La passion Caravage

Publié le 20/06/2019

Fayard

Alors que la vente aux enchères d’un tableau attribué au Caravage retrouvé à Toulouse est annoncée pour le 27 juin prochain et que deux peintures présentées à Cavaillon disent être de lui, deux livres viennent à point nommé évoquer la vie et l’œuvre de Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Caravage. Histoires d’une passion.

La solitude Caravage selon Yannick Haenel.

C’était quand il avait quinze ans, devant le tableau Judith décapitant Holopherne.

De ce choc et de cette révélation originels se sont nourries une passion, une quête. Celle d’un peintre, d’une œuvre, d’un sens. La solitude Caravage, cette autre biographie du Caravage, vaut autant par ce que nous raconte de l’artiste que par ce qu’elle nous raconte de l’écrivain qui s’y colle.

Et s’y ajoutant le style d’Haenel, le livre est magique !

Le Caravage est le sujet absolu – et magnifique grâce à la plume du biographe – du livre. Toutes les faces et facettes de son œuvre et du personnage y sont. Ponctué d’avis artistiques, il est un vrai traité des émotions picturales ! Le livre n’est pas qu’un itinéraire dans la peinture et la vie du Caravage. Profond et très personnel, il dit énormément de choses sur l’auteur, le rapport de la peinture à sa vie propre comme à la littérature et l’art d’écrire. Confronté au choc de la Judith « en écrivant ce livre, je ne fais qu’essayer de revenir à ce feu qui en vous tombant dessus d’une manière imprévisible vous accorde l’acuité qui rencontre la peinture ».

Encore à ce sujet : « La peinture et l’écriture avaient à voir avec le monde qu’ouvrent les étreintes sexuelles ». On comprend au passage comment « accueillir dans sa vie des figures peintes prépare sans doute à vivre selon les nuances ». Au cœur du livre, l’auteur s’interroge sur le biographe confronté à l’intimité de l’artiste : « C’est sans doute un désir insensé, mais écrire une biographie n’a de sens qu’à se mesurer à cette part d’impossible qu’il y a dans le fait de vouloir connaître quelqu’un – et à l’impossible, dès lors que nous écrivons, nous sommes tenus ». C’est alors que se révèle le « lieu vibrant », le « point de solitude » que la biographie va tenter de mettre à jour…

Caravage par Manara, la bande dessinée. Il y a trois ans, paraissait le premier tome de la bande dessinée Caravage, chez Glénat.

Manara, le dessinateur que l’on ne présente plus, créateur du Déclic, album mythique au pays de la bande desinée dite érotique, et de la bande dessinée tout court.

Il a fallu ces trois années pour qu’enfin arrive le second tome : La grâce. Le dessin de Manara, les couleurs sont toujours aussi efficaces. L’album s’ouvre sur une nuit d’été non loin de Rome, le premier tome s’étant quasiment refermé sur la confection des fameuses peintures qui ornent la chapelle Contarelli. Le Caravage, déjà célébré et artiste reconnu, est toujours entouré de jolies femmes ; Manara ne déroge pas à son style, annonce sa future peinture : la Cène à Emmaüs !

Ce second tome, disons-le, est bien plus passionnant et riche que le premier. Il ne faut donc pas s’en priver. Le livre se veut aussi ambitieux, et au-delà du dessin, s’adresse à un public exigeant : on trouve encore en fin de volume des notes de bas de page et des repères biographiques en langue française, italienne et anglaise. Le volume se ferme sur la date du 18 juillet 1610.

À suivre donc…

LPA 20 Juin. 2019, n° 143y3, p.21

Référence : LPA 20 Juin. 2019, n° 143y3, p.21

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