Foujita, peintre des Années folles

Publié le 17/04/2018

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Maison-atelier Foujita. CD Essonne. Photographie Laurence Godart

Le Montparnasse des Années folles demeure célèbre avec ses cafés fréquentés par des artistes venus, pour la plupart d’Europe centrale, trouver dans la capitale, alors phare artistique, la liberté d’exister, de créer. C’est à partir de 1910 que naît l’École de Paris et ses maîtres reconnus : Chagall, Soutine, Modigliani et tant d’autres…

Tsugouharu Foujita va s’insérer dans ce milieu. Ce quartier devient incontournable durant les Années folles avec ses fêtes, ses plaisirs débridés, ses scandales et ses incertitudes.

Lorsque Foujita (1885-1965) arrive à Paris en 1913, il connaît le français appris dès 1907 et il est diplômé de l’École des Beaux arts de Tokyo, où il a étudié la peinture traditionnelle et s’est intéressé à l’art d’Occident. C’est donc tout naturellement qu’il décide de venir en France. Dans ce Montparnasse cosmopolite, les artistes peignent en solitaire dans leur atelier et si l’atmosphère semble joyeuse c’est peut-être pour conjurer une certaine angoisse. Foujita est à l’aise dans cette bohème artistique.

Une série de photographies de sa vie à Montparnasse présentée au début de l’exposition la rend vivante, puis sont exposées les aquarelles de ses débuts sur le thème mère et enfant qui ne sont pas sans rappeler les maternités religieuses. Un fin tracé cerne les formes, les couleurs délicates sont posées en aplat ; plusieurs œuvres réalisées sur fond d’or en accroît le raffinement.

Foujita travaille au Louvre, rencontre les peintres — Pablo Picasso notamment, chez lequel il découvre Le Pont de Grenelle du Douanier Rousseau qui l’intéresse ; il s’en inspire dans son Paysage de Malakoff —, les deux œuvres sont exposées côte à côte. Il n’a pas encore trouvé son style entre la peinture occidentale et celle de son pays mais peu à peu il en fait la synthèse. Son œuvre demeurera imprégnée de ses racines même s’il a fort bien intégré la nouvelle esthétique qui s’offre à lui.

Les aquarelles de 1917 ont pour sujet la famille, la femme, œuvres poétiques qui conjuguent grâce et poésie mais c’est durant les Années folles que son art atteint sa plénitude. L’exposition présente le travail réalisé entre 1913 et 1931, sans doute sa meilleure période. Ses thèmes privilégiés : nus, chats, natures mortes, autoportraits, scènes d’intérieur sont explorés sous différentes facettes.

Foujita aime évoquer des nus à la chair ivoirine, dont un trait cursif donne les volumes, réalisés d’un pinceau léger en une matière fluide et lisse sur fond nacré. Elles apparaissent souvent allongées, en attente de l’amour ? Ou bien il peint des corps voluptueux, sensuels aux formes pleines exécutés en une palette chaleureuse ponctuée de noir profond, tel Lupanar à Montparnasse, une œuvre plutôt grinçante. Youki, l’une des femmes de sa vie sera son modèle. L’artiste est un original, il aime se faire remarquer par des tenues invraisemblables et s’il s’amuse, il ne cesse de peindre des compositions singulières. Il suit son propre chemin, unit harmonieusement art oriental et occidental son œuvre reste cependant imprégnée de ses racines. Son amour pour les chats est connu, il en réalise des « portraits » pris sur le vif, toujours avec la même finesse d’écriture. Cet animal fétiche se retrouve dans nombre de ses compositions.

De ses natures mortes aux couleurs raffinées on retient Mon intérieur où figurent quelques objets ordonnés dans l’espace parmi lesquels figure un petit nombre d’éléments japonais. Ils apparaissent dans chaque peinture ainsi celles des années 1930, grandes compositions réalisées sur fond d’or, des commandes qui résument son art où figurent les femmes au corps diaphane, chats, paysage dans une grande élégance.

En 1931, Foujita part pour le Mexique puis il revient au Japon avant de s’installer définitivement en France à la fin de la guerre. Poète, mystique, il se convertit à la religion catholique, aimant la vie, Foujita laisse une œuvre empreinte de magie, d’une grande originalité.

LPA 17 Avr. 2018, n° 135q3, p.16

Référence : LPA 17 Avr. 2018, n° 135q3, p.16

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