Le Printemps de Sergey Kononov et figure d’artiste

Publié le 31/03/2020 - mis à jour le 15/05/2020 à 14H50

David Bowie.

Sergey Kononov

Sergey Kononov

Depuis sa première exposition à la galerie Lazarew, celle-ci étant la quatrième, le travail de Sergey Kononov évolue d’une façon significative pour nous étonner à chaque fois.

Celle d’aujourd’hui est teintée d’une profonde remise en question et de quelques apports nouveaux dans son travail. Sergey Kononov a, d’une part, abandonné la bombe aérosol pour la peinture à l’huile ; il a réduit sa palette, ses scènes sont peintes avec un décor minimum et ses fonds sont monochromes. Ses peintures demeurent toutefois audacieuses avec des atmosphères très dépouillées et intimes, comme cette scène avec deux garçons, dont l’un est allongé sur un lit l’autre debout, ou de David Bowie, cigarette à la bouche, qui se détache d’un fond bleu.

D’autre part, le voyage qu’a effectué Sergey Kononov à Florence, en 2019, l’a fortement marqué. Il a été particulièrement impressionné par l’œuvre de Botticelli, Le Printemps, et nous le comprenons, non par la composition et le sujet de cette peinture mais, comme peintre, il a parfaitement remarqué les contrastes entre les couleurs vertes, les tissus pourpres et les nuances de la chair des corps nus. Cette rencontre a nourri cette nouvelle série.

Deux des peintures de Sergey Kononov ont été, d’une certaine façon, influencées par Balthus : un couple sur un canapé vert et la femme au chat. Mais les deux scènes sont beaucoup plus épurées que chez Balthus, avec cette caractéristique propre à Sergey Kononov qui marque sa personnalité…

Figure d’artiste

Avant la Renaissance, l’art était au service de la religion, et il servait à introduire, dans la vie sociale, les dogmes et les croyances que voulait inculquer l’église, et il devait répondre à des thématiques spécifiques et bien ordonnées, telles l’Annonciation, la Crucifixion ou la Visitation, autour desquelles un discours imagé et symbolique s’était structuré.

Toutefois, et à partir de la Renaissance, les artistes souhaitèrent affirmer leur indépendance. Ils cherchèrent donc à quitter ce statut d’artisan qui les contraignait, et ils revendiquèrent une place particulière et spécifique dans la cité. Ils ne voulurent plus uniquement représenter les scènes et les émotions religieuses, conventionnelles et serviles.

Cette représentation de la figure de l’artiste est ancienne et complexe. Les collections du musée du Louvre nous montrent que l’artiste se représentait, et les premières signatures datent de l’Antiquité. La signature, l’autoportrait et l’invention de la biographie des peintres servirent l’artiste et son dessein. En France, l’Académie royale de peinture et de sculpture et le Salon apportèrent la reconnaissance et les commandes avant qu’ils puissent entrer dans un musée. L’exposition répond à plusieurs questions : qu’est-ce qu’un artiste ? Quel est son statut au cours de l’histoire ? Comment s’est-il émancipé ? Comment accède-t-il à la renommée ?

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Référence : LPA 31 Mar. 2020, n° 152r9, p.16

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