Dans les archives secrètes du Quai d’Orsay

Publié le 14/03/2017

Cinq siècles d’archives de la diplomatie française sur 636 pages, rédigées par pas moins de cinquante auteurs, conservateurs et historiens. L’ouvrage, au-delà des chiffres, en impose par sa richesse narrative et iconographique. On y explore l’histoire des relations internationales de la France et l’Histoire tout court. De 1500 à la chute du Mur de Berlin, du cartulaire de Christophe Colomb à Charles de Gaulle et Konrad Adenauer à Colombey-les-deux-églises, de l’échange d’ambassades entre Louis XVI et le roi du Siam aux négociations avec les Barbaresques pour le rachat des esclaves chrétiens, le spectre d’étude et de révélations – la plupart des archives sont inédites – est impressionnant. Le pari de l’ouvrage est réussi : il ne faut pas craindre ce monumental ouvrage car il se lit très facilement ; les chapitres illustrés sont courts, accessibles, on peut prendre le livre dans le désordre, au fil de son humeur, les documents aiguisent la curiosité.

On pénètre, comme le dit la quatrième de couverture, dans les coulisses du pouvoir et le secret des chancelleries. On découvre les télégrammes d’ambassadeurs, tels celui d’Alfred Chilhaud-Dumaine annonçant l’attentat contre l’archiduc à Sarajevo, les lettres d’accréditation, d’autres lettres comme celle de La Fayette du camp York, du roi de Chine (1730) au Pape, du roi du Maroc adressée à Louis XIV, celle du Maréchal Lyautey, celle, extraordinaire document, codée de Mirabeau du court temps où il fut espion à la cour du roi de Prusse, celle de Ben Bella accréditant Abdellatif. Et tant d’autres. Découvrir ainsi les écritures de ces chefs d’État, déchiffrer, s’amuser à la révélation des techniques de cryptographie (voir Ventôse an VIII) utilisées pour brouiller les pistes des messages échangés. Chaque document est commenté et prétexte à revenir sur des moments importants de l’histoire comme, entre autres, l’équipée de Napoléon Bonaparte en Italie et en Égypte, la révolution russe, la colonisation de Madagascar, la nuit de cristal…

Le livre aborde également des aspects de la vie diplomatique plus légers, même s’ils sont toujours liés à des affaires d’État et des enjeux politiques comme les protocoles et les repas et diners d’ambassade. Il se lit comme véritable roman d’aventures et de voyages, de la Chine à l’Égypte, de l’Est à l’Ouest, on suit les routes et les traces des missionnaires, des écrivains diplomates comme Stendhal et Paul Morand. D’aucuns invitent à réviser le mythe de Lawrence d’Arabie.

Une réussite.

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