Le Serpent à plumes

Publié le 08/01/2021 - mis à jour le 10/01/2021 à 15H43

Robert Laffont

Ce roman de D. H. Lawrence, souvent méconnu, fut tour à tour encensé et condamné par la critique.

Lawrence, avec Le Serpent à plumes, nous emmène dans le Mexique des années 1920. Kate, une Irlandaise, a quitté son pays après le décès de son mari, et, accompagnée d’un cousin et d’un ami américains, elle se retrouve à Mexico.

Dans un premier temps, Kate supporte difficilement le pays.

« Mexico était peut-être très agréable à la surface, avec ses villas dans les faubourgs, ses belles rues au centre, ses milliers d’autos, ses tennis et ses réunions de bridge. Le soleil y brillait tous les jours et de grandes fleurs vives décoraient les arbres. Une atmosphère de fête. Oui, jusqu’à ce que vous vous trouviez seul, face-à-face avec la ville. Alors le grondement se faisait entendre comme le cri sourd et irrité d’un jaguar que la nuit tachetait de noir. On sentait peser sur l’esprit une force lourde et déprimante, les grands replis du dragon aztèque. Le dragon des Toltes s’enroulait autour de vous et étouffait votre âme, et sur la clarté du soleil passait une buée de sang, d’un sang irrité, sombre et impuissant, où les fleurs semblaient baigner leurs racines. De l’endroit s’exhalait une atmosphère cruelle, pénible et destructive ».

Peu à peu, Kate s’acclimatera et surmontera ce changement de vie, et sa rencontre avec Don Ramón Carrasco et surtout Cipriano Viedma la conduira à quitter Mexico et le microcosme occidental.

Elle s’installera alors sur les rives d’un lac hors du temps, entourée d’autochtones. Dans ce lieu presque idyllique, elle sera confrontée à la résurgence de Quetzalcóatl, le dieu serpent, qu’un groupe essaie de régénérer après sa longue absence.

À partir de ce moment, Kate modifie sa façon de vivre, ce qui l’emmène dans un voyage à la fois humain et intérieur.

Renoncera-t-elle toutefois à son pays, à sa civilisation, à ses valeurs, pour se fondre dans le culte de Quetzalcóatl et la tradition qui s’y rattache ?

Avec ce roman atypique, Lawrence poursuivait sa quête vers le retour aux croyances primitives, face au déclin spirituel dont il était le témoin. Le symbolisme abonde, et nous suivons Kate dans sa transformation psychologique.

C’est un choc de civilisation, entre la communion par le sang d’un peuple avec l’individualisme des sociétés dites « évoluées ». Opposition entre un fatalisme indigène et l’intellectualisme occidental. Les forces telluriques primitives des peuples antiques face au rationalisme.

Même si ce roman peut dérouter en oscillant entre réalisme et mystique, il exprime cependant une vision, même si elle est subjective, de la situation politique du Mexique de l’époque. Un classique à redécouvrir.

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Référence : LPA 07 Jan. 2021, n° 153x1, p.24

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