Debussy, de son portrait à La Mer

Publié le 05/11/2021 - mis à jour le 08/11/2021 à 10H43

De Jacques-Émile Blanche, ce Portrait de Claude Debussy a été préempté 281 600 € par la Cité de la Musique-Philharmonie de Paris.

Ader

Claude Debussy (1862-1918) n’aimait pas les spécialistes, car il considérait qu’ils rétrécissaient leur univers. L’auteur de La Mer aimait le grand large ; n’a-t-il pas confié qu’il aurait rêvé être marin ? Cette esquisse symphonique a été achevée sur l’île de Jersey, face à la mer justement. Il ne l’avait pas prévu. Il s’y était alors réfugié en compagnie de sa maîtresse, Emma Barbac, après la tentative de suicide de sa femme Rosalie, surnommée Lily, qui avait provoqué un scandale et fait le vide autour de lui. Nous étions en 1904. Le musicien avait commencé sa rédaction deux ans plus tôt en Bourgogne à Bichain. On raconte que pour évoquer la mer, il fit appel à ses souvenirs cannois, lorsqu’il séjournait chez sa tante. Ce qui est une image, car le compositeur n’avait nul besoin de sentir l’iode pour entendre le « jeu des vagues ». L’œuvre fut créée le 15 octobre 1905 par l’orchestre Les Concerts Lamoureux. On ne peut pas dire que ce fut un grand succès. On rapporte que certains musiciens de l’Orchestre Lamoureux, qui n’aimaient pas leurs partitions, en avaient fait des bateaux et les faisaient « naviguer » en les poussant du pied sur le plancher en bois de la salle de concert. Cette plaisanterie fut vite effacée, le monde musical reconnut le talent et la virtuosité de Claude Debussy.

Ce dernier, à l’époque, était reconnu et célébré comme il se devait. Deux ans plus tôt, Jacques-Émile Blanche (1861-1942), l’un des portraitistes parisiens parmi les plus en vue de son époque, avait réalisé son portrait considéré aujourd’hui comme « le plus célèbre ». Cette toile (34 x 51 cm) a été mise en vente en octobre dernier par la maison Ader, avec une estimation comprise entre 80 000 et 120 000 € et a été préemptée par la Cité de la Musique-Philharmonie de Paris à 281 600 €. « Ce portrait, qui est aussi celui du Paris de la Belle Époque, résonne comme une déclaration d’amour à la musique », devait dire à l’issue de la vente David Nordman de la maison Ader. Un an après avoir peint ce portrait, Jacques-Émile Blanche proposa en 1903 à Claude Debussy d’en réaliser un second. La séance de pose se déroula dans son atelier. On rapporte qu’elle fut interrompue par la pluie, ce qui dit-il a donné au compositeur « cet air de fromage blanc fatigué par les veilles ». Sans doute, mais cette pluie laissa le musicien saisi par « l’odeur de la terre mouillée, par le doux cliquetis des gouttes sur les feuilles » et lui inspira, par la suite, Jardins sous la pluie, troisième et dernière pièce de son triptyque pour piano intitulé : Estampes, qui reprend, « entre les gouttes », les deux comptines populaires Dodo, l’enfant do et Nous n’irons plus au bois.

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