Une Renaissance en Normandie

Publié le 28/09/2017

Enluminures.

BnF

L’enluminure, un art qui conjugue raffinement, couleurs, lumière et dont on admire, aujourd’hui encore, la beauté des images et le talent des artistes. Evreux présente un superbe ensemble de manuscrits, peintures et sculptures réalisés à la Renaissance pour le château de Gaillon en Normandie et conservés à la BNF, au Louvre et à la Bibliothèque Vaticane.

Ce patrimoine exceptionnel est dû à Georges d’Amboise (1460-1510), cardinal archevêque de Rouen, gouverneur de Normandie, conseiller de Louis XII, légat du Pape et grand collectionneur. Impressionné par la Renaissance italienne lors des guerres d’Italie, il invite des artistes à venir travailler en France pour réaliser des enluminures. Un portrait à la pierre noire et sanguine d’une grande présence montre son caractère déterminé. Georges d’Amboise a également été un grand bâtisseur qui a transformé, grâce à ces artistes, diverses résidences parmi lesquelles le fastueux château de Gaillon en partie dévasté à la Révolution.

Le parcours fait revivre ce lointain début du XVIe siècle à travers des œuvres de grande qualité. Est ainsi présenté, entre autres, un moulage du retable de Saint Georges terrassant le dragon, commandé par Georges d’Amboise en 1508, une œuvre d’une belle virtuosité. Andrea Solario est l’un des peintres ayant travaillé en Normandie de 1507 à 1509 ; il a réalisé les décors de la chapelle du château de Gaillon détruits en 1799. Sa Déploration du Christ mort en style vénitien impressionne ; le peintre témoigne d’un sens personnel de la couleur, d’une maîtrise de la perspective et confère une forte présence aux personnages. Dans cette composition vivante, dominent bleu et orangé lumineux. Autre tableau, saisissant celui-là, réalisé à la tempera et huile sur toile fine marouflée sur bois, La tête de Saint Jean-Baptiste. Le visage encadré de cheveux noirs émerge en pleine lumière, posé sur une coupe ; une composition évocatrice et tragique, superbement traitée.

Peintures et manuscrits enluminés alternent au fil des salles ; voici un Brevarium Romanum œuvre d’un artiste italien d’une grande finesse d’écriture réalisée en pleine page et émaillée de nombreux personnages. Au premier plan, un enfant joue avec un singe, emblème de l’art révèle le catalogue : « l’art singe la nature » ; l’image centrale est encadrée de médaillons où sont présentes sibylles et autres figures sur fond de rinceaux dorés. Ces manuscrits enluminés à la riche polychromie sont des peintures à part entière ; le style est élégant, le dessin précis et le raffinement les caractérisent, ainsi les deux scènes réunies sur la même feuille par Enguerrand de Montrelet sous lesquelles figure un texte.

Passionné aussi par les livres, Georges d’Amboise qui fut également mécène a réuni une importante bibliothèque, ainsi une centaine de manuscrits de la Renaissance italienne remarquablement reliés, recouverts de cuir ou tissu précieux, achetés au roi de Naples lors de son déclin. Il a également confié à des enlumineurs de Paris et de Rouen l’illustration d’ouvrages. Chacune de ces créations est à regarder avec attention pour en savourer les détails.

La visite de cette exposition est à ne pas manquer, c’est la première fois depuis 5 siècles, après la visite d’Anne de Bretagne et de Louis XII, que ces œuvres exceptionnelles sont présentées ; leur fragilité oblige à ne les exposer qu’exceptionnellement.

 

LPA 28 Sep. 2017, n° 128x5, p.16

Référence : LPA 28 Sep. 2017, n° 128x5, p.16

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