HISTOIRE. Les bagnes italiens à l’époque du premier empire

Publié le 13/08/2026 à 9h00

Avec la création de l’« Empire aux 130 départements », le système des bagnes impériaux est étendu à des territoires jusque-là situés à l’extérieur de la France. En Italie, trois bagnes sont ainsi créés (ou plutôt récupérés) : cette période éphémère n’a pas marqué les esprits et laissé peu de traces dans l’Histoire.

HISTOIRE. Les bagnes italiens à l'époque du premier empire
Gravure représentant le bagne de Livourne, l’ancêtre de tous les bagnes.

Le mot « bagne» provient de l’italien bagno (bain). Il s’agit en effet d’une « invention » transalpine, le premier bagne européen ayant été construit en 1598 dans le port de Livourne, sous le grand-duc de Toscane Ferdinand 1er de Médicis. L’origine du mot est sujette à controverses : rappelait-il la proximité entre un lieu de détention et un établissement de bains existant à Constantinople, d’anciens thermes romains situées à Livourne, ou encore l’humidité qui suintait à travers les murs ? Quoi qu’il en soit, le concept à la base du bagno pénal de Livourne est relativement nouveau : l’emploi des forçats comme rameurs à bord des galères étant devenu secondaire pour, bientôt, disparaître avec ce type de navires, on utilise ces détenus à terre, surtout dans le port, où ils sont chargés de l’entretien des navires de guerre, des voiles, du drainage des bassins etc. Travaillant à l’extérieur le jour, ils ne sont enfermés dans leurs cellules que la nuit. Au début du XVIIe siècle, on construit un bagne important à Civitavecchia, cette ville étant à l’époque le principal port des États de l’Église sur la mer Tyrrhénienne. Ceux de Gênes et de La Spezia sont créés par la République de Gênes ; d’autres existent dans le Royaume de Naples (notamment à Castellamare di Stabia, près de la capitale, et à Palerme). Des conventions existent entre certains États dépourvus de façade maritime (Parme, Lucques…) et d’autres, disposant de bagni, qui « importent » ainsi des détenus étrangers. Le système et l’appellation s’étendent rapidement à l’Europe entière.

En 1809, le bagne de Gênes compte 838 forçats

Après les guerres d’Italie et quelques hésitations institutionnelles se concrétisant par la création d’États plus ou moins fantoches à la vie éphémère, l’empire de Napoléon annexe le nord-ouest et le centre de l’Italie : le Piémont devient français en 1802, la Ligurie en 1805, la Toscane en 1808, le Latium et l’Ombrie 1809. Le système administratif napoléonien y est imposé unilatéralement du jour au lendemain, avec ses départements, ses préfets, ses tribunaux et son système carcéral. Les bagni déjà existants, ceux de Gênes et de La Spezia (ayant appartenu à la République de Gênes, laquelle correspondait à peu près à l’actuelle Ligurie) et celui de Civitavecchia (qui faisait partie des États de l’Église) deviennent en conséquence des « bagnes français ». Ils s’ajoutent ainsi à la liste des autres bagnes impériaux déjà existants alors : Toulon, Brest, Rochefort, Nice (ancien port du royaume de Piémont-Sardaigne), Lorient, Le Havre, Cherbourg et, dans l’actuelle Belgique, Anvers. En 1809, celui de Gênes compte 838 forçats, celui de La Spezia 638 ; le plus important est celui de Civitavecchia, qui en héberge environ 1500 ; à titre de comparaison, à la même époque ils s’en trouvaient 4 432 à Toulon. Dans l’ensemble, les forçats disposent d’une certaine liberté de mouvement, sont convenablement nourris, sous-employés et, même, rétribués (petitement, certes) ; leur condition est certainement meilleure que celle des détenus emprisonnés, et à plus forte raison de ceux placés à l’isolement.

De fréquentes révoltes

Dans les bagnes italiens, la discipline laisse parfois à désirer et les révoltes sont fréquentes. Celle d’août 1793 à Civitavecchia (à l’époque des États du Pape) avait comme protagonistes 300 rameurs qui s’étaient mutinés à bord de la galère San Pietro, maîtrisant et assommant son équipage, s’emparant des armes et descendant à terre où il fut nécessaire de mobiliser la milice pour les maîtriser. En réalité, avant même qu’ils deviennent « français », on ne sait plus que faire de ces établissements et de leurs galériens : dangereux du fait de la concentration d’un grand nombre de délinquants, peu rentables au plan financier, susceptibles de concurrencer les travailleurs libres, véritables écoles du crime, ces établissements ont épuisé leur raison d’être avec la disparition des galères et, depuis, n’ont survécu que par la force d’inertie des administrations chargées de leur gestion. Leur précurseur, le bagno de Livourne, a d’ailleurs fermé définitivement dès 1766.

Après l’épisode napoléonien, les bagni penali italiens poursuivent leur existence. Lors de la création du Royaume d’Italie, en 1861, se pose, une fois de plus, la question de leur maintien ; et une fois encore on décide de ne rien faire, le problème ne paraissant pas constituer une priorité par rapport à d’autres combien plus importants auxquels le jeune État est confronté. C’est ainsi qu’en 1866 on compte encore vingt-six bagni, dont cinq « centraux » (Gênes, Cagliari, Ancône, Palerme, Pozzuoli), avec une population totale de 11.219 forçats. À cette date, la marine royale les rétrocède au Ministère de l’intérieur, avant qu’ils soient définitivement abolis en 1891. Le site de l’ancien bagno de Civitavecchia reste longtemps utilisé comme prison, notamment sous le régime fasciste qui y enferme des opposants politiques, parmi lesquels le futur président de la République Sandro Pertini.

 

Bibliographie. Alvazzi del Frate (Paolo), Le istituzioni degli « Stati Romani » nel periodo napoleonico (1808-1914), Roma, Euroma, 1990 ; Ilari (Virgilio) et Crociani (Piero), La marina ligure di Napoleone 1797-1814, www.centotredicesimo.org ; Canosa (Romano) et Colonnello (Isabella), Storia del carcere in Italia dalla fine del Cinquecento all’Unità, Roma, Sapere, 2000.

 

 

 

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