Les voyages de Jeanne Thil

Publié le 06/01/2021 - mis à jour le 06/01/2021 à 21H15

Chers lecteurs,

Malgré la situation actuelle, nous avons décidé de continuer à partager avec vous de belles expositions, visitées avant le début du confinement ou découvertes virtuellement. Ce sera d’autant plus l’occasion pour vous, chers lecteurs, d’aller les visiter une fois cette période compliquée derrière nous. En attendant, portez-vous bien !

La Rédaction

Peu connue et cependant talentueuse, cette artiste calaisienne a très tôt été attirée par la lumière du Sud de l’Europe, et plus encore de la Tunisie, dont elle a laissé de vivantes scènes exotiques dans l’esprit orientaliste.

Le musée de Calais qui, en 2016, a reçu du petit-fils de Jeanne Thil un legs de 170 peintures, aquarelles et dessins ainsi que des documents, présente une trentaine de tableaux et autant d’œuvres graphiques. L’on suit les nombreux périples de l’artiste dans les pays du Sud et plus particulièrement en Tunisie.

Jeanne Thil (1887-1968) a suivi une formation classique, elle intègre l’École nationale supérieure des Beaux-Arts en 1911 – ouverte aux femmes depuis 1905 seulement –, elle étudie également à l’École des Arts Décoratifs. Plusieurs bourses de voyage vont lui offrir la possibilité de découvrir le bassin méditerranéen, un vrai dépaysement par rapport à sa région natale.

Si à ses débuts elle s’intéresse à la peinture d’Histoire, elle exécute notamment de grands décors relatant les événements historiques du Nord en des compositions où se remarque déjà son talent de coloriste. La lumière du bassin méditerranéen qu’elle découvre en 1917 lors d’un voyage en Espagne, provoque chez elle un réel engouement. Elle commence à enrichir sa palette de couleurs vives et transcrit sur la toile le quotidien, marchés et paysages. Après cette première expérience elle ne cessera jusqu’en 1950, de parcourir divers pays du Sud et plus encore la Tunisie dont elle dévoile la beauté, l’atmosphère, les couleurs chatoyantes, la vie comme un spectacle, si différente de la nôtre. Ses déplacements ne l’empêchent pas de continuer l’enseignement du dessin dans plusieurs écoles parisiennes.

Le visiteur est accueilli par deux grands tableaux sur le thème de la Tunisie où se lit l’émerveillement de Jeanne Thil devant ces sites, la révélation aussi d’une autre vie. Bien loin des sujets de ses débuts, elle témoigne de son intérêt pour des scènes typiques qu’elle transmet dans leur vérité. Elle recrée l’ambiance chaleureuse, révèle tout à la fois l’architecture particulière : maisons blanches, mosquées et croque les habitants vêtus à l’orientale. Elle capte également le mouvement de cavaliers en course ou des hommes accompagnés de leurs chameaux surchargés en des fresques vivement colorées : verts, jaunes, se conjuguent au blanc des constructions. Tout est vie dans ces œuvres où l’artiste qui semble fascinée, saisit le pittoresque un peu comme des instantanés photographiques dans le scintillement de la palette. Elle convie le spectateur à découvrir la vie locale.

Invitation au voyage, ces compositions sont réalisées en une figuration personnelle, chaque thème inondé de lumière est peint en une gamme colorée ardente et résonne comme un appel au départ vers des régions inconnues et séduisantes, l’imaginaire devient réalité.

Durant la période d’après la guerre de 1914, le tourisme connaît un grand essor et les peintures de Jeanne Thil, ainsi que d’autres aussi, contribuent au désir d’évasion vers les pays d’Afrique du Nord en particulier. L’artiste connaît le succès, elle est sollicitée par des compagnies de transport pour réaliser des œuvres vantant les beautés exotiques de ces pays d’outre-mer.

Si les toiles séduisent par leur palette étincelante, les œuvres graphiques révèlent la justesse et la finesse du trait. Les quelques documents et objets ayant appartenu à ce peintre la rendent plus proche encore. Jeanne Thil n’est pas la seule artiste attirée par la représentation de l’exotisme, plusieurs tableaux et photographies exécutées par ses contemporaines figurant dans l’exposition, témoignent de l’attirance de l’époque pour ces voyages au Proche-Orient.

Jeanne Thil, Tunisie, 1935, huile sur toile, 160 x130 cm.

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Référence : LPA 05 Jan. 2021, n° 155m4, p.23

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