L’Orient sonore au Mucem

Publié le 30/09/2020 - mis à jour le 01/10/2020 à 9H55

AMAR

On s’y croirait. Ailleurs et dans une autre époque. Celle des années du tout début du XXsiècle aux années 1940. Direction l’Égypte, l’Irak, l’Arabie saoudite, le Maghreb, les musiques du Golfe. La mise en scène de l’exposition « L’Orient Sonore – Musiques oubliées, musiques vivantes » au Mucem propose un voyage historique, musical et chantant au milieu d’énormes écrans et d’une forêt de tapis sur lesquels le visiteur peut s’asseoir et prendre le temps.

À la rencontre des musiques disparues ? Promenade musicale et savante (le rôle de la fondation AMAR est à souligner, qui grâce aux nouvelles techniques accomplit un travail de restauration et d’appréciation des traditions musicales orales comme la Nahda) mais également ethnographique, l’exposition conjugue l’approche musicologique (retour sur le Ynub’ âwî cher au Hijaz, en Arabie Saoudite), et celle des peuples, des rites et des rituels dansés. Aussi l’histoire des migrations (voir l’espace consacré aux interprètes d’Al-Anîn). Elle raconte à travers les musiques en voie de disparition des mondes eux-mêmes en voie de l’être. Et le sort des minorités qui n’ont pu échapper aux persécutions, comme les Kawliya qui ont excellé dans le genre « rifi ».

La fabuleuse histoire des labels. Tout le parcours est celui de l’histoire des labels (Saminphone, Gramophone, Odeon records, etc.) et des enregistrements gravés sur disques ou vinyles. Les figures des chanteurs et chanteuses d’hier nous accompagnent. Et surtout leurs voix qui résonnent au fur et à mesure de la promenade. On découvre Yusuf al-Manyalawi, le premier chanteur à être enregistré (il a été surnommé le « Caruso de l’Orient » !), Salima Pasha Murad et tant d’autres. De nombreuses pépites nous attendent : le premier disque Columbia pour Aziza Hilmi ou le disque épreuve jamais sorti donc, enregistré par Darwich al-Hariri à l’occasion du fameux congrès de musique du Caire en 1932. On apprend comment la musique d’Orient s’est confrontée, transformée via la radio dans les années trente, elle s’oriente vers plus de légèreté et d’occidentalisme : le parcours souligne qu’Ould Kalthoum Abdel Wahhab, Farid El Atrache (à quand une expo « spécial El Atrache » ?) demeurent alors les valeurs sûres auxquelles s’accrochent les traditionalistes.

Une exposition connectée. Attention ! Pour profiter pleinement de l’exposition, il faut absolument se munir de son smartphone, s’être connecté sur une application et être muni d’écouteurs. À défaut, impossible d’écouter tout ce qui est proposé. La connectique rencontre ici le propos muséal. Il faut s’y faire, le procédé est de plus en plus de mise.

Exposition immersive, l’Orient sonore raconte la richesse et la perte. Elle est joyeuse et triste à la fois.

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Référence : LPA 30 Sep. 2020, n° 156q6, p.27

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