Joseph Csaky, pionnier de la sculpture cubiste

Publié le 03/11/2021 - mis à jour le 08/11/2021 à 10H44

Sculptures de Joseph Csaky, exposées à la galerie Jacques De Vos.

Jacques De Vos – Photographies Christian Baraja

Il y a cinquante ans, disparaissait une grande figure de la sculpture cubiste un peu oubliée aujourd’hui : Joseph Csaky. À l’occasion de cet anniversaire, la galerie Jacques De Vos propose de découvrir une cinquantaine de plâtres originaux, offrant ainsi la possibilité de connaître l’œuvre de cet artiste.

Né en 1888 à Budapest, Joseph Csaky entre à l’École des Arts Décoratifs de sa ville en 1904, mais l’enseignement ne le satisfait pas et rapidement il travaille seul, révélant déjà son indépendance. À cette époque, il admire Rodin, son refus des conventions et le lyrisme émanant de sa création. Et c’est peut-être, en partie, afin de retrouver cet art qu’en 1908 il décide de partir pour Paris dont le rayonnement artistique attire de nombreux peintres et sculpteurs étrangers, que le jeune homme retrouve à la Ruche, lieu d’accueil emblématique à Montparnasse où naîtra l’École de Paris. Csaky fréquente les académies libres afin de perfectionner ses connaissances. Son style évolue, il se rapproche de Maillol par son amplitude et se lie d’amitié avec Fernand Léger ; dès 1910, il expose au salon de la Société des Beaux-Arts. Il sculpte alors des nus féminins légèrement stylisés.

En ce début de XXe siècle, Braque et Picasso révolutionnent l’art avec le cubisme qui bouscule les normes. Csaky qui se cherche encore, il est très jeune, est tout de suite attiré par cette conception nouvelle et c’est ainsi qu’il accentue la simplification de la forme, la réduit à l’essentiel. En 1911, il sculpte des Têtes cubistes réduites à des volumes géométriques purs ; il devient membre actif de la « Section d’Or » où figurent Brancusi, Léger, Juan Gris, Alexander Archipenko parmi d’autres. Son désir : permettre de rendre la sculpture dans son ensemble sans la nécessité de tourner autour. On admire Tête cubiste, d’une grande force expressive. Survient la guerre de 1914 à laquelle il participe et qui met un coup d’arrêt à son travail, puis la vie reprend, Csaky expose chez le galeriste réputé Léonce Rosenberg, il est alors reconnu comme un artiste de talent à l’originalité certaine. Les volumes apparaissent de plus en plus épurés et géométrisés.

Le collectionneur Jacques Doucet s’intéresse à cette œuvre singulière et lui commande plusieurs œuvres dont Femme, une réinterprétation du corps féminin dans la pureté des lignes. Peu à peu, Csaky va s’éloigner du cubisme pour arriver à une figuration très personnelle où la géométrie demeure présente. À cette époque, il s’intéresse au monde animal comme en atteste la superbe Lionne en marche, aux volumes simplifiés animés de vie. Toujours en recherche, il réalise quelques sculptures d’inspiration abstraite et crée des œuvres à partir de cônes, sphères, cylindres. Ce sont des masses puissantes aux arêtes aiguës et tranchantes. Ainsi, cet artiste explore sans cesse toutes les possibilités de la sculpture du cubisme jusqu’à une figuration personnelle toujours expressive. Ses thèmes récurrents : les figures, souvent des jeunes femmes et des animaux ; parfois apparaissent des tendances décoratives et, chez quelques femmes, une certaine intériorité.

Csaky va revenir à l’observation et l’étude de la nature, cependant l’esprit cubiste anime toute sa création. Son œuvre atteste d’une grande clarté dans la simplicité des volumes. L’artiste, malgré toutes ces années passées à Paris, n’a pas oublié son pays et en 1954, il fait don à son village d’une Danseuse, dont un fragment en plâtre, la moitié inférieure, est exposée parmi les pièces présentées parmi lesquelles l’on remarque aussi une délicate Tête de jeune fille à la figuration simplifiée. Ces œuvres, dans leur diversité, témoignent du travail incessant de Joseph Csaky qui, toujours fidèle à l’esprit cubiste, a su s’en évader dans son œuvre personnelle.

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