Réminiscences

Publié le 24/11/2017

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Une jeunesse perdue

Qu’est-ce qu’une jeunesse perdue ? Et se rattrape-t-elle ?

Le sentiment amoureux quand on n’a plus le prétendu âge du plaisir est un thème classique de la littérature. Le talent de Jean-Marie Rouart qui réussit à nous passionner avec son dernier roman Une jeunesse perdue est d’autant plus éclatant. Cette plongée dans les délices de la rencontre amoureuse, puis ses affres quand rien ne va plus – ici le personnage va aller bien au fond – est d’ailleurs une préoccupation de Jean-Marie Rouart lui-même, comme en témoignent ses précédents livres (on pense notamment au magnifique Nous ne savons pas aimer).

Roman très Parisien et même très Germanopratin (ce qui nous vaut au passage quelques déjeuners commentés chez Lipp, avec, il est vrai, quelques infidélités Rive droite et même New-York), l’intrigue se situe dans le monde de l’art : le personnage central est galeriste et il voit le monde comme une série de tableaux : la pluie lui évoque une toile de Marquet, une femme lui rappelle une toile de Burne Jones et la Maja de Desnuda… Jusqu’où la réalité, la vraie, va-t-elle le conduire ?

Belle réflexion sur la mécanique amoureuse à l’heure du marché du sexe et de l’amour, Jeunesse perdue livre un dur portrait d’un homme aux abois de l’amour et de la vie qu’il sent se dérober. Si les femmes ont l’air ici de n’avoir pas le beau rôle, elles sont les gagnantes en se jouant de l’homme à qui elles infligent des leçons de vie.

La question est donc aussi celle-ci : que signifie avoir vécu ? Se la poser, c’est prendre le risque de toutes les folies et de toutes les erreurs. Et celui de se perdre.

Variation sur ce « temps glacé que le printemps n’égaie plus » à l’âge auquel on se sent « soudain étranger au monde des vivants exilé de leurs ferveurs sensuelles » le dernier roman de Jean-Marie Rouart est d’une écriture cruelle. Un roman qu’on ne lâche pas et que l’on repose en se posant encore plus de questions qu’avant. N’est-ce pas cela aussi l’objectif de la littérature ?

Sounds of surprise – le jazz en cent disques

Ce qu’on aime avec les anthologies c’est, outre leur côté encyclopédique, s’amuser à vérifier si elles correspondent à nos propres classements et valeurs. S’y retrouver ou s’y perdre. La publication de Sounds of surprise, le Jazz en cent disques n’échappe pas à la règle.

Sound of surprise est signé Frank Medioni, bien connu de la planète jazz, qui avant d’y décliner « cent albums immarcescibles » rappelle sur plus de 50 pages, s’adressant aussi bien à l’amateur avisé qu’au profane, l’histoire et les sons du jazz, cette « clameur » qui ne s’est jamais tue.

Dédié notamment à Steve Lacy « mentor and tormentor » ce nouvel opus des audacieuses éditions Le mot et le reste (v. le récent Histoire du rock à Marseille – 1960-1980) s’ouvre sur le Hot Five & Hot Seven de Louis Armstrong et se clôt sur Wayne Shorter qui en 2013 sort Without a net.

Entre les deux, que s’est–il passé ? Et quels sont donc les choix anthologiques de Frank Medioni ? Pourquoi le Solos d’Art Tatum, le Focus de Stan Getz, le Ballads de Derek Bailey ? On ne s’attendait pas, et on en est ravis, à retrouver ici le somptueux Both Sides Now de Joni Mitchell qui a évidemment toute sa place dans l’univers jazz.

Les notes de Frank Medioni sont précises et précieuses. Elles donnent envie d’aller écouter ce qu’on ne connait pas encore. Ce qui est aussi l’objectif d’une anthologie. Frank Medioni fait œuvre de passeur.

LPA 24 Nov. 2017, n° 130t9, p.13

Référence : LPA 24 Nov. 2017, n° 130t9, p.13

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