Découvertes inédites dans la Drôme à Montélimar

Publié le 21/07/2020 - mis à jour le 29/07/2020 à 10H34

Montélimar, ce n’est pas seulement une ville de 40 000 habitants à proximité stratégique du Rhône, ce n’est pas uniquement le Palais médiéval des Adhémar, la mythique nationale 7 (ex-ancienne route royale du Comtat) et l’incontournable nougat. Montélimar c’est aussi un Musée de ville souvent méconnu, alors qu’il possède une collection permanente inouïe de miniatures à regarder au microscope.

Exposition Le gardien du Trésor

Musée de la Ville

Le Schatzbehalter du Musée de la Ville

Cette année, dans ce Musée, un ouvrage allemand du XVe siècle, le Schatzbehalter (le gardien du trésor), nous livre plus de 40 gravures représentant des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament avec de nombreuses représentations de la vie du Christ.

Cet incunable (ouvrage imprimé avant 1501) a été commandé par un moine franciscain, Stefan Fridolin, à des sœurs clarisses de Nuremberg dont il était le prêtre et le guide spirituel.

Les illustrations de l’ouvrage ont également été gravées à Nuremberg dans l’atelier de Wohlgemut et Pleydenwurff où Albrecht Dürer a été apprenti. Dürer vouait une grande admiration à cet atelier et ses propres œuvres ont « la patte » de cet atelier.

Le but du livre est pédagogique. En offrant des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament et surtout des scènes de la passion du Christ et de ses souffrances, le lecteur devrait imiter le Christ par une discipline personnelle et cultiver des vertus de moralité. Au Moyen Âge, le jugement dernier se devait de terroriser la population et le Christ était un juge à craindre. En cette fin du XVe siècle, le livre rompt avec cette manière de voir la religion et amorce une religiosité aux formes plurielles.

Inscriptions en caractères gothiques, enluminures, mais surtout des dessins d’une grande richesse et profusion de détails à la qualité artistique indéniable, on est émerveillé par la finesse des traits, la précision des visages et la préservation extraordinaire des couleurs (des rouges, des verts, des bleus comme s’ils avaient été posés hier). On pense d’ailleurs que ces couleurs l’ont été au XVe siècle ou peut-être ultérieurement.

Cet ouvrage témoigne du premier essor de l’imprimerie en Allemagne. À l’opposé des travaux faits auparavant, lesquels étaient peu élaborés et assez grossiers, le « gardien du trésor » est une réelle œuvre artistique : traits très fins, bâtiments architecturés avec un beau début de perspective, drapé soigné des vêtements, faune et flore bien représentées. Ces images se rattachent à la tradition médiévale et ébauchent les premiers signes de la Renaissance.

Cet incunable permet de connaître les débuts du travail, de la formation du grand Albrecht Dürer. Dans cet atelier, il acquiert la façon de maîtriser les techniques artistiques et apprend l’art de la peinture.

Les illustrations sont tellement belles qu’elles estompent le texte ; ce qui cependant n’était pas le souhait initial de l’auteur et n’était pas du tout la coutume à cette époque-là.

L’ensemble de l’exposition touche au plus profond des émotions. Aujourd’hui encore, la beauté de cette suite de gravures sur bois est un témoignage vivant de foi et peut convertir ou amener à se poser des questions.

Une exposition à voir absolument si vous habitez dans la Drôme ou si vous passez par Montélimar.

Le Musée européen des avions de chasse

Grâce à une équipe de passionnés, souvent des ex-pilotes bénévoles, Montélimar offre un large pan de l’histoire de l’aéronautique. Voyage en supersonique parmi les avions de chasse de légende.

Le Musée des avions de chasse de Montélimar a fêté ses 30 ans en 2017, projet initié en 1980 par quelques passionnés fous de vol.

Sur 25 000 m2 dont 5 000 m2 sont couverts, 66 avions de légende : des chasseurs, des avions de liaison, d’entraînement, des prototypes et à côté des engins de légende, des radars, des radios de transmission, d’innombrables maquettes, des armements… de quoi faire rêver tous les hommes et n’importe quel bambin ! Chaque année, 20 000 visiteurs foulent les tarmacs herbeux et les hangars pour explorer le temps et les airs !

Pendant plus de 30 ans ont été rassemblés, restaurés, conservés des aéronefs de chasse, du matériel aéronautique : tout un patrimoine français et européen afin d’instruire les générations futures.

Si tous les appareils présents ont volé, certains flirtent avec la légende : le Mirage 2000, le Mystère IV, le SV4C Stampe, le Mirage III Suisse, le MIG 23, le Crusader, le Breguet Alizé, le Douglas DC7, le Jaguar, le Saab Viggen, etc.

Vous êtes nostalgique des années soixante à quatre-vingt ? Vous adorerez monter à bord d’une Caravelle et vous approcher du cockpit d’un DC7 !

En grande partie piloté par des bénévoles, le Musée est en permanente évolution car il est à l’affût de nouveaux appareils à sauvegarder, en liaison avec ses partenaires étrangers, le Musée de l’aviation militaire de Payerne et des transports de Lucerne et le Musée d’aviation polonaise de Cracovie.

L’un des avions du MCEA

DR

Le Nougat d’Arnaud Soubeyran

Ayant fait la célébrité de la ville, le nougat de Montélimar est une douceur devenue internationale grâce au déploiement du train et au travail d’un de ses natifs, Émile Loubet. Celui-ci a bien sûr fait sa promotion à l’étranger via ses fonctions de président de la République en offrant des papillotes de nougat à tous les chefs d’État et personnalités. Une histoire qui remonte à la nuit des temps !

L’histoire du nougat débute bien avant Loubet, au XVIIe siècle, sans qu’il soit possible de retrouver le nom du créateur de la recette. Le nom est mentionné, en 1595, dans un livre de pharmacie et il est décrit dans un ouvrage de diététique, en 1607, comme un « trésor de santé ». Ce qui est sûr est qu’Olivier de Serres a introduit l’amandier à la fin du XVIe siècle et l’amande est un ingrédient majeur (environ 30 %) de cette sucrerie qui ne contient que des matières naturelles (miel, sucre, blanc d’œuf, vanille, pistaches et amandes). Avec le noir, le nougat blanc fait partie des 13 desserts traditionnels de Noël en Provence.

Plusieurs familles revendiquent la maison Arnaud Soubeyran. La marque s’est créée en 1837 et Madame Arnaud, née Soubeyran, tint boutique jusqu’à ses 91 ans avec sa fille Mathilde et son gendre Pinchard.

Successions et rachats poursuivent la saga jusqu’aux années 1950 avec Alfred Cru surnommé « l’as des maîtres cuiseurs ». Avec lui, la maison entre dans son âge d’or : sa pièce la plus extraordinaire est un yacht de 26 kg qu’il offrit à Grace Kelly en 1956.

Suivent des années très difficiles et même un dépôt de bilan avant que Charles Brotte, un Montilien d’origine, n’acquière la maison et ses recettes, réalisant ainsi un rêve d’enfance.

En 2000, c’est Caroline, la petite-fille de Charles, qui reprend les rênes de la fabrique : avec son mari Didier Honnoré, elle est la troisième génération de la même famille à satisfaire les gourmands.

Aujourd’hui, Didier développe l’activité commerciale, Christian Gil est « le » maître cuiseur depuis 1980 et il est aidé par le second fils Honnoré, Quentin chocolatier, confiseur à ses origines.

Sur les 13 artisans nougatiers restants, seuls 4 ont un atelier-fabrication ouvert au public et seule l’emblématique maison Soubeyran a un Musée du nougat qui retrace toutes les péripéties et le processus de fabrication du nougat.

Pas moins de 4 à 5 ans sont nécessaires pour bien maîtriser la fabrication de nougat ! Torréfaction des amandes, chauffe du miel à 100°C et malaxage pendant une heure, création d’un sirop de sucre à 140°C pour un nougat tendre et 150°C pour un nougat plus dur, mélange du tout dans un chaudron de cuivre avec les blancs montés en neige et ajout des amandes et pistaches : les secrets de fabrication sont volontairement un peu flous, histoire de ne pas révéler « la » recette !

Selon la dureté voulue au nougat, il faut entre 3 et 5 heures de chauffe pour obtenir la cuite qui sera extraite à la pelle en bois et mise en cadre. Cette cuite est aplatie, roulée fortement, puis recouverte d’une feuille de pain azyme. Quelques heures plus tard la plaque entière de nougat peut être sciée en barres, puis emballée sous flow pack ou en papillote.

Maison iconique, Soubeyran fabrique 2 tonnes de nougat par semaine ; certains nougats sont bios ; la maison propose environ 15 variétés différentes avec du nougat aux figues, aux touches de cannelle, de café, de marron glacé ou recouverts de chocolat, etc.

De plus, chez Soubeyran, on est tout spécialement attaché à la qualité des ingrédients et la famille a ses propres amandiers, ses propres ruches ; car l’aîné des Honnoré, Thomas, est agriculteur dans ses vergers ardéchois et apiculteur (miel de lavande ou toutes fleurs).

Didier Honnoré en tant que patriarche de la maison goûte quasiment chaque production surtout quand les ingrédients évoluent. Et son point de vue est le même pour tous les nougats : « un nougat doit être tendre mais “masticable” et non mousseux. En bouche c’est l’explosion du miel qui doit jaillir », d’où les deux principales variétés de “blanc de Provence” pour un nougat au miel de lavande et “nougat à l’ancienne” s’il y a ajout de miel de châtaignier.

Avec objets et photos d’époque, le musée retrace l’aventure du nougat de façon très pédagogique ; ce qui plaît énormément aux enfants nombreux à le visiter.

Le Manoir Le Roure

Pour vous restaurer et dormir, allez à la sortie de la ville au Manoir Le Roure, un écrin de verdure et une maison remontant au XIVe siècle, aux portes de la Provence. Le domaine a subi de nombreuses évolutions et a été repris dernièrement par la famille Louis. La grande bâtisse actuelle émerveille par son beau parc de 4 hectares arborés de platanes et de 80 autres essences d’arbres et arbustes.

Après quelques longueurs dans la piscine, dehors à l’ombre des grands arbres, il est fort agréable de déjeuner ou de dîner ainsi en terrasse.

Testée en début de déconfinement, la table n’offrait bien naturellement pas toutes ses possibilités ; mais pour 33 € nous avons opté pour une salade d’asperges et de tomates relevées d’une émulsion de langoustines, pour des Saint-Jacques snackées aux artichauts, petits pois et poivrons et pour une pomme en feuilletage et glace caramel. Même si le dessert n’était pas très estival, il révélait le talent du jeune Audric Louis qui offre de belles promesses sucrées.

Dessert à la pomme du Manoir Le Roure

DR

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Référence : LPA 21 Juil. 2020, n° 155g0, p.29

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