Des chiffres et des mets

Publié le 04/06/2024

Bordeaux est riche de nombreux restaurants et curieusement, dont certains n’ont pas adopté le nom de leur propriétaire ou d’un homme illustre de la ville, mais ont pris pour appellation un chiffre. Décryptage et tests du 1544, du 1925, du 7 et du Cent 33 ; en omettant les cartes des vins (à laquelle il faudrait dédier un article complet, la ville étant la capitale française du vin) !

FredP/AdobeStock

Le 1544

Le Gabriel est au cœur de la place de La Bourse, dans un des plus beaux bâtiments de l’architecture XVIIIe siècle de la ville ; le second étage, avec vue sur la Garonne, est magnifique. Au 1er étage, vous jouirez de ce même panorama sublime sans vous ruiner. Alors, pourquoi 1544 ? Repris par la famille de Bouärd, propriétaire entre autres de Château Angélus, le chiffre signe l’arrivée des Bouärd sur la région bordelaise, témoignant ainsi d’un nom dans le vin depuis plus de six siècles.

Sur fond de peintures bucoliques de vignes, assis sur de confortables banquettes en velours, vous dégusterez la cuisine bistronomique mais qualitative avec plaisir. Profitez le midi seulement du menu du marché à 3 plats pour 34 €, avec pressé de volaille aux herbes, cabillaud et légumes sauce hollandaise, pavlova aux agrumes. La maîtrise du chef Bertrand Noeureuil est palpable : poisson parfaitement cuit et non saignant à l’arête comme cela est souvent proposé, esthétisme de l’assiette.

Le 1925

C’est en 2018 que Martin Pierre reprend cet établissement iconique de la ville (il s’appelait auparavant Le Richelieu et a été un lieu de rendez-vous de résistants), dont il confie la gestion à son épouse Gaëlle ; même s’il continue à être le maître des lieux et des vins.

Vitres biseautées, faïences du XIXe siècle, le 1925 est aujourd’hui une brasserie avec une carte des vins extrêmement importante (700 références et des vins de garde de 15-20 ans).

Dans cet établissement, les propositions de plats sont très classiques, de type foie de veau, magret de canard, épaule d’agneau confite, tartare de bœuf. Mais du côté des entrées : belles fraîcheurs du feuilleté d’asperges blanches, compotée d’oignons et vinaigre balsamique, de la déclinaison de betterave avec ajout de gingembre, ainsi que du carpaccio de thon et son pesto original de cresson (12 à 15 €).

Le 7

C’est là le restaurant panoramique de la Cité du Vin.

On lui a donné ce nom car il est situé au 7e étage du bâtiment que les Bordelais appellent communément « la botte » ! Et la vue est fabuleuse, justifiant les prix assez élevés de l’établissement.

Vous raviront la raviole de betterave au fromage de brebis et légumes croquants, les asperges et encornets-parmesan (21 €), ou bien la pintade artichauts et oignons sauce poulette (35 €). En dessert, nous conseillons la charlotte feuilletée à la pistache, compotée de framboises (14 €).

Cent 33

Dans le quartier des Chartrons, ce restaurant est très séduisant, tant par son cadre que par la beauté de la vaisselle et la qualité des mets.

Le nom se justifie tout simplement par le numéro du lieu dans la rue !

Bravo au chef Fabien Beaufour, qui excelle dans ce lieu après plusieurs années de travail chez Anne-Sophie Pic et dans des établissements à l’étranger, ainsi qu’à son équipe jeune et sympathique. Ici, divers menus, dont le 4 temps à 69 € et le 6 temps à 95 €. On se régale d’un émietté de crabe, petits pois et nuage de lait de coco joliment présenté dans une carapace de crustacé. Suivait un tronçon de morue black cod (laqué au bois) posé sur des champignons (dont des morilles) relevés de vin jaune, puis une selle d’agneau marinée aux pruneaux et ses fèves de printemps. Le dessert de saison était des garriguettes sur un sablé poivré avec une émulsion de Champagne.

Une assiette qui vaudrait d’être bien mieux récompensée qu’elle ne l’est au Michelin.

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