Humans

Publié le 15/09/2020 - mis à jour le 16/09/2020 à 9H51

Pedro Greig

Voici un spectacle présenté à Avignon et qui reviendra sans doute souvent sur les scènes parisiennes.

La compagnie CIRCA a été créée en 2006 à Brisbane, en Australie, et son directeur artistique Yaron Lifschitz fait tourner depuis une série de spectacles (plus de 60 productions dans 32 pays) sans cesse renouvelés, qu’inspire, dit-il, une « vision philosophique et poétique partant du langage traditionnel du cirque ».

Cette combinaison audacieuse de la performance acrobatique et de la danse contemporaine n’a rien de comparable, ce qui en fait son succès. La compagnie Circa réunit plusieurs équipes d’artistes à plein temps qui disposent d’écoles, de centres d’entraînement, d’ateliers pour jeunes et adultes toujours établis à Brisbane. Les équipes d’artistes sont chacune appelées à se produire autour du monde dans des théâtres, des centres culturels, des festivals. Certains spectacles sont liés à un concert de musique classique, comme celui donné avec le Quatuor Debussy, lors du spectacle Opus, ou à un opéra, comme la représentation de Il Ritorno d’Ulisse in Patria de Monteverdi. Paris avait découvert la compagnie Circa au théâtre du Rond-Point en 2016 avec son spectacle Beyond.

Humans, comme le titre l’indique, peut être interprété comme une réflexion sur l’humaine condition, ses aspirations, ses relations avec les autres, mais s’attarder sur le sens, les symboles, les soubassements psychanalytiques de ces corps à corps n’a que peu d’intérêt. Le spectacle est avant tout visuel. Sur une scène dépouillée et au son de musiques et lumières discrètes, les dix acrobates circassiens, cinq hommes et cinq femmes, virevoltent sans discontinuer, en une sorte de ballet sauvage, enchaînant des séries de prouesses acrobatiques et poussant les limites physiques à l’extrême. Et ce sabbat de lutins-démons est mis en scène avec une précision remarquable, l’improvisation et la fantaisie seraient trop risquées. Quelques exercices au trapèze et des pyramides rappellent le cirque mais sans ralentir le spectacle. La performance physique que l’on peut observer à quelques mètres est magique et l’ensemble donne l’impression d’une suite de tableaux vivants aussi grâcieux que des ballets contemporains, frénétiques.

Une nouvelle manière de concevoir le cirque traditionnel, une entreprise artisanale qui n’a rien à voir avec la grosse machine du Cirque du soleil québécois qui, lui aussi, réussit à renouveler le cirque. La même réussite poétique que celle de Bartabas Zingaro avec ses chevaux. Et sans doute beaucoup d’autres créations à venir…

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Référence : LPA 14 Sep. 2020, n° 152t4, p.18

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