Les Fables de La Fontaine illustrées par Gustave Moreau

Publié le 30/03/2021 - mis à jour le 31/03/2021 à 10H19

Le Renard et les Raisins par Gustave Moreau.

Jean-Yves Lacôte

Retrouver des souvenirs devant les Fables de La Fontaine apprises durant l’enfance et superbement mises en images par Gustave Moreau (1820-1881) procure un réel bonheur.

35 aquarelles sur les 64 réalisées témoignent de l’originalité du peintre, de son talent à faire revivre ces textes inoubliables. Ces œuvres n’ont plus été réunies dans leur ensemble depuis l’exposition présentée en 1906 par la comtesse Greffulhe et le comte Robert de Montesquiou. Le musée en conserve toutefois les esquisses. Peu connues, ces compositions sont source de délectation. Le thème animalier ne figure pas dans la création de Gustave Moreau, davantage inspiré par les personnages de l’Antiquité qu’il peint en une écriture symboliste.

Sa rencontre avec Antony Roux, admirateur de son œuvre, lui ouvre une autre voie avec l’illustration des Fables. Sans doute fut-il un peu surpris de la demande du collectionneur qu’il accepta même si, pour lui, il s’agissait d’une aventure. Les deux hommes vont échanger une vaste correspondance entre 1879 et 1897 à propos de la réalisation de cette série d’aquarelles. L’artiste doit se familiariser avec le monde animal afin de demeurer près de la vérité. Il passe de longues heures au Museum national d’histoire naturelle, où il exécute des croquis, étudie les différentes espèces ; il se rend également à la Bibliothèque nationale où il complète sa documentation, en plus de la consultation du « Magasin Pittoresque ». Ce sera ensuite un travail dans l’intimité de l’atelier.

Si l’on reconnaît l’écriture du peintre, ces œuvres diffèrent des tableaux symbolistes ; poétiques, elles sont nourries de son invention picturale dans le raffinement de la gamme colorée. L’écriture limpide de La Fontaine s’associe parfaitement à la peinture de Moreau. Avant lui, d’autres artistes ont été inspirés par les fables : Jean-Jacques Grandville ou Gustave Doré. Mais ses illustrations diffèrent : animaux, nature, végétation sont traduits avec sa personnalité et les animaux vivent sur le papier selon les visions, l’imagination du créateur, qui toutefois reste fidèle au texte.

Il est difficile d‘effectuer un choix parmi ces œuvres toutes différentes, certaines poétiques, d’autres proches parfois du fantastique. On s’arrête devant Le Chêne et le Roseau : le vieil arbre déraciné est impressionnant de vérité dans la représentation de sa chute en une atmosphère d’orage, alors qu’à ses pieds plient les frêles roseaux. Peu de couleurs : ocres, bleus, quelques blancs et l’atmosphère est rendue.

Il existe un contraste entre Le Rat de ville et le Rat des champs. Le premier, debout, trône sur une table dressée dans l’intimité d’une salle à manger somptueuse, une composition qui n’est pas sans rappeler les natures mortes néerlandaises du XVIIe siècle. Quant au rat des champs, l’artiste en brosse un « portrait » où apparaît l’air futé de l’animal.

Et puis voici Le Renard et les Raisins, où l’attitude de la bête révèle quelque peu son dépit.

Comment le regard ne peut-il être attiré par Les Grenouilles qui demandent un Roi ? Au premier plan, les batraciens se consultent, discutent, leurs attitudes les rapprochent des humains ; devant elles, un héron les domine, portant dans son bec une de leurs « sœurs » ; humour grinçant dans une nature sereine.

L’exposition présente également des œuvres préparatoires qui permettent de découvrir quelques-unes des 28 aquarelles spoliées durant la guerre de 1940, telle que Le Loup et l’Agneau, un tirage d’après un négatif sur plaque de verre ; image qui laisse pressentir le triste dénouement. À voir aussi un dessin d’éléphant ou des études de lions très poussées, témoignage du long travail préparatoire du peintre et bien d’autres œuvres encore.

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Référence : LPA 30 Mar. 2021, n° 159y6, p.23

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