (Louvre)

Pour une brève présentation en images :

Voir aussi la conférence de présentation de l’exposition ici.

 

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