Fernand Léger, l’architecte des temps modernes

Publié le 06/03/2018

Fernand Léger, La Partie de campagne, 1953.

Sabam 2018

En collaboration avec le Centre Pompidou-Metz, le Bozar consacre en ce moment une exposition de l’observateur passionné que fut Fernand Léger dans la période bouillonnante où il vécut. Les diverses facettes de ce peintre nous sont présentées, son travail s’étant centré sur la fragmentation et le rythme effréné de la société. Fernand Léger était fasciné par son époque, et il n’observa pas les conventions artistiques établies. Son environnement de prédilection fut le paysage urbain, traversé de véhicules de toutes sortes et de machines nouvellement utilisées dans l’industrie.

Avant de se mettre à la peinture, Fernand Léger fut apprenti architecte, et il gardera toute sa vie une relation étroite avec l’architecture, ce que montrent ses peintures et les autres travaux qu’il réalisa. Il partageait aussi cette fascination qu’eurent les poètes pour l’avant-garde, pour les nouvelles formes de communication visuelle. Comme eux, Fernand Léger s’intéressa à la publicité et à la typographie.

D’autre part, le cinéma l’éblouissait, notamment les films de Charlie Chaplin. Homme de son époque, Fernand Léger travailla, tout au long de sa carrière, avec des réalisateurs, des chorégraphes et des compositeurs, réalisant des décors et costumes. Il réalisa également des cartons de tapisseries et de vitraux, des céramiques ou des illustrations pour des revues.

Natif de Normandie où son père était éleveur, Fernand Léger découvrit Paris à l’âge de dix-neuf ans. 

À partir de 1903, il partagea un atelier avec le peintre André Mare. Échouant à l’entrée des Beaux arts, il alla voir dans diverses académies. Daniel-Henry Kahnweiler, qui deviendra son marchand, se souviendra de lui dessinant des nus presque tous les soirs à l’académie de la Grande-Chaumière. Nous ne pouvons savoir à quoi ressemblaient ses dessins, car il affirmera avoir détruit, entre 1902 et 1908, une grande partie de ses travaux.

Comme de nombreux peintres résidant alors à Paris, Fernand Léger fut marqué par la rétrospective consacrée à Paul Cézanne en 1907. La même année, il découvrit le cubisme de Georges Braque et de Pablo Picasso. Son orientation picturale fut alors définitivement acquise. En 1909, il peignit La Couseuse, peinture qui ouvrit sa période cubiste : des lignes géométriques logées dans un espace réduit. Cette peinture est proche des figures massives de Pablo Picasso réalisées la même année. Mais avec Nu dans la forêt, Fernand Léger proposa un cubisme plus personnel, ne figurant pas la totalité de l’objet, mais distinguant chaque objet en volume et en plan au sein d’un espace idéal. Si Fernand Léger partagea les idées des cubistes, pour créer un réalisme non figuratif, il opta toutefois pour un cubisme non pas intellectuel, comme par exemple Albert Gleizes, mais totalement visuel.

Le critique d’art Louis Vauxcelles (1870-1943) disait que Fernand Léger pratiquait le « tubisme ». Ses volumes géométriques ne sont plus statiques et indissociables, mais autonomes, pour créer entre eux une dynamique antagoniste. Ainsi, son intérêt pour le dynamisme le conduisit, en 1911, à fréquenter l’atelier de Puteaux et à participer à la Section d’Or. Il disait aspirer à trouver « un équilibre entre les lignes, les formes et les couleurs ».

 

LPA 06 Mar. 2018, n° 134g8, p.24

Référence : LPA 06 Mar. 2018, n° 134g8, p.24

Plan
X