Engrenages

Publié le 06/03/2018

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C’est à une plongée dans le monde impitoyable des avocats commis d’office, des petits malfrats et des compromis avec la vérité, que nous invite avec délices Hannelore Cayre dans ce roman, Commis d’office.

Comment Christophe Leibowitz, petit avocat pénaliste a-t-il pu se retrouver en prison ?

Comment — et heureusement pour lui —, se retrouve-t-il sous la protection d’un proxénète albanais, se familiarisant avec le français grâce à la lecture de L’Éducation sentimentale de Flaubert ?

Peut-être parce que revenu de tout, cet avocat va enfin être confronté à la réalité du terrain et reprendre espoir dans le droit et la justice…

Ici point de fioritures, le style est vif, le livre est court, c’est une découverte du monde de la prison et celle des arrangements avec le système judiciaire.

Mais c’est également une mise en lumière de ce qu’est vraiment le métier d’avocat, avec ses compromis face à la dure réalité, loin des grands procès d’assises et des ténors du barreau, celle des salles d’audience décaties où l’avocat rencontre pour la première fois son client quelques minutes avant l’audience, sans connaître le dossier.

Il est aussi question du prix que l’on accorde aux droits de la défense et donc à la valeur de la justice.

Cette ode aux avocats, les petits plus que les secrétaires de la Conférence, qui ne font que leur boulot, en prenant la défense des trafiquants, proxénètes et autres délinquants qui peuplent les prisons et les palais de justice…

Nous avions déjà beaucoup aimé La daronne (v. LPA 15 févr. 2018, n° 134d9, p. 16), qui ressemblait toutefois plus à une fable. Commis d’office est, quant à lui, un plaidoyer pour la justice du quotidien et le droit à une défense de qualité, problématiques au centre des préoccupations d’Hannelore Cayre qui, loin des séries policières d’antan, nous dévoile une autre image de la justice, celle qu’elle exerce dans son métier d’avocat.

Ici est rendu hommage à ceux qui font tous les jours œuvre de service public en aidant (un peu, beaucoup, trop !) ces délinquants.

Dans un style toujours aussi direct, le monde carcéral est dépeint avec réalisme et brutalité, le héros est un homme paumé qui est passé à côté de ses rêves et qui va se révéler à lui-même, face à la justice et à l’injustice…

C’est finalement l’histoire d’un homme, pas très honnête, mais qui rencontre plus malhonnête que lui et qui dans un univers impitoyable va trouver la force de nager à contre-courant pour sortir de cet engrenage et retrouver l’homme de loi qu’il est.

 

 

LPA 06 Mar. 2018, n° 134q1, p.25

Référence : LPA 06 Mar. 2018, n° 134q1, p.25

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