Paris au temps de La Fontaine

Publié le 20/10/2021 - mis à jour le 20/10/2021 à 10H29

Fontaine de Nausicaa, dessin fantaisiste de Ferdinand Bac.

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Imaginez-vous, Parisien, vous endormir et vous réveiller dans la capitale, 340 ans plus tôt. Ouvrant votre fenêtre, vous êtes surpris d’entendre un bruit infernal, fait de cris des petits marchands et des maraîchères, des grincements des charrettes sur le pavé, accompagnés des heurts des sabots des chevaux, sans oublier les exhortations des cochers. Lorsque nous rêvons aux époques passées, nous les idéalisons. Ferdinand Bac, de son vrai nom Ferdinand-Sigismond Bach (1859-1952), qui était autant écrivain, dessinateur, caricaturiste, décorateur, peintre, ferronnier, paysagiste, que lithographe, eut lui aussi envie de connaître le Paris d’autrefois. Il ne s’embarrassa pas de recherches vaines, il prit simplement les moyens du bord avec des instruments d’écriture. Avec ces seules armes, il imagina Paris au temps de La Fontaine.

La libraire orléanaise Ségolène Beauchamp proposait, dans le cadre du Salon du livre rare 2021, qui s’est déroulé récemment dans le Grand Palais éphémère, un album unique composé de 36 dessins originaux, relié en demi-maroquin brun à coins orné, affiché 2 900 €. Cet album unique réunit 4 feuillets autographes d’avant-propos suivis des 36 planches en couleurs sauf 2 en noir, exécutés en 1941, lors de l’exil de Ferdinand Bac à Rimont en Ariège. « Exécutées sans moyens, sur du papier à lettres, [avec] des stylos qui fuyaient et qu’on ne pouvait plus remplacer, et quelques vieux crayons de bureau, trouvés dans un placard », numérotées, datées 1941 et signées, elles sont collées sur cartons gris montés sur onglets, et sous serpentes, commente la libraire. L’artiste explique ces conditions difficiles ; cette surface ne permettant « même pas la moindre rature, la moindre correction ou modification quelconque », il n’y eut pas de brouillon !

Parce qu’il considérait La Fontaine comme un « génie révolté », et qu’il aimait la fantaisie, Ferdinand Bac laissa libre cours à son imagination et agrémenta ses visions parisiennes du XVIIe siècle de, selon ses propres termes, « vers de mirlitons », malheureusement en partie illisibles. Il reste que ces architectures fantaisistes accompagnées de personnages en habit d’époque, nous donnent l’illusion de nous promener en compagnie de La Fontaine. Il nous manquait une fable sur Paris, voilà qui est désormais chose faite ! L’apparition de cet album, pour le 400e anniversaire de La Fontaine, doit être considérée comme un signe. Ferdinand Bac, qui l’a offert à sa nièce de cœur, la romancière Geneviève Gennari (1920-2001), songeait qu’il pouvait être exposé dans un cabinet d’amateur ou publié en édition bibliophile. Au choix, il est encore temps.

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