La lettre au monde de David LaChapelle

Publié le 29/11/2018

A new world, David LaChapelle

DR

La rencontre des photographies de David LaChapelle nous plonge dans une atmosphère surprenante, kitsch, aux couleurs excessives et acidulées. On y reconnaîtra les excès esthétiques des années pop et le décalage d’une vision utopique. On pourrait dire qu’il y a du Gustave Moreau chez ce photographe ; une photographie littéraire où chaque thème, comme un conte, pourrait nous être lu avant de nous endormir.   

Les photographies de David LaChapelle sont des mises en scène qui dialoguent avec un symbolisme débordant et une atmosphère hippie des années 1970. Comme à cette époque, le photographe aborde les problèmes actuels de nos sociétés, au bord de l’effondrement, avec tous leurs excès : consommation excessive, culte des célébrités, dangers environnementaux et décadence. Ses photographies sur la nature, surréalistes, répondent aux paysages industriels qui ont défiguré tant de lieux. Nous pouvons y voir là une référence à Max Ernst, dont on se rappellera les forêts imaginaires. David LaChapelle met en opposition la destruction et l’utopie, les excès et la rédemption. Mais quel choix pour l’humanité devant un tel désordre ?

L’imagination de l’artiste dessine une réflexion que nous pourrions avoir si nous étions photographe, peintre ou poète. Il montre ce qui interpelle dans la nature quand nous observons la destruction des écosystèmes. Nous regardons, nous contemplons, nous nous interrogeons… mais nous restons relativement passifs. David LaChapelle nous confronte également à l’aspiration que nous avons au sujet de la beauté et de la jeunesse, que nous souhaiterions éternelles, et sur ces désirs matérialistes que nous considérons comme quelque chose de l’ordre du bien-être, mais qui ne le sont pas vraiment. Nos sociétés sont envahies par la violence, mais il existe une possible douceur si l’on se laisse mener vers une vie plus vraie, et si l’on remet en question nos certitudes. Il faut prendre conscience qu’il y a violence que si nous l’acceptons. La photographie A new world nous propose, sous une forme très idéalisée, cette autre perspective.

Il y a dix ans, David LaChapelle s’est installé dans la jungle d’Hawaï, pour retrouver une spiritualité et une vie plus saine. Ses nouvelles photographies sont le résultat de cette quête.

LPA 29 Nov. 2018, n° 140u4, p.13

Référence : LPA 29 Nov. 2018, n° 140u4, p.13

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