La rencontre de Zola et Schwabe

Publié le 24/11/2021 - mis à jour le 24/11/2021 à 11H08

Cet exemplaire unique ayant appartenu à Carlos Schwabe a été adjugé 4 296 €.

Aguttes

Si l’on considère l’œuvre d’Émile Zola (1840-1902), on constate qu’elle est composée de séries. Léopold Carteret (1873-1948), dans son Trésor du bibliophile romantique et moderne, en a distingué quatre, donnant la priorité à son « œuvre capitale », c’est-à-dire Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire. Le 16e est Le Rêve, paru toujours chez Charpentier en 1888. Un exemplaire de cette édition originale, relié en basane rouge d’époque, a été vendu à Drouot, le 1er mars dernier par la maison Boisgirard Antonini. Dans ce roman, Zola aborde le thème de la religion, mais de façon beaucoup moins violente et polémique qu’il ne l’avait fait dans La Conquête de Plassans (1874) ou La Faute de l’abbé Mouret (1875). Cette fois-ci, il s’intéresse à la foi populaire et au renouveau du mysticisme dans la société française de la seconde moitié du XIXe siècle.

Le Rêve est considéré comme « une des œuvres majeures du symbolisme ». On ne sera pas surpris que l’un des plus grands peintres symbolistes, Carlos Schwabe (1866-1926), se soit penché sur cette histoire. « La thématique expérimentale du roman ainsi que la confrontation de Zola et Schwabe, en firent le lieu d »une représentation des conflits esthétiques et intellectuels de l’époque, opposant naturalisme et idéalisme », écrivait Rodolphe Rapetti, conservateur au musée d’Orsay et Jean-David Jumeau-Lafond, historien d’art, en présentant l’exposition Symbolisme et naturalisme : Carlos Schwabe, illustrateur du Rêve de Zola, qui s’est déroulée au Musée d’Orsay en 1994.

Cette édition a été tirée à 30 exemplaires sur Japon (numérotés et paraphés par l’éditeur) et est ornée de vignettes et de compositions à pleine page. Un exemplaire ayant appartenu à Schwabe lui-même a été adjugé 4 296 €, à Drouot, le 3 novembre dernier par la maison Aguttes. Cet ouvrage a été imprimé en partie sur papier Japon avec les pages 65 à 128 sur papier d’édition. Il a été relié par René Wiener, le chef de file de l’école de Nancy, en maroquin beige rosé, le premier plat orné d’un décor mosaïqué en maroquin bleu ciel et rouge avec ornements pyrogravés et argentés représentant une grande croix sur laquelle grimpent des lys et autour de laquelle volent des oiseaux, décors mosaïqués et argentés sur le second plat et le dos à nerfs titré. On note encore une large dentelle dorée intérieure, les doublures et gardes sont en soie mauve brochée de bouquets violets et argentés, la tête est dorée et non rogné, la couverture conservée, le tout sous chemise à rabats et étui à nerfs titré avec mention « Unique copy ». Cet exemplaire, le dernier dont disposait l’éditeur, a été donné par Schwabe à ce relieur et porte un autographe signé finissant par ces mots : « Ô que de regrets – bien grands pour ce livre que j’espérais faire grand. Carlos Schwabe ».

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