Venenum : un monde empoisonné

Publié le 03/07/2017

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Dans l’histoire et dans la vie, le poison a joué des rôles différents : utilisé pour le crime, les croyances, il est aussi bénéfique en médecine et en sciences. C’est cette ambiguïté qu’explore l’exposition du musée des confluences à Lyon.

Le parcours thématique évoque les différentes formes de poison depuis les temps anciens jusqu’à la pollution d’aujourd’hui en passant par l’histoire de la pharmacopée. Leur place dans la nature, leur usage et leurs possibilités maléfiques et bénéfiques sont illustrées par des objets, sculptures, tableaux, affiches. Venenum, philtre mortel ou d’amour, plonge le visiteur au cœur de cet univers passionnant autant qu’inquiétant.

Dès l’Antiquité, le poison est l’arme du pouvoir, on le retrouve à Rome tant avec les empereurs que la Papauté. Il est aussi présent dans les mythes et en Grèce. C’est ainsi que Socrate est condamné à boire la cigüe, scène immortalisée par un tableau réaliste du XVIIIe siècle, de Jean-Baptiste Alizard. On découvre parmi bien d’autres objets, une élégante « corne à boire » utilisée au XVe siècle.

Au Moyen-Âge le poison est utilisé aussi par les femmes, afin de conserver le pouvoir, telle Frédégonde, et au long des siècles, les Borgia par exemple, utilisent l’arsenic appelé « poudre de succession » ! Quelques noms demeurent célèbres : la Brinvilliers qui extermine une partie de sa famille, la Voisin, et plus près de nous, Marie Besnard et Violette Nozière dont on peut découvrir le visage sur la une de Détective. Les poisons de guerre enfin : gaz asphyxiants de 1914 et le cyanure utilisé en 1940 parfois, dissimulé dans une chevalière, dont l’une d’elles figure ici.

La nature recèle de nombreux poisons : animaux venimeux et plantes vénéneuses. Dans cette salle-jardin sont regroupées diverses espèces nuisibles : vipères et aspics, frelons, mygales, de minuscules rainettes du Gabon ou la mouche cantharide et autres porteurs de dangers parfois insoupçonnés. Les végétaux ne sont pas en reste : ricin, digitale ou laurier-rose. Peut-on se douter que certains papillons aux ailes multicolores, superbes, sont toxiques ?

Multiples sont les usages du poison, l’homme a su utiliser ses méfaits comme ses bienfaits. Ce sont les flèches empoisonnées évoquées dans un tableau de Nicolas Bertin (1720), ainsi que celle, réelle, provenant du Burkina Faso qui est exposée. Les rites chamaniques utilisent le poison sous diverses formes, c’est ainsi un tapis de fourmis venimeuses utilisé pour l’initiation d’un adolescent.

Les poisons sont présents aujourd’hui : le plomb, la peinture et plus récemment, les perturbateurs endocriniens. Utilisée comme échappatoire du réel, la morphine soulage la douleur. On admire une somptueuse « pipe à opium » en ivoire travaillé, réalisée en Chine. La digitale est un médicament tonicardiaque. Autre remède : le « Bézoard », une concrétion minérale soignant les empoisonnements, on en découvre un exemple monté en bague. La pharmacopée est représentée par 103 pots de faïence décorée.

D’une intéressante variété, instructive, cette exposition réalisée avec 5 chercheurs enrichit nos connaissances à travers des objets divers et parfois rares dans une mise en scène réussie.

LPA 03 Juil. 2017, n° 127r6, p.21

Référence : LPA 03 Juil. 2017, n° 127r6, p.21

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