« Sa Muse » et André Maire, deux expositions à Regards de Provence

Publié le 16/04/2018

Alors qu’au MUCEM l’exposition « Roman Photos » cartonne, en explorant le genre qui, de Nous Deux à Satanik, sublima l’art photographique et la narration de type ciné – roman, en face, sous la belle Major qui a enfin retrouvé sa dignité et sa prestance face à la mer, le musée Regards de Provence accueille deux expositions à ne pas rater.

Pigalle Sabine, d’après Pisalleno, présentée à l’exposition « Sa Muse ».

Sabine Pigalle / Courtesy galerie RX

« Sa Muse » : l’exposition inspirée

Qu’entend-on par « muse » ? On le saura à l’issue d’un parcours s’ouvrant sur les neuf sœurs de l’Olympe, et qui permet de réviser ses classiques tels le Rêve du Poète (ou Baiser de la Muse) de Paul Cézanne, tableau aux multiples interprétations. Très vite l’exposition explore tous les champs de représentation de celles (et ceux) qui inspirent les rêves, les écritures, les fantasmes, les vies, sophistiquées ou simples mais mises en scène ! Qui n’a eu besoin d’une muse ou de croire en elle ? Manière de fréquenter ici de singulières œuvres d’artistes que la figure et le thème de la muse a amusés, intrigués, inspirés. On passe d’Aki Kuroda avec ses pleins et ses vides dessinant des silhouettes, à Aurore Valade ou encore Valérie et Philippe Ordoni dont le travail photographique sublime des divas et des muses d’aujourd’hui. Henri Lebasque, Henri Person, Pierre Bonnard, Henri Manguin, plus classiques du coup dans cet environnement, offrent portraits et poses plus ou moins alanguies et d’un charme total. Le thème est, on l’a compris, prétexte à un bel éventail d’œuvres et d’artistes très différents. Loin d’en devenir incohérente, cette exposition est fort réussie. Sans doute aussi, ne le nions pas, parce qu’accompagnée par la qualité et l’intelligence des notes signées Bernard Muntaner : elles donnent du liant entre ce qui pourrait paraître disparate et qui ne l’est donc pas.

Élargissant le thème de la muse de l’état antique ou classique à celui de l’icône, de la star, de l’égérie, du modèle, « Sa Muse » est une expo roborative et jouissive !

André Maire, le peintre voyageur

C’est en effet le thème du voyage qui guide l’autre exposition consacrée à André Maire (1898-1984), peintre qui mérite d’être connu et que Regards de Provence a eu l’heureuse idée de mettre à l’honneur.

Né à Paris, élève d’Émile Bernard, il va traverser bien des pays qu’il va croquer et peindre. On dira que cela n’est pas en soi original. Mais ce que donne à voir l’exposition ce n’est pas tant ce qu’a exploré André Maire, de Venise à l’Espagne, de Madagascar au Niger, que la manière dont, à chaque voyage, il a dessiné ou peint.  On ne dirait jamais, ou presque jamais, le même artiste. On peut d’ailleurs être déstabilisé par autant de styles dans la même personne et dans l’œuvre. C’est cet étonnement qui ajoute au plaisir de la découverte : les sépias sur papier figurant le Pont du Gard ou le Vieux Port de Marseille n’ont pas grand-chose à voir avec sa perception de l’Espagne façon Le Greco, pas plus qu’avec sa période Cambodge-Viet-Nam, sans doute la plus charmante et la plus sensuelle. André Maire a également croqué l’Égypte, peint et dessiné les Indes dans un style curieux et très « couleur locale ». À l’intérieur d’un même voyage sa technique est très éclectique : utilisation de la gouache, recours aux aplats, passage au fusain et à la sanguine… Le résultat n’est ainsi jamais le même. Qui était donc cet André Maire aux facettes multiples ? On en saura plus en visitant le premier étage de ce musée, qui regardant la mer, ouvre sur l’horizon comme un tableau d’André Maire : vers des ailleurs et vers l’autre. Les commentaires sur les cimaises signés Lorédana Harscoët-Maire, qui a déjà signé une biographie chez Gallimard, ne sont pas pour rien dans la réussite de cette mostra et le plaisir d’une promenade en si bonne compagnie.

Les femmes à la toilette, par André Maire, 1955.

Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée

LPA 16 Avr. 2018, n° 135g1, p.22

Référence : LPA 16 Avr. 2018, n° 135g1, p.22

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