Les estampes d’Otto Dix

Publié le 08/01/2019

Bataillon d’assaut à l’attaque sous les gaz (1924).

Adagp, Paris 2018

L’œuvre d’Otto Dix, l’un des artistes les plus importants du XXe siècle en Allemagne, est une représentation crue de la société de l’entre-deux-guerres, dérangeante et cependant si vraie qu’elle laisse une forte impression.

Centrée autour des gravures sur bois, estampes et lithographies, l’exposition organisée par le musée Sainte-Croix, aux Sables-d’Olonne, ne laisse pas indifférent.

Ces compositions reflètent la période difficile dans le pays d’Otto Dix, marqué par la Première Guerre mondiale, où il s’est engagé et les deux décennies suivantes, avec en particulier l’horreur du nazisme.

Sa création s’apparente à une lutte à la fois poétique et virulente. Le regard d’Otto Dix est unique, incisif le plus souvent, sans concession. En un style implacable, il fait partager sa vision de la violence de la guerre, ou les fastes et la décadence qui ont suivi. Blessé à deux reprises, il n’oubliera jamais les souffrances subies, qu’il exprime en une écriture réaliste qui ne retient que la laideur. « Un artiste est quelqu’un qui a le courage de dire oui ». Courageux, Otto Dix l’a été sans conteste. Passant outre les critiques et le scandale provoqués par son œuvre, il se fait un devoir de montrer la vérité ou la trivialité de la vie. Une forte émotion parcourt son œuvre.

Au début de sa carrière, Otto Dix était un portraitiste recherché ; la guerre va tout changer. Si les œuvres sur papier tiennent une place fort importante dans sa création, il n’a jamais abandonné la peinture et les thèmes demeurent identiques dans ces diverses expressions : la guerre, le nu, les femmes, la ville, la religion. Les gravures sur bois sont nées en Allemagne au XVe siècle ; Otto Dix est l’héritier de cette tradition. Il puise ses sources chez Dürer ou Grünewald et compose des gravures aux puissants contrastes du noir et du blanc, exécutées en un tracé affirmé alors que les tailles douces apparaissent plus délicates.

Dans ses thèmes variés, on retrouve ce regard aigu, grinçant, acide. Déchirantes sont les scènes de guerre. Celles-ci témoignent de l’horreur vécue en un dessin tantôt fort et tantôt plus fin. Il est proche de l’expressionnisme et il semblerait que le beau ne l’intéresse pas, comme le montrent ses nus, les femmes – souvent des prostituées provoquantes – physiquement dégradées et pour certaines proches de la caricature. Cependant, cette création va bien au-delà.

La vie urbaine focalise également son attention ; l’artiste analyse les différents sujets avec réalisme et d’une manière pénétrante. On remarque plusieurs influences dans ces compositions : la géométrie au tracé acéré, souvenir du cubisme, l’expressionnisme… Rien n’échappe au regard d’Otto Dix : passants ou joueurs de billard dans les scènes de la ville.

Comme beaucoup d’artistes, il a exécuté de fort nombreux autoportraits durant sa vie, une façon d’étudier sa propre évolution. Mystique à ses heures, il a gravé des scènes religieuses dans lesquelles on peut discerner une réelle authenticité.

Otto Dix a fait partie de Nouvelle objectivité durant un temps, mais il a toujours conservé son indépendance. Un peintre témoin d’une certaine réalité.

LPA 08 Jan. 2019, n° 141j8, p.16

Référence : LPA 08 Jan. 2019, n° 141j8, p.16

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