Déjeuner à Coulommiers, Pays de Brie

Publié le 08/07/2019

La grotte de coquillages au sein de l’église Notre-Dame-des-Anges de Coulommiers.

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Nous vous invitons à un voyage dans le temps. À peine trois quarts d’heure de Paris et nous voilà revenus à l’époque des impressionnistes avec le charme des bords de Marne et pour nous autres citadins, l’occasion d’une journée bucolique où les trésors architecturaux s’associent à une bonne table en terrasse.

Une commanderie de templiers

Ici, en pays de Brie, la campagne s’étend à perte de vue, à peine troublée par des fermes ou des habitations intempestives comme dans d’autres coins d’île de France. Il y a comme une impression de réelle verdure qui enchante et incite à la randonnée ou la balade nautique sur la Marne.

Dans la ville même de Coulommiers (15 000 habitants), se cache une belle Commanderie de Templiers. À première vue, on n’aurait pas idée d’aller se balader dans ce coin-là de l’agglomération : quartier HLM des années soixante, bahut et terrain de sport du proche lycée ; en 2 mots aucune belle architecture en perspective. Et pourtant, elle a échappé à une destruction bien programmée et aligne avec fierté l’ensemble de ses bâtiments du XIIsiècle.

Le charme opère quand on pénètre dans la cour d’enceinte : l’impression d’être plongée au cœur du Moyen-Âge, même si l’ensemble des bâtiments est loin encore d’être « exploité » et totalement mis en valeur.

Une trentaine de templiers, ces moines soldats ayant fait vœu de pauvreté, chasteté et obéissance, vivaient là avant de partir en croisade contre les infidèles. Dans la grosse tour ronde, les 200 boulins de ce pigeonnier témoignent encore de la puissance du lieu. Logis du commandeur, souterrains, porcherie : la visite est encore un peu confuse, la réhabilitation pour un accès au grand public n’étant pas totalement finalisée.

Le point d’orgue est la salle du chapitre et la chapelle avec sa voûte du XIIe siècle : une belle conservation du tout début du gothique avec des têtes de personnages aux 4 coins de la chapelle. Parmi ces têtes, des visages de femmes qui laissent supposer que la chapelle était vouée à Sainte Anne, la mère de la Vierge, une sainte très vénérée par les Templiers.

Des visites de cette commanderie sous forme d’ateliers ou encore de fêtes médiévales sont possibles : se renseigner à l’Office de tourisme (01 64 03 88 09) ou sur le site.

Halte déjeuner au VV à La Ferté-sous-Jouarre

C’est là une des bonnes adresses du coin avec la possibilité de manger en surplomb de la Marne.

La carte est gastro, à des prix qui ne le sont pas : œuf poché crème de parmesan et julienne de chorizo à 9 € ou wok de gambas au curry légumes croquants sauce teriyaki à 13 € pour démarrer suivi d’un magret de canard au miel pommes grenailles sautées et caramel d’épices ou brochette de Saint-Jacques, saumon et crevette et son risotto crémeux, tous les deux à 18 €.

Pour continuer notre prmenade et ne pas être trop lourd l’après-midi, un dessert « light » s’impose avec le café gourmand et ses 3 mini desserts à 7 €.

La crypte mérovingienne de l’abbaye de Jouarre

À nouveau une perle cachée et méconnue, à Jouarre — non pas l’abbaye bénédictine qui abrite toujours une communauté religieuse — mais un petit bâtiment à l’arrière dont la restauration extérieure a été bien menée.

Descendez les quelques marches et vous entrerez dans une salle avec des reliques remontant au VIIe siècle.

À voir un beau gisant d’homme avec son chien à ses pieds, symbole de fidélité ; des colonnes de marbre et leurs chapiteaux à feuilles d’acanthe, un Christ tétramorphe visible de l’extérieur. Il s’agit d’une étonnante sculpture du Seigneur avec quatre animaux dont l’état est parfait.

La grotte de coquillages au sein de l’église Notre-Dame des Anges de Coulommiers

Second petit trésor que Coulommiers va mettre en valeur, cette grotte de coquillages dans une chapelle est inédite et unique en France. Le lieu est devenu Musée national des Capucins et la mission Stéphane Bern s’est penchée sur ce bâtiment pour une souscription en faveur de sa restauration.

Dès 1588, la princesse Catherine de Gonzague et de Clèves, Duchesse de Longueville, est avec ses héritiers, à la tête de la seigneurie de Coulommiers, fief qu’elle reçoit par mariage. Dans l’actuel parc des capucins (très charmant avec ses pièces d’eau, ses cygnes et canards en liberté sur les rebords herbacés), elle fait construire un château par les architectes Salomon de Brosse, Charles du Ry et François Mansart, dont il reste deux petits pavillons d’entrée, symboles de leur style très pur et classique Louis XIII.

Proche du château sera édifié un couvent pour des moines capucins et, dans la chapelle conventuelle, la princesse commande une chapelle funéraire en style baroque recouverte de coquillages.

Bien sûr cette église a été vandalisée à la Révolution française et les moines ont dû abandonner le lieu, devenu aujourd’hui musée municipal.

Très abîmée, cette grotte est néanmoins fort intéressante. Sa construction remonterait aux années 1625 avec des coquillages nacrés pour représenter des décors religieux. En général, ce type de grottes s’inspire de l’Antiquité et est tout à fait profane (d’autres grottes très célèbres sont celles de Louis II de Bavière à Linderhof et Neuschwanstein en Allemagne).

On devine les personnages, les constructions et la guide explique que la présence de coquillages est emblématique de la culture maniériste, un symbole de la fragilité de la vie humaine par analogie au crâne humain. Les scènes représentent certains épisodes de la vie de Saint François d’Assise et du Christ. On pense que ces bas-reliefs formaient une sorte de chemin de croix permettant à la duchesse de Longueville et ses descendantes, de cheminer par la pensée sur les pas de François et du Christ (Anne Geneviève de Bourbon-Condé sera l’héroïne du roman de Madame de La Fayette).

Au plafond a été restauré un ange du motif principal qu’est La Trinité et on peut imaginer à quel point l’ensemble sera beau, une fois les travaux de réhabilitation exécutés.

Par ailleurs, cette chapelle abrite un musée d’histoire de la ville et en révélation de l’attrait pour les sciences au XVIIe siècle, on peut admirer deux globes terrestres et célestes du célèbre cartographe Coronelli.

Un généreux donateur a également légué à la ville sa pharmacie avec ses belles vitrines en bois, ses pots à onguents et ses potions d’antan.

Pour les plus gourmets, il n’est pas évident de visiter une fromagerie de brie ou de coulommiers et les marchés sont les lieux les plus aisés pour en acheter.

Seuls les bries de Meaux et de Melun jouissent d’une AOP ; mais localement vous pourrez trouver du Brie de Provins, de Nangis, de Montereau ou de Coulommiers. À vos papilles…

LPA 08 Juil. 2019, n° 146r4, p.13

Référence : LPA 08 Juil. 2019, n° 146r4, p.13

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