Elizabeth II vue par Jean des Cars

Publié le 03/07/2019

Perrin

Il a rencontré Elizabeth II, aime dire qu’il ne peut pas tout dire, question de secrets et surtout de politesse. Il vient quand même de publier ce livre sur la Reine sorti fin 2018 aux éditions Perrin, mais il n’est pas trop tard pour en parler, l’actualité le permet voire l’exige (ce 8 juin 2019 on a fêté les 93 ans de la Reine, le plus long règne de la monarchie britannique) et le sujet est intemporel. On aura reconnu Jean des Cars, historien surnommé par son éditeur « le Maître des Cours européennes ».

La Reine icône. Les superlatifs manquent pour évoquer Elizabeth II. Elle est respectée, aimée, décalée. Plus long règne, reproduite telle une star sur les porcelaines ou verreries de moins bonne qualité et autres supports que l’on retrouve dans les boutiques autour de Buckingham Palace ou dans Soho, assistée de douze dames de compagnie, vêtues de toilettes dont un jour il faudra bien reconnaître la grande élégance, une collection de chapeaux exceptionnelle, voilà pour ce que l’on connaît comme tout le monde.

Jean des Cars nous propose aussi une autre personne, moins connue, plus secrète, plus intime mais sans jamais sacrifier aux potins. Le livre est de haute tenue, écrit au cordeau avec des photographies tout au long. On aime bien celle, où avec sa sœur Margaret elles jouent à chat perché à bord du HMS Vanguard en 1947. On aime aussi l’histoire d’amour d’Elizabeth II et du Duc de Windsor : « une vraie vie de couple »,  explique Jean des Cars.

L’aventure du pouvoir. Jean des Cars revient sur la manière dont Elizabeth a accédé au pouvoir. Y compris évidemment l’épisode « Margaret », sa sœur. Évoquant au passage la tristesse de la fille préférée de George VI au moment de la mort de leur père. Le livre revient naturellement sur l’épisode Peter Townsend. « Crises et chuchotements », « De la guerre des Falklands à l’annus horribilis », « La Reine entre tragédie, impopularité et reconquête », autant de chapitres alertes qui racontent l’exercice de la monarchie et le Royaume Uni. Le livre est donc aussi un livre d’Histoire. Gouverner c’est tomber et se relever. L’affaire « Diana » est largement commentée par l’historien qui revient sur la façon dont Elizabeth II, après avoir heurté l’opinion publique, va réussir à remonter dans son estime.

Reine d’Empire ? Ce n’est pas le chapitre le moins intéressant que celui consacré au Commonwealth, manière pour le livre de retracer le travail diplomatique et politique de celle dont on oublie trop souvent qu’elle est la Reine de tant d’autres pays. Avec la question que personne n’ose encore poser ou presque : que se passera-t-il au moment de sa mort ? Le Commonwealth est-il « élisabéthain », parce que c’est elle, ou vraiment britannique ?

La femme qui a rencontré trois cents chefs d’État, celle qui entre autres, depuis 1952, tous les matins, à dix heures, se fait remettre une « box » rouge renfermant des secrets, celle qui reçoit sans témoins le premier ministre, celle qui rit comme un enfant à l’occasion d’une course de chevaux ou à l’écoute d’un Te Deum, le tout sans quasiment aucun pouvoir politique et sans parole (le discours qu’elle lit n’est pas de sa plume) ne peut être qu’exceptionnelle. Le livre de Jean des Cars est à cet égard un délicieux hommage à cette Elizabeth.

LPA 03 Juil. 2019, n° 146n0, p.22

Référence : LPA 03 Juil. 2019, n° 146n0, p.22

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