Caravage à Rome

Publié le 28/11/2018

Caravage, Judith décapitant Holopherne, vers 1600, huile sur toile, 145 x 195 cm, Gallerie Nazionali di Arte Antica di Roma.

Gallerie Nazionali di Arte Antica di Roma

Enfant prodige puis peintre au caractère passionné et débauché, la gloire du Caravage n’a cependant jamais cessé. On l’admire car il a révolutionné la peinture de son époque et imposé une conception personnelle de la lumière. Une vie courte mais intense dans tous les domaines.

Michelangelo Merisi naît en 1571 à Milan et est originaire de Caraveggio, petite commune en Lombardie qu’il prendra pour nom d’artiste. Durant son adolescence, il travaille avec un peintre milanais puis part pour Rome en 1591. Sa vie est difficile : il fréquente les bas-fonds de la ville et se retrouve dans un monde louche qui lui convient assez bien. Sa chance vient avec un mécène, le cardinal del Monte, qui le remarque et lui accorde sa protection. Caravage peut alors développer la peinture qu’il souhaite. Rapidement, son style évolue avec une composition simple, un certain naturalisme et des jeux d’ombre et de lumière.

Le musée Jacquemart-André a choisi de présenter la période romaine de l’artiste, sans doute la plus importante, ainsi que ses rencontres avec amis ou rivaux. Sont exposées des œuvres du peintre et d’artistes de son entourage, réalisées jusqu’en 1606 où, à la suite d’une rixe, Caravage tue son adversaire et est obligé de fuir Rome pour Naples. Dès la première salle, la superbe Judith décapitant Holopherne l’admiration par son réalisme : l’expression horrifiée de la jeune femme devant son acte, le contraste ombre et lumière qui apparaît déjà, les formes travaillées du corps… Judith est sensuelle. À ses côtés, le même thème traité par Orazio Gentileschi : la violence est moindre, mais Judith et sa servante possèdent la même présence. Caravage se révèle aussi en cette fin de XVIe siècle comme un maître de la nature morte et des tableaux de musique. Dans Le joueur de luth, l’accent est mis autant sur l’instrument que sur le musicien. La lumière, puissante, illumine l’ensemble du personnage.

Au fil des années, le peintre affirme son écriture baroque, bien éloignée du maniérisme ou de l’influence grecque. Il peint des modèles vivants, pris dans le peuple de Rome, pour incarner ses personnages ; dans Saint Jean-Baptiste au bélier, la lumière irrigue la beauté du corps de ce jeune homme plongé dans le clair-obscur. Avec très peu de profondeur, l’œuvre projette le sujet au premier plan : Saint Jean-Baptiste est peint d’une touche énergique dans la richesse des éclats de lumière. Caravage aime le langage direct.

Une salle est consacrée à ses contemporains : Annibale Carrache, dont l’influence était importante à Rome avant l’arrivée du jeune peintre, est présent avec L’Adoration des bergers. Celui-ci révèle encore une certaine proximité avec la Renaissance : les personnages ne possèdent ni l’expression, ni la présence de ceux du Caravage. Son œuvre contraste avec La Résurrection du Christ, de Giovanni Baglione ; les attitudes sont fort bien traduites. Caravage a compté parmi ses disciples des peintres italiens : Bartolomeo Manfredi, Orazio Gentileschi et bien d’autres, dont des peintres espagnols. Parmi eux : José de Ribera. Tous sont exposés près de lui dans un espace destiné à la traduction de la méditation.

Malgré sa vie dissolue, Caravage a exécuté de nombreuses scènes religieuses d’une forte intensité émotionnelle, dont Saint Jérôme écrivant. Une œuvre sobre, en clair-obscur, où apparaît la foi du saint. C’est encore Saint François en méditation en un style dépouillé. Gentileschi le présente avec un regard intense, une main posée sur un crâne, symbole de la fragilité de l’existence, en un réalisme puissant. Puis l’on s’arrête devant Ecce Homo : la lumière coule sur le corps du Christ, tandis que dans l’ombre, on aperçoit Ponce Pilate qui regarde le spectateur comme pour l’impliquer dans son verdict. Bartolomeo Manfredi interprète lui aussi la passion et témoigne de l’influence ténébriste du Caravage. Vient finalement le moment de la fuite ; parmi les derniers tableaux du peintre, il y a Le Souper à Emmaüs, qui préfigure un peu l’œuvre de Rembrandt et Marie-Madeleine en extase, au ténébrisme marqué.

La vision novatrice du Caravage, l’intensité émotionnelle de ses compositions et la valeur expressive du clair-obscur font de lui un artiste majeur.

LPA 28 Nov. 2018, n° 140a9, p.22

Référence : LPA 28 Nov. 2018, n° 140a9, p.22

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