Khalil Gibran, poète et peintre visionnaire De la formation à l’engagement (I)

Publié le 20/07/2021

Khalil Gibran, autoportrait.

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Khalil Gibran est principalement connu en Occident comme l’auteur d’un ouvrage : Le Prophète, paru en 1923. Il fut aussi un peintre et un dessinateur dont le talent est reconnu, un intellectuel engagé et soucieux de justice sociale. Khalil Gibran fut l’un des précurseurs de la modernité arabe et du dialogue Orient-Occident.

Gibran naquit à Bécharré, dans la vallée de la Qadisha, au Nord du Liban, où il passa son enfance. En 1895, sa mère, Kamila Rahmé, décida d’aller s’installer aux États-Unis, avec ses quatre enfants : Mariana, Sultana, Boutros et Khalil. Le père de Gibran demeura au Liban. La famille s’installa à Boston, et peu de temps après son arrivée, Gibran rencontra le photographe Fred Holland Day qui lui fit partager son goût pour les mythologies et la poésie anglaise. Cette rencontre fut décisive pour Gibran, et il devint le modèle fétiche du photographe. En 1898, Fred Holland Day présenta une série de photographies où celles de Gibran dominaient. À cette époque, Gibran lisait beaucoup, dessinait et il fit la connaissance de la poétesse Joséphine Peabody, qui fut la première de ses amitiés féminines.

À la fin de l’année 1898, Gibran décida de rentrer au Liban pour approfondir sa connaissance de l’arabe et du français au collège de la Sagesse à Beyrouth. Mais en 1902, après la nouvelle du décès de sa sœur Sultana, il rentra à Boston. Dès lors, il ne retourna jamais au Liban. Le sort s’acharnant, la maladie emporta son frère puis sa mère. Il fut dans le dénuement. Pour lui venir en aide, Fred Holland Day organisa dans son atelier, en 1904, une exposition de ses œuvres. Ce fut à cette occasion qu’il rencontra Mary Haskell, qui deviendra son amie et mécène.

Mary Haskell, de dix ans plus âgée que Gibran, exerça sur le poète une très grande influence. Comme mécène, elle lui donna espoir et liberté ; comme professeure et directrice littéraire, elle lui permit d’acquérir une compréhension approfondie de la langue anglaise ; et comme amie, elle lui prodigua affection et soutien.

En 1908, grâce au soutien matériel de Mary Haskell, Gibran partit pour Paris. Il fréquenta dans un premier temps l’Académie Julian jusqu’en 1909, puis il travailla avec le peintre Pierre Marcel-Beronneau, un disciple de Gustave Moreau, dont les qualités et inspirations mystiques plurent à Gibran. Pour l’exposition de la Société des Beaux-Arts, au printemps 1910, une œuvre de Gibran, Automne, fut retenue. Cette même année, il fit la connaissance de Rodin dans son atelier.

Gibran s’était installé dans un atelier situé au 14, avenue du Maine. Ce fut en cet endroit qu’il entreprit une série de portraits de grands créateurs. Les portraits de Rodin, Edmond Rostand, Debussy furent les premiers, puis la série s’enrichit, par la suite, avec ceux de Sarah Bernhardt, Yeats, Tagore et de quelques autres.

Il fut de retour aux États-Unis en 1910. Tout d’abord à Boston, puis à New York où il s’installa dans l’espoir de faire accélérer sa carrière. Gibran eut aussi un autre objectif, celui de fédérer les efforts de Libanais et de Syriens émigrés outre-Atlantique, pour œuvrer culturellement et politiquement à l’émancipation des pays du Moyen-Orient, asservis sous le joug ottoman. Comme humaniste, Gibran récusait toute forme de domination et de despotisme, condamnait les inégalités sociales, dénonçait les sources de la souffrance dans sa société. Il s’en prit fermement à ceux qui, au Moyen-Orient, dressaient les uns contre les autres, les hommes et les femmes d’une même nation.

Au Liban, il y eut un accroissement de la pauvreté à la déclaration de la Première Guerre mondiale. Le pays souffrit de famine. Gibran s’affirma alors comme écrivain engagé, collaborant à divers périodiques et revues en langue arabe. Il mena des campagnes humanitaires et politiques, et il devint secrétaire du Comité d’aide aux populations du Liban et de la Syrie.

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