Le retour de Pissarro

Publié le 28/01/2022

De Camille Pissarro, Sous-bois à Pontoise, peint en 1877 (huile sur toile, 46 x 38 cm), a été adjugé : 482 600 €.

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Qui est le véritable inventeur de l’impressionnisme, Claude Monet (1840-1926) ou Camille Pissarro (1830-1903) ? Pour commencer, ni l’un ni l’autre ne songèrent à « inventer » un style et encore moins à lui donner un nom. On sait que ce dernier est sorti de la plume du critique Louis Leroy, en jugeant plutôt mal, la toile de Monet, Impression Soleil Levant, peinte en 1872 et exposée pour la première fois en 1874, lors de la manifestation organisée par la « Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs ». À la différence de Monet, Pissarro s’intéressait peu aux reflets sur l’eau, et leur préférait les nébuleuses de verdure. L’exemple nous est donné par Sous-bois à Pontoise, daté de 1877 (huile sur toile, 46 x 38 cm), qui a été adjugé 482 600 €, à Drouot, le 17 décembre 2021 par AuctionArt Rémy Le Fur & Associés.

Pontoise était la cité de cœur de l’artiste. Cette toile, une promenade, en fait, est inondée de lumière. Le soleil y illumine les frondaisons et ferait presque disparaître les deux silhouettes de promeneurs fondus dans les couleurs des herbes et des feuillages qui couvrent la presque totalité de la toile. « Pissarro y donne la sensation de l’éphémère », notent les critiques. Nous devinons face à ce paysage, les changements du sol et de la nature dans un savant chaos. « L’air semble impalpable, un écran de frondaison envahit le champ visuel et écrase la perspective », disent encore les critiques. À l’époque, en 1877, Pissarro qui avait quitté Pontoise pour Louveciennes avant de s’exiler à Londres durant la guerre de 1870, était revenu à Pontoise, tout en travaillant également à Osny et à Auvers. Ce fut une période féconde. Il exposa, aux côtés des impressionnistes, des paysages dans une riche gamme de brun, de vert et de rouge.

Camille Pissarro n’obtint pourtant pas le succès qu’il escomptait ; ses tableaux se vendaient mal. « Dites à Gauguin qu’après trente ans de peinture, quelques chevrons à la clé, je bats la dèche », devait-il dire à son ami Eugène Murer (1841-1906). Ce peintre, qui était aussi pâtissier-restaurateur, montra une grande générosité vis-à-vis de ses confrères, tenant pour eux table ouverte et acquérant leurs œuvres. Le musée d’Orsay possède de lui Bords de l’Oise (peint vers 1903). Toute sa vie, Pissarro connut des difficultés financières car il vendait difficilement et à des prix modestes. C’est en 1900, trois ans avant sa mort, qu’il rencontra enfin l’adhésion du public à l’Exposition universelle. Camille Pissarro, cet enfant des Antilles danoises (les îles Vierges), est le seul peintre impressionniste qui a participé aux huit expositions du groupe entre 1874 et 1886. Il a laissé plus de 1 500 toiles. Malgré son talent reconnu, Pissarro est souvent relégué au second plan dans l’histoire de l’art. L’exposition qui lui est consacrée et qui vient de s’achever au Kunstmuseum de Bâle et le montant de cette adjudication devraient le faire revenir au premier plan.

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