Deux photographes

Publié le 04/10/2018

Le palais des monstres désirables

DR

Les photographies présentées aujourd’hui, très rarement exposées, furent réalisées à la fin des années 1970 dans des musées en France et en Italie : musée Grévin, musée de l’Homme et La Specola à Florence. Une partie fut, en 1990, publiée dans le livre intitulé Vice, édité par Jacques Bertoin. Les photos étaient accompagnées de courts textes de jeunesse.

Que souhaitait dire Hervé Guibert avec ces photographies ? Que souhaitait-il montrer ?

Personnalité complexe, qui aimait mettre à nu, tendre des pièges, consommer ses fantasmes. Mais il restait ludique, s’amusait avec ironie. Dans Vice, il écrit « La ville, l’État devront désormais ménager un certain nombre de lieux vacants, dans le seul but de petites actions vicieuses, libertines, proprement luxueuses dans les pertes de temps qu’elles occasionneront aux citoyens ».

Doit-on prendre au sérieux ce propos, ou s’inscrit-il dans les fantasmes que chacun de nous pouvons avoir ?

Ironie, certainement, de sa part, cruauté, désir inattendu qui nous accompagne quand nous laissons l’imagination déborder comme un tsunami qui renverse tout sur son passage, pour laisser des monstruosités d’épaves.

Ensemble seul

L’œuvre photographique de Dave Heath est grave, puissante. Ses portraits qu’il saisit à la sauvette à Washington Square, quand la Beat Generation régnait sur Greenwich Village le montre bien.

Dave Heath fut un quasi autodidacte de la photographie, mais un prodige. Ses tirages sont très graphiques et contrastés, à la manière de William Eugene Smith, qui fut son maître.

Il ne peut être toutefois considéré comme un photographe documentaire ni expérimental. Son travail est avant tout une façon d’attester de sa présence au monde, et de reconnaître la fragilité et le tourment des autres. Il fut l’un des premiers à exprimer ce sentiment d’isolation inhérent à la société moderne.

Souhaitant préciser sa recherche, il écrivit : « Mes photos ne sont pas sur la ville mais nées de la ville. La ville moderne comme scène, les passants comme acteurs qui ne jouent pas une pièce mais sont eux-mêmes cette pièce ».

La présente exposition est la première significative de son œuvre en Europe. Elle réunit 150 tirages d’époque, réalisés par Dave Heath. Ils sont présentés en dialogue avec trois films du cinéma américain indépendant de cette période.

LPA 04 Oct. 2018, n° 139f5, p.15

Référence : LPA 04 Oct. 2018, n° 139f5, p.15

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