Subodh Gupta à la Monnaie de Paris

Publié le 28/06/2018

Le Monde

La Monnaie de Paris aime les expositions d’art contemporain décalées et roboratives — on se souvient de celles de David LaChapelle et de Maurizio Cattelan.

L’espace et l’ambiance Louis XV du lieu se prêtent magnifiquement à ces exercices.

La preuve encore avec « Adda »/ Rendez-vous, première exposition monographique et parcours d’installations de l’Indien, Subodh Gupta.

Pas moins de six espaces sont consacrés à l’acier inoxydable décliné et sculpté par Subodh Gupta autour de thématiques récurrentes dans son œuvre et son travail : la nourriture, la société de consommation et ses oubliés, l’Inde évidemment.

La cour d’honneur nous accueille avec People tree, un arbre monumental fait d’acier qui déploie ses branches et feuilles façon instruments de cuisine.

L’arbre en question évoque l’arbre traditionnel indien, le banian.

On peut à l’envi chercher le sens de la métaphore : le végétal transformé en élément industriel, symbole de la nature mangée par la culture, à moins qu’il ne s’agisse du contraire.

Les sens sont multiples, comme dans toutes les œuvres de Subodh Gupta.

La pièce maîtresse est évidemment Very Hungry God (2006), qui trône dans la salle où un jour la Nona Ora de Cattelan suscita tant d’interrogations admiratives.

Ce crâne, résultat d’un assemblage étonnant d’ustensiles de cuisine est proprement fascinant.

Outre la performance du sculpteur, le crâne interroge nos sens et notre réflexion. Comme le rappelle l’exposition, cette sculpture a une histoire, exposée pour la première fois dans l’Église Saint Bernard — lieu devenu symbolique depuis qu’elle fut exposée médiatiquement au moment des luttes pour les étrangers.

L’exposition permet de circuler à travers d’autres objets et accumulations étranges qui renvoient à l’Inde mais également au message universel tissé par l’artiste.

Sans doute un peu hermétique le parcours présente un avantage, celui d’une promenade tranquille puisqu’il y a peu de monde.

Ce serait donc dommage de se priver de cette expérience déstabilisante et étrange !

LPA 28 Juin. 2018, n° 136y9, p.15

Référence : LPA 28 Juin. 2018, n° 136y9, p.15

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